Société

À Grenoble, des retraités protestent contre la fermeture de leur foyer

Par Alexandre Berthaud, France Bleu Isère et France Bleu lundi 26 décembre 2016 à 7:52

Les résidents du foyer Notre-Dame n'ont pas peur d'aller au conflit pour conserver leur résidence.
Les résidents du foyer Notre-Dame n'ont pas peur d'aller au conflit pour conserver leur résidence. © Radio France

La mairie de Grenoble a décidé de fermer avant 2018 le foyer Notre-Dame, en plein centre-ville, pour cause de risque d'incendie. Les 35 résidents retraités, dont certains sont très âgés, ne supportent pas cette annonce et protestent contre la pauvreté des solutions proposées par la municipalité.

"Moi je vous le dis, comme dirait Mirabeau, je ne sortirai que par la force des baïonnettes". La formule de ce retraité peut prêter à sourire, mais depuis que la mairie a annoncé la fermeture de ce foyer début novembre, les résidents sont vent debout contre la mairie, et déterminés à ne pas quitter les lieux. "Ce foyer, c'est une petite famille, la situation est idéale, on pensait tous finir nos vieux jours tranquillement ici", résume une autre résidente.

Un confort unique pour les résidents

Le foyer Notre-Dame est situé en plein centre de la ville de Grenoble, dans un quartier classé au patrimoine mondial de l'Unesco. Un cadre de vie agréable, proche des commerces, pour ces retraités qui sont autonomes (un foyer n'est pas un Ehpad). Tous ont un appartement individuel de 27 mètres carrés, avec une douche individuelle, plusieurs salles communes où se réunir, et forment ainsi une communauté unie. "On a tissé des liens au fil des années", raconte Marie-Claude, ici depuis 20 ans, "maintenant on veut nous éparpiller".

Un risque d'accident "trop important"

Ce "on" désigne la mairie de Grenoble. Début novembre, elle a notifié aux résidents qu'ils allaient devoir partir, avant 2018. Dès son arrivée en 2014, la municipalité s'est inquiétée de la situation de cette résidence. Car, en plein centre-ville grenoblois, elle est fortement exposée aux risques d'incendies, et difficile d'accès pour les secours. Une expertise, menée par des pompiers, a d'abord alerté sur le risque de départ de feu dans les salles communes - elles sont en grande partie constituées de bois.

Chaque logement est équipé d'une douche individuelle, un confort rare que les habitants ne veulent pas abandonner. - Radio France
Chaque logement est équipé d'une douche individuelle, un confort rare que les habitants ne veulent pas abandonner. © Radio France

Puis une autre analyse, d'un cabinet privé spécialisé, a également déclaré le reste du bâtiment "trop difficile" d'accès pour les secours, et "trop proche" d'autres immeubles. En clair, en cas de départ de feu dans le quartier, la vie des résidents serait immédiatement mise en danger.

Risque potentiel contre risque avéré

La décision de la mairie s'est alors imposée. "On ne peut pas prendre le risque, c'est un choix lourd à porter mais le risque potentiel pour les habitants est trop important", explique Alain Denoyelle, adjoint à l'Action Sociale à Grenoble, en charge du dossier. À ce risque potentiel, les habitants du foyer opposent eux un risque "avéré" pour les résidents. "Depuis l'annonce, plusieurs d'entre nous sont stressés, ont de la tension", raconte Marie-Claude. Une autre, 97 ans, explique qu'elle n'aura "pas la force" de bouger.

Le cadre de vie est idéal, en plein coeur de Grenoble. - Radio France
Le cadre de vie est idéal, en plein coeur de Grenoble. © Radio France

Ce que dénoncent les occupants, c'est autant l'annonce que la méthode. "En juin on nous avait dit que nous pourrions rester trois ou quatre ans encore, là en novembre c'est l'inverse, et on ne nous propose rien de concret", s'emporte Marie-Claude. Jacqueline est même arrivée pendant l'été. "Je n'ai pas encore défait certains de mes cartons, et là on me demande de bouger à nouveau, j'ai été trompée, je ne sais pas si je pourrai supporter de déménager une nouvelle fois", explique-t-elle.

Une conséquence indirecte des attentats

Du côté de la mairie, on assure "accompagner chacun des occupants individuellement dans ce changement". Sauf que les solutions ne sont pas légions. "Ils nous proposent des foyers loin du centre-ville, on n'en veut pas, ou d'autres plus proches, mais où les douches sont collectives, et cela non plus on n'en veut pas", s'explique Marie-Claude. Surtout, l'annonce est brutale, et les occupants très âgés, fragiles, le changement risque donc de les bouleverser physiquement.

L'entrée, rue Pierre Duclot, est à deux pas des commerces : pratique pour les personnes âgées. - Radio France
L'entrée, rue Pierre Duclot, est à deux pas des commerces : pratique pour les personnes âgées. © Radio France

Une solution avait été trouvée l'an passé. La mairie devait racheter un terrain à l'armée, situé dans le quartier de l'Alma, près du centre-ville, et y construire un centre de même acabit. Sauf qu'il y a eu les attentats, l'état d'urgence, et que l'armée a eu besoin de garder le terrain, laissant la mairie avec ce dossier sur les bras. "

Il y a eu un problème avec les municipalités précédentes, qui ne se sont pas occupées de mettre la résidence aux normes, mais celle-ci ne veut pas les financer", explique le fils d'une résidente. Certains enfants de retraités tentent en effet d'alerter les autorités sur la situation, et d'obtenir un délai supplémentaire, afin que chacun trouve un foyer adéquat. La mairie reste inflexible : le 31 décembre 2017, il n'y aura plus personne au foyer Notre-Dame.

Le foyer est trop proche d'autres immeubles selon un rapport d'experts, le risque de propagation d'incendie est trop important. - Radio France
Le foyer est trop proche d'autres immeubles selon un rapport d'experts, le risque de propagation d'incendie est trop important. © Radio France