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Société
DOSSIER : Immeubles effondrés à Marseille

Habitat indigne : où en est-on, un an après le drame de la rue d'Aubagne à Marseille ?

- Mis à jour le -
Par , France Bleu Provence, France Bleu

Le 5 novembre 2018, deux immeubles vétustes s'effondraient rue d'Aubagne à Marseille, tuant huit personnes et mettant en lumière l'indignité de centaines de logements du centre-ville. Le point, un an après.

Marseille, France

À l'emplacement des immeubles qui se sont écroulés rue d'Aubagne le 5 novembre 2018, il ne reste aujourd'hui qu'un grand vide, une plaie béante dans l'alignement des vieilles bâtisses du quartier populaire de Noailles. Les murs qui entourent le trou où se dressaient les n°63 et 65, qui se sont effondrés et dont l'un appartenait à la Ville, et le n°67, abattu par précaution, ont été repeints en blanc et un monticule de béton granuleux gris retient le n°69, celui dont les étages supérieurs ont été "déconstruits". Le tout est cerné d'un grillage, dans cette rue dont une partie est toujours coupée à la circulation automobile. Un an après, les portes de dizaines de bâtiments du voisinage sont toujours barrées de chaînes pour empêcher leur occupation, et des avis de péril délavés par la pluie sont toujours affichés, collés à l'adhésif de chantier.

Il y a un an, Marseille prenait conscience, dans la douleur et l'effroi, de l'étendue de l'indignité de son habitat. La situation était pourtant connue : les immeubles dégradés de la rue d'Aubagne avaient déjà fait l'objet de signalements, les associations, chercheurs et journalistes alertaient et publiaient déjà sur le mal-logement, mais dans l'indifférence générale. En 2015, un rapport alarmant commandé par le gouvernement faisait même état de l'insalubrité de 40.000 logements dans la ville. Il aura fallu huit morts pour passer de l'ombre à la lumière.

#BalanceTonTaudis

Deux jours après le drame, le quotidien La Marseillaise lançait une enquête citoyenne baptisée #BalanceTonTaudis pour évaluer l'habitat indigne à Marseille. En quelques jours, les témoignages et photos ont afflué : façades lézardées, plafonds écroulés, escaliers fragiles, cloisons qui bougent, portes qui ne ferment plus, murs gorgés d'eau ou constellés de moisissure, travaux votés par les copropriétés mais jamais effectués... L'initiative permettra de cartographier l'étendue des dégâts, qui déborde largement de l'hyper-centre.

Dans le même temps, des dizaines d'immeubles suspects étaient signalés et les arrêtés de péril et évacuations par principe de précaution se multipliaient dans la ville. La panique gagnait tous les quartiers. Le 11 novembre, le maire Jean-Claude Gaudin, cible de violentes critiques, convoquait la presse et reconnaissait que la Ville n'en avait  "pas assez" fait contre l'habitat indigne, "parce que c'est compliqué et qu'on ne nous laisse pas faire". Le 15 novembre, alors que l'État venait d'annoncer un audit de grande ampleur des bâtiments à risques à Marseille, un millier d'habitants avaient déjà été évacués et de nombreuses rues de la ville étaient inaccessibles à cause de la présence d'immeubles branlants. Les échafaudages et étais fleurissaient sur les façades.

Fin novembre, la loi ELAN était votée à l'Assemblée nationale, durcissant notamment les sanctions contre les marchands de sommeil. Au même moment, les institutions locales et nationales annonçaient mettre la main au portefeuille à Marseille : la Métropole lançait un plan contre l'habitat indigne sur 10 ans de 600 millions d'euros, dont 240 millions de la part de l'État (seuls 17 millions ont pour l'heure été versés), la Région débloquait une aide d'urgence de 100.000 euros pour aider les sinistrés, et le conseil municipal de cette fin d'année 2018 était entièrement consacré au mal-logement, avec 240 délibérations au programme et une enveloppe de 14 millions d'euros.

