Société

Haute-Garonne : ces communes qui attendent toujours leurs réfugiés

Par Bénédicte Dupont, France Bleu Toulouse et France Bleu mardi 16 août 2016 à 19:40

En octobre, des Syriens ont été accueillis à Ramonville
En octobre, des Syriens ont été accueillis à Ramonville © Radio France - Olivier Lebrun

Il y a presque un an, face à la crise migratoire en Méditerranée, un plan européen établit que la France doit accueillir 30.700 demandeurs d'asile en deux ans. Des maires de Haute-Garonne promettent alors qu'ils seront solidaires et accueilleront des familles. Ils attendent toujours...

Son appel avait trouvé un certain écho dans les médias et auprès des maires de sa circonscription :  début septembre 2015, en plein cœur de l'affaire du petit Aylan, le député PS de Haute-Garonne Christophe Borgel lance un appel intitulé "Nous sommes prêts à accueillir".  Les onze maires (tous de gauche) de sa circonscription, au sud de Toulouse, le signent.

Trois communes sollicitées seulement

Près d'un an après, sur les onze maires signataires, seuls deux ont réellement accueilli des réfugiés syriens sur leurs communes, Ramonville et Labarthe-sur-Lèze. Ce sont, à notre connaissance, les seules du département avec l'initiative individuelle du maire socialiste de Nailloux (sud de la Haute-Garonne) qui lui a accueilli des Afghans et des Bengalis.. Il n'est pas exclu que des particuliers, des associations, hébergent des migrants de leurs côtés, sans particulièrement en faire la publicité.

Tour d'horizon des communes candidates à l'accueil de réfugiés

Depuis octobre dernier, Ramonville a octroyé deux appartements (hors parc HLM) à une famille syrienne, un couple et leurs deux petites filles, rejoint par leurs trois cousins. Les enfants vont aujourd'hui à l'école, le père, ingénieur en pétro-chimie, suit une formation pour trouver un emploi. Le maire Christophe Lubac a été le premier à recevoir des familles de réfugiés, le préfet de Haute-Garonne avait même fait le déplacement, devant caméras, micros et objectifs.

Je suis étonné, je pensais que les collègues iraient jusqu'au bout de leur démarche. Peut-être n'ont-ils pas eu le temps de faire les démarches auprès de la préfecture à temps.... — Christophe Lubac le maire de Ramonville

L'accueil de réfugiés comprend une prise en charge importante (école, logement, apprentissage du français, formations, etc) - Radio France
L'accueil de réfugiés comprend une prise en charge importante (école, logement, apprentissage du français, formations, etc) © Radio France - Olivier Lebrun

Une procédure en amont complexe

Pourtant, la plupart des autres maires dits engagés n'ont jamais eu de retour, jamais de demande. Mais ça n'est pas le tout d'être généreux, de dire que tout le monde est le bienvenu, il faut solliciter les services de l'Etat en bonne et due forme et remplir les conditions nécessaires . À Saubens l'automne dernier, 2.100 âmes, des habitants s'étaient manifestés pour accueillir des réfugiés chez eux, dans des chambres libres. Mais, à ce moment-là, la préfecture privilégiait des logements autonomes. Peut-être cela va t-il changer avec l'appel à projet lancé cet été par la ministre du Logement Emmanuelle Cosse qui souhaite que les Français accueillent désormais des réfugiés chez eux.

Un particulier avait mis sa maison à disposition, mais faute de demande, il a fini par la louer. — Jean-Claude Garraud, le maire de Villate, 900 habitants

À Nailloux dans le sud du département, le maire Michel Dutech lui n'a pas attendu l'appel de Christophe Borgel. Il a accueilli une famille afghane, puis une famille du Bangladesh, à chaque fois un couple avec un enfant. L'une est logée dans un bâtiment de la mairie, l'autre dans un appartement, propriété de particuliers. Nailloux, explique t-il,  a une longue tradition d'accueil des étrangers. Le grand-père de Michel Dutech accueillait des réfugiés espagnols en 1936. Et la ville et ses alentours dispose de tout un tissu associatif de bénévoles impliqués dans la cause humanitaire, dans la défense des droits des migrants.

Il faut bien faire le distingo entre réfugié politique et migrant économique. Pour obtenir le statut de réfugié, il faut beaucoup de temps et d'accompagnement — Michel Dutech, maire de Nailloux

La France, pays peu attractif pour les demandeurs d'asile politique ?

À l'origine de l'appel, le député Christophe Borgel affirme que ce n'était pas un "coup de com'" et que les maires de sa circonscription se tiennent toujours prêts, que les services de l'Etat le savent. Il voit plutôt l’explication du côté de l'arrivée globale de réfugiés politiques en France. De fait, les Syriens et les Irakiens, en particulier, qui débarquent en Europe ne cherchent pas à venir en France.

Le nombre de réfugiés venus en France est bien en dessous des exigences de Bruxelles. J'imagine que la situation de l'emploi en Allemagne et dans les pays scandinaves a beaucoup joué. — Christophe Borgel

De fait, le parcours des migrants et des demandeurs d'asile est complexe et il en existe autant qu'il existe d'individus. Beaucoup de demandeurs d'asile passent d'abord par des Cada. En Haute-Garonne en 2015, 1.197 demandes d'asile (chiffres Préfecture) ont été déposées en préfecture, 80.000  à l'échelle nationale. Un quart, 19.500, ont été accordées. Parmi les nationalités les plus représentées, dans l'ordre : des Soudanais, des Syriens, des Kosovars, des Bengalis, des Haïtiens et des Congolais.