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Société

"Je ne le vois plus comme un père mais comme un assassin" : Emilie, fille d'une victime de féminicide

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Par , France Bleu Armorique, France Bleu

La mère d'Emilie a été tuée par son mari en février 2017 à Pleucadeuc dans le Morbihan. Pour la jeune femme, la vie a alors basculé dans le drame et le féminicide est devenu une réalité. Récit au micro de France Bleu Armorique.

"Je ne le vois plus comme un père mais comme un assassin", Emilie fille d'une victime de féminicide
"Je ne le vois plus comme un père mais comme un assassin", Emilie fille d'une victime de féminicide © Radio France - Ouafia Kheniche

Pour mettre le drame à distance, Emilie parle d’un ton monocorde déclinant son état civil comme si les événements qu’elle relatait n’avaient rien de particulier : "Je m’appelle Émilie, j’ai 33 ans, j’habite à Questembert. Je suis mariée et j’ai un petit garçon de 4 ans."

Puis, elle en vient à cette date du 12 février 2017 et sa voix déraille. Les larmes montent désormais, incontrôlables : "Ma maman a été tuée par mon père le 12 février 2017." Cette jeune femme aux longs cheveux bruns et aux traits enfantins change de regard quand elle replonge dans ses souvenirs. On sent qu’elle n’y croit toujours pas, que quelque chose dans son esprit continue à penser, trois ans après le drame, "ce n’est pas possible, ce n’est pas vrai." Pourtant, Gisèle, la mère d’Émilie, est bel et bien morte, tuée par balles par son mari, deux mois après avoir quitté le domicile conjugal. 

Le courage de quitter son mari 

À 54 ans, Gisèle avait enfin trouvé le courage de quitter son mari alcoolique qui lui menait une vie d’enfer depuis toujours. "Elle en avait assez de supporter tout ça. Elle ne savait jamais quand elle rentrait chez elle si son mari serait ivre ou pas" se souvient Émilie. Le père soumet depuis toujours la famille à des crises de colère au cours desquelles il casse tout ce qui lui tombe sous la main sans laisser de répit à sa femme et à ses deux enfants, Émilie et son frère cadet. Tous les trois supportent tant bien que mal ses excès. "Mon père ne s’en est jamais pris physiquement à nous. Il cassait des objets, des portes, de la vaisselle… Ma mère n’en pouvait plus. Ce n’était pas une violence forcément visible de l’extérieur. Mais nous, on n’avait qu’une hâte : c’est qu’il aille se coucher pour retrouver le calme."  

En 2017, la santé de sa mère commence à se détériorer. "Elle se sentait prise au piège dans une vie qu’elle ne supportait plus. Elle voulait vivre pour elle, pour ses enfants et ses petits-enfants sans se soucier en permanence de l’état dans lequel était son mari" poursuit la jeune femme. Émilie propose alors à sa mère de la loger chez elle, le temps pour elle de trouver une location. Pour vivre en paix, cette femme de 54 ans, agent d’entretien, est déterminée à quitter cet homme même si pour cela elle doit laisser cette maison qui est pourtant aussi la sienne. 

Les coups de feu retentissent... Gisèle est abattue

Le 12 février, le père d’Émilie, qui n’admet pas la séparation, est venu une fois encore voir son épouse chez une amie pour tenter de la faire revenir, lui promettant qu’il va changer et arrêter de boire. "Maman est sortie discuter avec lui." Quelques instants plus tard, les coups de feu retentissent... Gisèle est abattue. 

Émilie arrive sur le lieu du drame quelques heures plus tard. La jeune femme voit les gendarmes, l’ambulance, puis elle apprend la nouvelle : « Votre père a tiré sur votre mère. Elle ne s’en est pas sortie. » "J’ai hurlé" se souvient Émilie. L'officier lui annonce que son père a été transporté dans un état critique après avoir retourné l’arme contre lui. "Sur le moment, j’ai juste souhaité qu’il meurt."

Les pompiers, qui sont présents, lui proposent de bénéficier d’un soutien psychologique mais Émilie veut simplement retrouver son frère. Hébétés, les enfants de Gisèle doivent ensuite prévenir leurs oncles et tantes du drame qui vient de se produire avant qu'ils ne l’apprennent par la presse. "Je disais : « mon père a tué ma maman »."

"J’aimerais bien avoir une grand-mère que je peux toucher"

Trois ans après, la douleur est encore incandescente. Émilie ne passe pas une seule journée sans penser à sa mère. Elle parle très souvent d'elle à son petit garçon de 4 ans. "Je parle d’elle comme si elle était encore là, de ce qu’elle aimait, de ce qu’elle faisait. Un jour, mon petit garçon m’a dit "j’aimerais bien avoir une grand-mère que je peux toucher."

Les conséquences sont lourdes pour Émilie, sa famille, les amis de cette famille. Tout un univers où chacun est marqué par ce meurtre et loin d‘en avoir fini avec cette histoire. "Il faut trouver le courage d’aborder notamment le procès qui doit se dérouler en 2020. On va se retrouver face à l’assassin" comme l’appelle désormais Émilie. "Je ne le considère plus comme mon père. Depuis qu'il a tué ma mère, je ne vois plus un père je vois un assassin. Pour moi, il n’est plus mon père. J’ai perdu mes deux parents."

Ce n’est que bien plus tard qu’elle découvre le mot « Féminicide » et le collectif Féminicides par compagnon ou ex. Ce que sa mère a subi, elle se rend compte que des milliers de femmes l’ont vécu aussi. Émilie apprend au fil du temps que cette violence peut arriver dans n’importe quel milieu social, dans n’importe quelle ville de France. "Je n’ai pas envie de comprendre pourquoi il a fait ça, je veux qu’il soit lourdement puni et j’aimerais que ça n’arrive plus à d'autres femmes."

Après la mort de sa mère, Émilie a beaucoup de choses à gérer administrativement, juridiquement, et elle ne sait pas vers qui se tourner  : "On est livré à nous même sans savoir vraiment quoi faire" regrette la jeune femme. Après cette expérience dramatique, elle sait qu'il y aurait beaucoup de choses à mettre en place. Fin novembre après le Grenelle des violences faites aux femmes, elle a un peu d'espoir avant d'être déçue : "C'est retombé comme un soufflet. Je n’ai rien vu qui se soit mis en place concrètement depuis."

De son côté, elle a décidé de changer des choses dans sa vie et se lance dans une nouvelle carrière professionnelle. Pendant neuf mois, elle suit une formation pour devenir monitrice d'auto-école. Parmi ses projets, il y a aussi la lutte contre les féminicides : "Je vais essayer d'aider des familles qui ont vécu cette tragédie mais quand j’irai mieux..."

Un procès qui tarde

Trois ans après la mort de sa mère, Émilie essaie de se reconstruire. Le tempo judiciaire ne lui facilite pas la vie. Elle aimerait passer à autre chose mais le procès tarde à s’ouvrir. Elle sait qu'elle devra faire face à son père et revivre toute cette histoire. "Il n’a pas supporté qu’elle le quitte et c’est pour ça qu’il l’a tuée. Je ne lui pardonnerai jamais. Ma mère me manque. Tous les jours. J’aurais besoin de son soutien, de son réconfort. Qu'elle soit là, comme une maman peut être là pour sa fille. Je dois vivre sans elle, je n’ai pas le choix, je dois le faire pour mon petit garçon." 

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