Plus de 3.000 évacués en six mois à Marseille

En janvier, le "Collectif du 5 novembre" publiait une liste de revendications, comprenant une charte du relogement, la réquisition de logements vides pour les sinistrés et l'instauration d'un permis de louer. Plusieurs personnalités, comme le rappeur Soprano ou le cinéaste Robert Guédiguian, lui emboîtaient le pas dans une tribune publiée dans Le Monde demandant un plan d'urgence pour accompagner les évacués marseillais.

Six mois après le drame de la rue d'Aubagne, la municipalité avait pris 250 arrêtés de péril, davantage que lors des trois années précédentes, selon Marsactu. Entre novembre 2018 et mai 2019, plus de 1.750 visites ont été effectuées par les services municipaux après signalement et plus d’une sur six a conduit à une évacuation, comme au Parc Corot, dans les quartiers nord, où un bâtiment entier de la cité a été vidé de ses 152 habitants. Les portes cadenassées et les rues barrées se multiplient à Marseille, comme les arrêtés de déconstruction, qui touchent des immeubles du centre, rue de la Palud (1er) ou rue de la Butte (2e).

Il a fallu attendre le mois de juin pour voir la charte du relogement votée à l'unanimité en conseil municipal. Elle acte notamment la mise en œuvre de moyens exceptionnels en cas d'évacuation, le droit à un logement digne et au retour des évacués, et le suivi des projets de lutte contre l'habitat indigne. Selon la Fondation Abbé Pierre, 100.000 Marseillais vivent toujours dans des taudis.

Certificat d'habitabilité, permis de louer et société d'aménagement commune

En écho à la crise marseillaise, le gouvernement lançait en septembre une plateforme téléphonique pour dénoncer les marchands de sommeil, le 0806.706.806. Selon le ministre du Logement Julien Denormandie, elle aurait reçu en un mois plus de 2.000 signalements sur l'ensemble du territoire. Une goutte d'eau dans l'océan. Tout comme l'entrée en vigueur mi-octobre du permis de louer dans le quartier de Noailles à Marseille. Quelque 2.500 logements sont dans le collimateur, mais l'obligation ne concerne que la signature des nouveaux baux d'habitation, pas ceux en cours. Les marchands de sommeil peuvent donc respirer.

Un mois avant le premier anniversaire du 5 novembre, le député LREM Guillaume Vuilletet remettait au gouvernement son rapport sur la lutte contre l'habitat indigne, qui propose un "contrôle technique" des habitations et une simplification des procédures avec une police spéciale unique qui remplacerait toutes les polices existantes. À l'heure actuelle, il existe en effet 13 polices de l'habitat dépendant de quatre autorités administratives différentes, ce qui conduit, selon le parlementaire, à un éparpillement des responsabilités et donc à un certain immobilisme de la part des pouvoirs publics. 

Le ministre du Logement entend de son côté "accélérer la réhabilitation de l'habitat à Marseille". Julien Denormandie a annoncé lundi la création d'une société d’aménagement commune associant l’État et les collectivités, chargée de "racheter les logements insalubres, les rénover et les remettre sur le marché, en préservant le caractère populaire du centre-ville".

"C'est compliqué", expliquait il y a un an Jean-Claude Gaudin pour expliquer la difficulté de mener une politique de lutte contre l'habitat indigne à Marseille. Compliqué aussi de gérer son patrimoine, apparemment. Une enquête de Marsactu, La Marseillaise, Le Ravi et Médiapart révélait la semaine dernière que la Ville est, ou a été, propriétaire d'au moins une soixantaine d'immeubles menaçant ruine, qu'elle a laissé pourrir au fil des années.

L'emplacement vide des n°63, 65 et 67 rue d'Aubagne, le 30 octobre 2019 - Radio France
L'emplacement vide des n°63, 65 et 67 rue d'Aubagne, le 30 octobre 2019 © Radio France - Laurent Grolée
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