Société

Il obtient ses droits au chômage après 600 km à pied

Par Mathieu Ferri, France Bleu Roussillon mercredi 5 février 2014 à 17:32

Premier café pour Gerrit Adriaensen après son périple
Premier café pour Gerrit Adriaensen après son périple © Mathieu Ferri / Radio France

Le "chômeur-marcheur" était parti à pied de Dorres en Cerdagne, pour faire valoir ses droits au chômage, qu'il avait perdu suite à un imbroglio administratif. Après un élan de solidarité et une exposition médiatique, il a obtenu gain de cause, et est rentré en Roussillon.

Au départ, il y a un énorme imbroglio entre Gerrit Adriaensen et le Pôle Emploi. L'homme de 57 ans a travaillé pendant une quinzaine d'années pour un groupement d'employeurs de Cerdagne. Fin 2010, on lui annonce qu'il est licencié,  mais sans trace écrite, de façon orale. Il se tourne alors vers Pôle Emploi, qui lui explique qu'il lui faut un certificat de travail de la part de l'employeur, pour prouver qu'il n'a plus d'emploi. C'est à ce moment là que les affaires se compliquent. L'employeur n'a toujours pas fourni le papier, et Gerrit Adriaensen doit aller jusqu'aux Prud'hommes pour l'obtenir. Mais quand il revient vers Pole Emploi avec son papier début 2012, on lui annonce que c'est trop tard, et que le délai pour s'inscrire est dépassé ; il aurait dû le faire dans l'année qui suivait son licenciement.

Sans chômage, sans revenu, sans solution, Gerrit écrit un premier courrier au président de la République, mais rien ne bouge. Alors il décide, presque sur un coup de tête, de marcher sur Paris.

Une "grande balade" qui commence...

Avec un simple sac à dos, un sac de couchage et trois paires de chaussures, Gerrit quitte son petit village de Dorres, en Cerdagne, le 21 janvier dernier. Il descend vers la plaine et compte marcher une cinquantaine de kilomètres par jour, direction Paris, et le palais de l'Elysée. L'homme a été berger, et a l'habitude des escapades en solitaire dans la nature. C'est aussi un passionné de course à pied, qui a gagné six ois le championnat du Canigou.

Pour dormir, pour manger, il s'arrangera... Chaque soir, il déplie son sac de couchage à même le sol, et il se protège avec une bâche. C'est parfois limite quand il se trouve sur le Larzac, avec de la neige, et des témpératures négatives la nuit. Pour les repas, Gerrit fait des courses dans les épiceries de village chaque matin. Il se nourrit de lait et de bananes, qu'il engloutit tout en marchant. Côté parcours, Gerrit n'a pas de boussole, il suit juste les panneaux routiers et il se perd parfois, ça a été le cas du côté de Lodève ou de Millau notamment.

"Toute cette solidarité, c'est incroyable" (Gerrit Adriaensen)

Dans les campagnes il rencontre quelques habitants, interloqués par sa démarche. Et puis sur internet, on parle de lui, avec des messages de soutien venus de la France entière. Les amis aussi sont venus l'aider. Fred, un de ses amis, est venu le rejoindre lors de sa traversée de l'Auvergne, au moins pour lui changer son sac de couchage, trempé par la neige. Il lui apporte aussi soutien moral et assistance. C'est cet ami aussi qui l'a ramené à Perpignan dans la nuit de mardi à mercredi, dès qu'il a appris la bonne nouvelle. Gerrit était alors en Auvergne, entre Clermont-Ferrand et Montluçon. Après avoir parcouru 600 km, il lui en restait 300 vers Paris.

Un élan de solidarité qui a fait gagner Gerrit

L'onde médiatique a porté jusqu'à la direction nationale de Pôle Emploi. Le syndicat Force Ouvrière qui a poussé derrière Gerrit a obtenu l'assurance que ses droits au chômage allaient enfin être ouverts. Tout devrait être officialisé dans les prochains jours. Le syndicat veut d'ailleurs se servir de l'exemple de Gerrit pour militer pour un meilleur accompagnement des chômeurs. Que ceux qui perdent leur emploi n'aient pas en plus à se battre dans les couloirs de l'administration. Pourquoi pas que l'inscription à Pôle Emploi soit automatique. En tout cas, Gerrit a gagné son pari. Un petit bonhomme pour une grande victoire. Dans son sac, il avait prévu des habits propres pour se présenter à l'Elysée... il n'aura pas eu à les utiliser.

L'incroyable histoire du "chômeur-marcheur"

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