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Société DOSSIER : Mouvement des "gilets jaunes"

Lorraine : Jean-Christophe, patron la semaine, gilet jaune le week-end

mercredi 5 décembre 2018 à 4:01 Par Mélanie Juvé, France Bleu Sud Lorraine

Les annonces de l'exécutif ce mardi vont-elles apaiser la colère des gilets jaunes ? Jean-Christophe Haro, patron d'une société de transport en Lorraine est gilet jaune de la première heure. Portrait.

Jean-Christophe Haro travaille le plus souvent depuis son domicile à Raon-l'Etape, dans les Vosges.
Jean-Christophe Haro travaille le plus souvent depuis son domicile à Raon-l'Etape, dans les Vosges. © Radio France - Mélanie Juvé

Lorraine, France

Le Premier ministre Edouard Philippe a annoncé ce mardi une série de mesures en réponse à la crise des gilets jaunes, notamment le gel provisoire de la hausse des taxes sur le carburant. Mais suffiront-elles a enrayer un "acte 4" du mouvement ? 

Jean-Christophe Haro, 50 ans et patron d'une société de transport lorraine, accuse un mal plus profond que de simples suspensions de taxes ne pourront, selon lui, résoudre. Il est mobilisé depuis le premier samedi du mouvement, le 17 novembre.

"C'est histoire de calmer le jeu"

"C'est même pas donner, c'est suspendre ! s'écrie-t-il devant sa télé à l'annonce du moratoire sur le prix du carburant. C'est histoire de calmer le jeu, et je ne suis pas sûr que ce sera assez. Moi j'ai l'impression qu'on nous a méprisés."

Le moratoire sur la taxe des carburants, "pas suffisant" pour ce patron d'une société de transports en Lorraine. / Radio France - Radio France
Le moratoire sur la taxe des carburants, "pas suffisant" pour ce patron d'une société de transports en Lorraine. / Radio France © Radio France - Mélanie Juvé

Son entreprise compte 18 camionnettes diesel pour livrer des colis en Meurthe-et Moselle et dans la Meuse et autant de salariés. En un an, la facture de carburant de Jean-Christophe Haro a augmenté de 23%, soit 25 000 € de perte sur sa trésorerie. 

"Si je me suis mobilisé c'est aussi pour être reconnu, explique-t-il. Les petits patrons ne sont pas des gens qui sont dans le CAC 40 et qui ne font rien. Moi je suis sur le terrain tous les jours à partir de 6h du matin avec mes salariés. On fait partie des oubliés. On ne parle jamais de nous."

En treize ans, c'est la première fois que je fais un bilan négatif — Jean-Christophe Haro

Depuis trois semaines donc, Jean-Christophe Haro a deux casquettes : patron la semaine, gilet jaune le week-end, se rendant sur différents barrages filtrants en Lorraine, comme Frouard, dans l'agglomération de Nancy. S'il ne devait pas faire tourner son entreprise dit-il, il se mobiliserait également la semaine.

Père et fils gilets jaunes

Pour lui, le mouvement des gilets jaunes est protéiforme :"Il y a des dizaines de revendications, le pouvoir d'achat, le gasoil, les impôts... avant on manifestait pour une raison bien précise. Aujourd’hui, c'est rare qu'il ait deux revendications pareilles."

Mon année de naissance c'est 68... Comme par hasard ! — Jean-Christophe Haro

A 50 ans, Jean-Christophe se mobilise pour que les "petits patrons" comme lui soient reconnus.  - Radio France
A 50 ans, Jean-Christophe se mobilise pour que les "petits patrons" comme lui soient reconnus. © Radio France - Mélanie Juvé

Si ces salariés se mobilisent régulièrement, l'un de ses premiers soutiens reste son fils : Enzo 19 ans et étudiant BTS alternance transports. 

"Je pense que son rêve serait de reprendre la société, Et il se rend compte des difficultés actuelles, donc il se mobilise avec moi, raconte-t-il.Mais il est en train de se poser des questions pour savoir s'il a choisi la bonne voie pour son futur métier." Ce patron prévient déjà, il enfilera à nouveau son gilet jaune s'il le faut ce week-end avec son fils pour un "acte 4".

Reportage avec Jean-Christophe Haro, patron d'une société de transport lorraine et gilet jaune