Société

Il y a 70 ans, le train de Loos, dernier convoi vers les camps de concentration

France Bleu Nord dimanche 31 août 2014 à 19:00

La prison de Loos, aujourd'hui à l'abandon.
La prison de Loos, aujourd'hui à l'abandon. © Alexis Christiaen/MaxPPP

Il y a 70 ans, le 1er septembre 1944, deux jours avant la libération de Lille, 871 Nordistes étaient déportés vers les camps de concentration des nazis. Ce dernier convoi de déportation reste dans les mémoires sous le nom de "train de Loos". Ce drame est commémoré ce lundi à Loos.

Le 1er septembre 1944, 871 Nordistes, des Résistants pour la plupart, ont été envoyés en train vers l'Allemagne et ses camps de concentration par les nazis. On était alors à 48 heures de la libération de Lille. C'est ce qu'on appelle l'affaire du "Train de Loos". Les "détenus" avaient d'abord tous été réunis à la prison de Loos, près de Lille, avant d'être conduits jusqu'à la gare de Tourcoing d'où le train est finalement parti à 17h30. Ca a été le tout dernier train de déportés à quitter le Nord de la France. Aujourd'hui, il ne reste plus que sept survivants de ce train.

#James Venture, 93 ans, arrêté en juillet 44, déporté dans le train de Loos

Parmi eux, James Venture, 93 ans, il vit aujourd'hui à Mons-en-Baroeul à côté de Lille. James Venture a 23 ans quand il est arrêté par les Allemands, le 6 juillet 1944. Il est envoyé à la prison de Loos et le 1er septembre, il est mis dans ce train de Loos bondé. Il raconte : "On était au moins 80 par wagon, on était debout, certains tombaient ". À son bord, les détenus sont persuadés que les Alliés vont intervenir pour arrêter le train. "On était sûr que les Alliés étaient là et tout le monde y croyait " se souvient-il, amer. Le train poursuit pourtant sa route. James venture est interné dans différents camps de concentration.

Pour lui, ce sont huit mois de souffrance jusqu'à ce que le camp dans lequel il se trouve soit libéré, le 2 mai 1945, par les Alliés. Il pèse alors 37 kilos et a du mal à goûter au bonheur de sa libération. Depuis son retour en France et encore aujourd'hui, James Venture s'est battu pour faire connaitre le drame du train de Loos.

Témoignage : James Venture, déporté dans le train de Loos au micro d'Odile Senellart

#Raymond Delmas-Marsalet, médecin, arrêté sur dénonciation en août 44, déporté dans le train de Loos

Parmi ces 871 déportés : le docteur Raymond Delmas-Marsalet, qui vivait à Estaimpuis, en Belgique et qui était résistant. Il est mort dans le camp de Sandbostel, en avril 1945. Les époux Delmas-Marsalet avaient été arrêtés par les Allemands sur dénonciation le 17 août 1944. Ils ont été conduits à la prison de Loos et Thérèse, leur fille qui avait trois ans à l'époque. Pendant ce temps, les Alliés progressent. L'info se répand dans la prison où personne ne peut imaginer qu'ils vont être envoyés en Allemagne. "Ils savaient que le 30 août, les Alliés se trouvaient à Arras et à Douai. Donc ils pensaient être libérés ."

Et pourtant, le 1er septembre, les Allemands acheminent tous les détenus jusqu'à la gare de Tourcoing. La mère, elle, est libérée. Les Allemands renoncent à envoyer un train de femmes. En revanche, Le père, fait partie des déportés du train de Loos. Il est emmené en camp de concentration. Sa fille a peu d'élément sur ce qu'a été sa vie là-bas sinon le fait qu'il était un peu moins mal traité parce qu'il était médecin. "J'ai appris à connaître mon père en lisant son journal de guerre. On le voit tellement humain avec les gens qui mouraient autour de lui. Certains étaient battus, torturés, je pense qu'il a tenu son rôle de médecin jusqu'au bout ".

Près de huit mois après avoir été déporté par le train de Loos, Raymond Delmas-Marsalet est mort du thyphus dans le camp de Sandbostel. C'était le 27 avril 1945, deux jours seulement avant la libération de ce camp par les Alliés.

Appel à témoins

À l'occasion de cet anniversaire, l'Amicale du Train de Loos lance un appel à toutes les familles qui ont, elles aussi, été touchées par cette affaire pour qu'elles se manifestent. Si vous êtes concerné, vous pouvez contacter l'association par téléphone au 03.20.70.85.76 ou via un formulaire spécifique sur le site internet de l'association.

L'historien Yves Le Manner, l'un des spécialistes de cette affaire, est l'invité de France Bleu Nord ce lundi à 8h10. Il est l'auteur d'un ouvrage intitulé Le grand drame de la déportation dans le Nord-Pas-de-Calais et paru en 2003.**

Une cérémonie de commémoration aura lieu à 10h30 ce matin au cimetière paysager, rue Delory, à Loos.