Société

Henri Duguy, résistant et compagnon d'internement de Guy Môquet à Châteaubriant, fête ses 100 ans !

Par Aurélien Tiercin, France Bleu Loire Océan lundi 19 septembre 2016 à 5:30

Photos du camp de Choisel en 1941
Photos du camp de Choisel en 1941 © Radio France - Aurélien Tiercin

Né le 19 septembre 1916 à Nantes, Henri Duguy devient centenaire ! Mémoires d'un résistant de la Seconde Guerre mondiale, interné avec Guy Môquet dans le camp de Choisel à Châteaubriand d'avril 1941 à avril 1942.

"Le témoignage que je veux absolument laisser derrière moi, c'est de faire comprendre aux gens que le camp de Choisel a eu un impact national" assure Henri Duguy. L'homme s'apprête à fêter ses 100 ans dans son petit appartement d'une maison de retraite de Carquefou. Et il ne pense plus qu'à témoigner de l'internement dont il fût victime pendant une année, d'avril 1941 à avril 1942.

On m'a arrêté à Lorient alors que je m'y rendais pour un projet professionnel. Les gendarmes m'attendaient, ils m'ont mis les menottes directement. Je me souviens d'une intervention très violente" - Henri Duguy

Henri est condamné à l'internement pour "mise en danger de la sécurité publique". Il distribuait en réalité des tracts anti-allemands dans les rues de Nantes avec ses camarades communistes. Henri, alors 24 ans, est un jeune homme très engagé politiquement et se réclame de la résistance. Il est emmené par les gendarmes français à Châteaubriant, pour être interné dans le camp de Choisel. Auparavant camp pour prisonnier de guerre en 1940, Choisel devient "Centre de séjour surveillé" l'année d'après. 600 résistants, dont certains venus des prisons du Nord ou de Poissy, y sont enfermés.

Certains otages mourront dans les fours crématoires du Camp d'Auschwitz

Les conditions de vie à l'intérieur du camp sont déplorables. "C'était terrible" raconte Henri. "On mangeait une espèce de jus de maïs avec plein de charançons à l'intérieur. Pour se laver, il n'y avait qu'un robinet à l'extérieur des baraques. L'hiver 1941, il faisait -12°c..." Malgré tout la résistance s'organise. Henri Duguy fait la connaissance de Guy Môquet, jeune homme de 17 ans. Encore aujourd'hui symbole de la résistance française, il sera fusillé le 22 octobre 1941 avec 26 autres otages de Choisel. C'est une vengeance des allemands après l'assassinat du lieutenant-colonel Karl Hotz, responsable des troupes d'occupation en Loire-Inférieure.

Les semaines se suivent dans le camp et les exécutions s’enchaînent. Un jour, "la date exacte m'échappe" admet Henri, 19 camarades communistes se dirigent vers le peloton d’exécution. Les gendarmes du camp préviennent les prisonniers qu'ils doivent absolument rester enfermés dans leur baraque sous peine de mourir sous les balles. "D'un commun accord, nous avons défoncé tous ensemble les portes, pour nous planter au pied du mirador sur lequel la mitrailleuse se tenait. Nous avons chanté la Marseillaise à tue-tête pour soutenir nos amis. Et la mitrailleuse s'est tue. Une grande victoire".

Henri Duguy dans son appartement de Carquefou. - Radio France
Henri Duguy dans son appartement de Carquefou. © Radio France - Aurélien Tiercin

Des victoires symboliques, et parfois un ou plusieurs otages qui s'échappent. Par exemple, Roger Puybouffat, un des évadés, sera même nommé plus tard dans le Gouvernement d'Alger par le Général De Gaulle. Le camp fermera ses portes le 15 mai 1942. La plupart des prisonniers encore vivants sont envoyés en Allemagne ou dans des camps d'extermination (certains finiront leur vie dans les fours crématoires d'Auschwitz). Henri sera plus chanceux. "J'ai reçu une proposition de libération en avril 1942. Mais je ne crois pas à la grandeur d'âme de l'occupant. Ils voulaient en fait faire croire à mes camarades que je les abandonnais". Henri sera tout de même détenu en Allemagne jusqu'en 1944.

Aujourd'hui, près de trois quarts de siècle après, Henri Duguy veut rendre hommage à ses amis morts pour la France et la Résistance. Il témoigne aussi pour prévenir les dérives extrémistes et la "frénésie guerrière actuelle". Encore vif d'esprit malgré ses cent printemps, il regarde avec inquiétude les actualités internationales.

Les attentats, la montée des nationalismes, la crise des migrants. Henri Duguy craint une troisième guerre mondiale...