Société

Grand froid en Béarn : Frédéric vit depuis 30 ans dans la rue

Par Jeanne-Marie Marco, France Bleu Béarn lundi 16 janvier 2017 à 21:18

Frédéric (au centre) dans son campement sous le pont d'Espagne à Pau
Frédéric (au centre) dans son campement sous le pont d'Espagne à Pau © Radio France - Jeanne marie Marco

Cette semaine en Béarn il va faire jusqu'à moins 8 degrés. Malgré ces conditions extrêmes, certains sans-abris refusent toujours d'être hébergés dans des centres. C'est le cas de Frédéric, il campe sous le pont d'Espagne à Pau.

On les appelle les "SDF invisibles", ils ne vont pas dans les centres d'hébergement d'urgence donc ils ne sont pas comptabilisés. Pourtant, le CCAS (Centre Communal d'Action Sociale) de Pau les connait bien "ils sont suivis presque au jour le jour" assure son Directeur Philippe Maennel " la maraude de la Croix rouge va les voir régulièrement". Nous avons rencontré Frédéric, il a 46 ans et est installé depuis plusieurs mois sous le pont d'Espagne à Pau.

30 ans dans la rue

Sous le pont d'Espagne, le feu de Frédéric et de ses camarades est allumé presque en permanence, solution indispensable pour survivre. Les quatre sans-abris sont installés au pied de l'escalier emprunté tous les jours par les promeneurs qui longent le gave. Ils ont installé leurs tentes sur la butte en terre, entre la voie ferrée et le gave "on est bien ici" assure Frédéric assis sur un fauteuil en osier "si c'est pour aller dans un centre et être viré après ça sert à rien". Mais même ici, ils ne se sentent pas tranquilles "on va d'un côté du pont, on est viré, alors on va de l'autre côté et on est viré".

Le campement des sans-abris sous le pont d'Espagne à Pau - Radio France
Le campement des sans-abris sous le pont d'Espagne à Pau © Radio France - Jeanne marie Marco

Le CCAS de Pau leur a fourni des tentes "il y a quelques mois ils dormaient à même le sol" explique le directeur. Au dessus des tentes, une bâche a été tendue pour protéger de la pluie et du vent. Devant les tentes, une grande baignoire dans laquelle est stockée la nourriture "c'est la cuisine" dit en rigolant un camarade de Frédéric alcoolisé. À l'intérieur des yaourts, du poulet, des sandwichs sous vide "la nourriture on la trouve dans les poubelles, on va aux Restos du cœur, on en achète quand on a les moyens" raconte Frédéric qui touche, comme les autres, le RSA.

On est bien ici, on a pas froid, j'ai ma chienne Nikita — Frédéric

Frédéric raconte son quotidien dans la rue à Pau

Frédéric ne veut pas aller dans un centre d'hébergement d'urgence, sa vie c'est la rue "c'est devenu une habitude". Les températures sont négatives la nuit mais il dit ne pas avoir froid "j'ai une grosse couette et tout je suis au chaud. Y'en a je suis sûr ils ont pas de chauffage ils ont plus froid que nous". Le groupe de sans-abris boit de l'alcool toute la journée "on boit, on joue à la belote, à la pétanque, on va chercher la nourriture, à boire, on va chercher du bois [...] on s'ennuie pas".

Deux mobil-home pour eux

Le CCAS de Pau connait bien le groupe de Frédéric "ils ne veulent pas aller dans les centres alors on a trouvé une autre solution" explique Philippe Maennel. En effet, la ville vient de mettre à disposition de l'OGFA (Organisme de Gestion de Foyers Amitié) deux mobil-home "ils vont être installés sur le Cami Salié ce qui va permettre à cette population de continuer à vivre ensemble sans être pour autant dans du collectif ce qu'ils refusent". Ce lundi matin, le CCAS de Pau n'avait pas encore fait la proposition aux sans-abris du pont d'Espagne. Ces mobil-home ont servi à plusieurs familles de Roms installées, à l'époque, au camping municipal.

Frédéric et un de ses amis à Pau - Radio France
Frédéric et un de ses amis à Pau © Radio France - Jeanne marie Marco

Encore quelques squats à Pau

Selon le CCAS quatre ou cinq squats existent encore à Pau "l'objectif de la ville de Pau est de les fermer et jusqu'à présent toutes les personnes sorties des squats ont été relogées" explique Philippe Maennel. Au total, et selon la ville, une douzaine de personnes vivraient dans ces lieux. Les derniers squats devraient être évacués après l'hiver.