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Grève de la fonction publique : témoignages d'une enseignante et d'aides-soignantes des Pyrénées-Orientales

Par Armêl Balogog, France Bleu Roussillon mardi 26 janvier 2016 à 7:22

Appel à la grève affiché à l'entrée de l'hôpital de Thuir
Appel à la grève affiché à l'entrée de l'hôpital de Thuir © Radio France - Armêl Balogog

Les écoles, les hôpitaux, ou encore les centres d'impôts, risquent d'être perturbés mardi 26 janvier 2015, suite à un appel national à la grève de la fonction publique. Une enseignante et deux aides-soignantes des Pyrénées-Orientales nous expliquent pourquoi elles font grève.

Baisse du niveau de vie, diminution des effectifs, dégradation des conditions de travail... Les 5,6 millions de salariés de la fonction publique - dont les 35.000 vivant dans les Pyrénées-Orientales - partagent un même constat, quelle que soit leur filière. Mardi 26 janvier, professeurs, soignants, et agents de l'Etat participent à une première grande journée de mobilisation nationale. Parmi eux, une enseignante de Toulouges et deux aides-soignantes de Thuir.

A l'hôpital, "on se croit à l'usine"

Dans le milieu hospitalier, les aides-soignants font les tâches les plus physiques et les moins attrayantes : ils "nettoient la merde", comme dit Marie-Claude Trilles. Selon l'aide-soignante de Thuir et déléguée Force ouvrière, ce sont les "parents pauvres" de la santé : un salaire faible (environ 1 600 euros net mensuels après 37 ans de carrière) pour un travail éprouvant.

Marie-Claude Trilles dénonce le manque d'effectif dans les hôpitaux

À cela s'ajoute la baisse des effectifs et l'augmentation du rythme de travail. "On se croit un peu en usine, alors qu'on est quand même avec de l'humain. On est dans le rendement." Les hôpitaux sont censés réalisés trois milliards d'économies d'ici 2017, sachant qu'environ 85 % de leur budget part dans les salaires, explique-t-elle. Faire des coupes dans le budget revient donc à faire des coupes dans les effectifs. "Et qui en paie les conséquences ? Le malade. C'est vous et moi demain."

Sophie Pomier, une collègue de Marie-Claude, a longtemps travaillé de nuit. Elles n'étaient que deux pour plus cents patients - une aide soignante et elle-même, aide en services hospitaliers - sans médecin ni infirmier. Son pire souvenir, lié aux trop petits effectifs, est le décès d'une patiente qui a fait une embolie pulmonaire en pleine nuit. Les secours sont arrivés trop tard sur les lieux.

"Je pense que s'il y avait eu une infirmière, continue-t-elle, émue, peut-être qu'elle aurait eu une autre réaction. De toute façon, quand on est deux pour 107 résidents, c'est d'une logique implacable."

Sophie Pomier raconte les difficultés auxquelles font face les aides soignantes

Contrairement aux infirmiers, les aides-soignants n'ont pas le droit de faire de prescription ni de piqûre notamment, ce qui limite leur capacité d'action en cas d'urgence.

Enseignants : "On en vient à calculer à la fin du mois ce qu'on a sur le compte"

Dans le monde de l'enseignement, les revendications sont les mêmes : les salaires sont gelés depuis 2010, alors que le coût de la vie augmente. Logique que les jeunes ne veulent plus devenir professeurs, tranche Audrey Correge. La délégué syndicale SUD enseigne depuis seize ans dans les Pyrénées-Orientales, et a passé ces dernières années à l'école élémentaire de Toulouges où elle a une classe de CE1. Son salaire : 1 940 euros net mensuels.

"On en vient à calculer à la fin du mois ce qu'on a sur le compte en banque - chose que je ne faisais pas en particulier en début de carrière. Par exemple, on va calculer pour les vacances. Moi, quand j'étais jeune, mon père était prof. C'était le seul à travailler, ma mère était à la maison et je n'avais pas l'impression que mes parents calculaient autant que je calcule maintenant."

Les problèmes financiers de l'enseignante, Audrey Correge

À travers la détérioration de leur niveau de vie et la baisse de leur pouvoir d'achat, c'est la profession qui perd de son prestige : les enseignants ont l'impression de manquer de reconnaissance. D'ailleurs, ceux du second degré comptent aussi manifester contre la réforme du collège - qui entrera en vigueur à la rentrée 2016 - pour laquelle ils estiment ne pas avoir été assez consultés. En tout, 100 000 enseignants devraient faire grève dans toute la France, selon le syndicat SNUipp.

Manifestation à Perpignan

Lors de la manifestation, vont se joindre à elles des agents de l'État, tels que les salariés du ministère de l'Agriculture, chargés de l'encadrement des dossiers des agriculteurs pour la Direction départementale des territoires et de la mer dans les Pyrénées-Orientales. Ils demandent l'augmentation de leurs effectifs et la simplification des démarches pour les agriculteurs (en dénonçant la réforme de PAC). Autre spécificité locale : ils s'opposent au déménagement de leur unité, qui devrait quitter la Maison de l'Agriculture de Perpignan.

Les grévistes ont rendez-vous mardi 26 janvier, à 11h, place Catalogne à Perpignan. Certains salariés du privé pourraient les rejoindre : des aides-soignants ou encore des chauffeurs de taxis.

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