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Histoire : découverte d'un film tourné en 1941 dans le camp de Beaune-la-Rolande

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Par , France Bleu Orléans, France Bleu

C'est une découverte exceptionnelle que vient de faire le Mémorial de la Shoah à Paris : un film muet de cinq minutes, tourné en cachette, à l'été 41, au camp de Beaune-la-Rolande (Loiret), par un interné qui fut ensuite déporté à Auschwitz. Ce sont, à ce jour, les seules images filmées du camp.

Le film a été tourné en cachette par l'un des internés du camp de Beaune-la-Rolande, arrêté lors de la rafle du billet vert
Le film a été tourné en cachette par l'un des internés du camp de Beaune-la-Rolande, arrêté lors de la rafle du billet vert - Document Cercil - DR

C'est un film muet, qui dure cinq minutes : une sorte de mini-reportage, tourné en caméra cachée, et qui montre tout ou presque du camp de Beaune-la-Rolande à l'été 1941. Découvertes récemment par le Mémorial de la Shoah à Paris, ce sont les seules images filmées qu'on connaisse à ce jour des camps d'internement du Loiret.

Un film tourné par un "raflé du billet vert"

"On dispose de beaucoup de photos d'époque sur les camps du Loiret, précise Lior Lalieu-Smadja, la responsable de la photothèque du Mémorial de la Shoah, mais jusqu'ici nous ne connaissions pas de film. Des images filmées, tournées dans un camp d'internement en zone Nord, on n'en avait d'ailleurs jamais vu, c'est exceptionnel."

L'histoire de ce film est elle-même assez incroyable. Les prises de vue ont été effectuées par un interné du camp de Beaune-la-Rolande : Paul (Pavel) Engelmann, Juif né à Prague en 1905, arrivé en mars 1939 en France pour rejoindre sa fiancée, arrêté le 14 mai 1941 à Paris lors de la "rafle du billet vert" - la première grande arrestation de Juifs en France, 7.000 hommes juifs étrangers reçurent une convocation (le papier était de couleur verte) émanant de la police française pour "examen de situation". 3.700, pensant répondre à une formalité administrative, furent ainsi piégés, mis en état d'arrestation et aussitôt transférés dans les camps du Loiret.

Il a réussi à introduire une caméra dans le camp

"On sait que quand ils sont arrivés aux camps de Pithiviers et de Beaune-la-Rolande, ces hommes ont été entièrement fouillés et dépossédés de leurs affaires, poursuit Lior Lalieu-Smadja, donc vraisemblablement Paul Engelmann n'avait pas sa caméra sur lui. On sait aussi que lors de leur année d'internement, les internés ont eu des permissions, ont pu voir leur famille. On peut donc faire l'hypothèse qu'il a pu voir sa fiancée, qu'elle lui a donné la caméra, qu'il a filmé puis qu'il lui a redonné la caméra au cours d'une nouvelle rencontre."

L'intérieur du camp de Pithiviers
L'intérieur du camp de Pithiviers © Radio France - Harry Croner - Collection Mémorial de la Shoah

Il s'agit bien de sa caméra personnelle car le film débute par des images de Prague puis enchaîne sur les images de Beaune-la-Rolande. "Cinq minutes d'images, tout de même, on voit bien que ce sont des images clandestines mais on voit tout de même beaucoup de choses du camp, commente Lior Lalieu-Smadja. La fin du film est particulièrement émouvante : Paul Engelmann se filme lui-même, plusieurs secondes, le visage émacié, regardant intensément la caméra, c'est très très fort."

Bientôt projeté au futur espace mémoriel de Pithiviers

Des images d'autant plus poignantes que Paul Engelmann fut ensuite déporté le 28 juin 1942 à Auschwitz, en Pologne, d'où il ne revint pas. Toute sa famille sera assassinée au camp de Theresienstadt, près de Prague, seuls sa sœur et son neveu survivront et s'installeront à Londres après-guerre. C'est en 1947 qu'ils récupèreront ce film auprès de la fiancée de Paul Engelmann, film qui était resté jusqu'ici inédit.

Ce film a été projeté en avant-première vendredi soir 14 mai sur le site Internet du musée du Cercil à Orléans, à l'occasion d'une conférence en ligne (c'est à retrouver en cliquant sur l'onglet "conférence numérique, 80 ans du billet vert", à partir de la 51ème minute de la conférence). Il sera ensuite diffusé en permanence dans le futur espace mémoriel de la gare de Pithiviers, actuellement en cours de construction, et dont l'ouverture a été reportée à l'été prochain.

A ECOUTER : l'interview de Lior Lalieu-Smadja ci-dessous

"Une découverte extraordinaire" - Lior Lalieu-Smadja

A LIRE : hasard de l'actualité, le Mémorial de la Shoah vient de faire l'acquisition de 98 photos inédites sur la rafle du billet vert

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