Société

Hommage émouvant à Grenoble pour les morts de la rue

Par Véronique Pueyo, France Bleu Isère vendredi 1 juillet 2016 à 19:07

Recueillement en mémoire des morts de la rue, dans le jardin de Ville, à Grenoble
Recueillement en mémoire des morts de la rue, dans le jardin de Ville, à Grenoble © Radio France - Véronique Pueyo

Une cinquantaine de personnes se sont rassemblées, à l'initiative du collectif grenoblois "Mort de rue", vendredi au Jardin de Ville de Grenoble pour rendre hommage aux sept morts de la rue depuis le début de l'année. Des hommes et des femmes que la vie dans la rue a tués. Ils n'avaient pas 40 ans.

Depuis cinq ans, début juillet, c'est devenu une habitude. Le collectif grenoblois "Mort de rue" se rassemble au Jardin de ville de Grenoble pour rendre hommage aux sans-domicile-fixe morts de misère dans la rue. Ils s'appelaient Alex, Guy, Isa ou Fatima et n'avaient pas 40 ans. Suicide, accident, incendie de squat, des chemins de vie que leurs copains de galère et les bénévoles du collectif ont voulu saluer, en chansons, en lisant des textes sur leurs vies, ou en poussant un grand cri de colère. Certains ont aussi écrit leur nom ou un petit mot sur de beaux cailloux blancs qui ont ensuite été rassemblés devant le kiosque du Jardin de ville. Puis, les musiciens ont joué en l'honneur de ces morts.

Des cailloux pour que les morts ne soient plus anonymes - Radio France
Des cailloux pour que les morts ne soient plus anonymes © Radio France - Véronique Pueyo

"On les prend pour des ivrognes sans cervelle, mais ils sont pleins d'humanité, toujours à se soucier de vous."

Pour Viviane, qui ne vit pas dans la rue mais qui côtoie les SDF, ce sont des gens plein de générosité : "on les prend pour des ivrognes sans cervelle, mais  ils sont pleins d'humanité, toujours à se soucier de vous. Je vais les voir souvent, c'est devenu un peu ma famille" explique la jeune femme, tout en piercing et dread locks. Il y a aussi des jeunes en errance venus là avec leurs chiens, une bière à la main, ils trinquent à leurs amis défunts. Dans l'agglomération grenobloise, près de 1800 personnes vivent dehors ou dans des habitats précaires. En 2015, 500 personnes sont mortes en France dans la rue.

Les prénoms de ceux qui sont morts dans le rue depuis 5 ans, à Grenoble - Radio France
Les prénoms de ceux qui sont morts dans le rue depuis 5 ans, à Grenoble © Radio France - Véronique Pueyo

"Cela n'est pas admissible" lance au micro Jo Briant, vieux militant grenoblois, du centre Inter-peuples. "On juge souvent une société à la façon dont elle prend soin des plus faibles." Claire, du collectif morts de rue, interpelle de son côté les politiques : "La loi Dalo n'est pas appliquée, quand on voit tous ses logements vacants, ça fait mal au cœur."

Les manifestants se sont ensuite rendus dans le cimetière du Grand Sablons, à La Tronche, pour se recueillir une dernière fois devant le carré commun ou sont enterrés les indigents, comme on les appelait au XIXe siècle et comme on les appelle encore aujourd'hui.

Des jeunes en errance venus avec leurs chiens, une bière à la main, ils trinquent à leurs amis défunts. - Radio France
Des jeunes en errance venus avec leurs chiens, une bière à la main, ils trinquent à leurs amis défunts. © Radio France - Véronique Pueyo

500 morts dans la rue en France en 2015, moyenne d'âge : 49 ans - Radio France
500 morts dans la rue en France en 2015, moyenne d'âge : 49 ans © Radio France - Véronique Pueyo