Société

REPORTAGE | Illettrisme : elle a appris à lire grâce à son enfant

Par Alexandre Blanc, France Bleu Loire Océan mardi 8 septembre 2015 à 7:00

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Au tableau © Radio France - Alexandre Blanc

Les journées nationales d'action contre l'illettrisme ont lieu du 8 au 13 septembre. En France, 7% des 18-65 ans ne savent ni lire, ni écrire, ni compter (9% en Pays de la Loire). Plus de la moitié des illettrés ont plus de 45 ans. Reportage dans un atelier d'alphabétisation de Couëron (44)

Depuis 1998, une dizaine de bénévoles accompagnent chaque année une quinzaine de personnes qui souhaitent réapprendre à lire, à écrire et à compter. Les "apprenants" sont essentiellement des étrangers qui découvrent la langue française. Mais il se trouve aussi parmi eux des Français qui ont quitté l'école illettrés. C'est lorsque sont fils est entré en CP que Sandrine (le prénom a été modifié) a poussé la porte du centre socio-culturel Pierre-Legendre de Couëron.  Elle n'aurait jamais osé prendre cette décision seule si sa belle-soeur ne l'avait pas encouragée. 

Maintenant, Sandrine peut aider son fils pour les devoirs

Je ne veux pas le dire à l'école. J'aurais peur que mon fils ait honte" — Une maman illettrée 

En 6 ans, la maman a fait des progrès considérables. Elle est désormais capable de comprendre les textes qu'elle  a sous les yeux. Pour son propre plaisir, il lui arrive de lire Femme Actuelle. Cette année, c'est elle qui a pris connaissance des courriers du collège à la rentrée. L'établissement ne sait rien de son illettrisme. Sandrine préfère le cacher par crainte que son fils n'ait honte. Elle-même a dû affronter le rejet au sein de sa propre famille. Il arrive qu'on lui renvoie au nez sa prétendue inutilité au prétexte qu'elle ne maîtrise pas la lecture ou l'écriture. 

Le poids de la honte 

Apprendre à écrire, à lire et à compter simplifie les relations sociales. "Si on peut mieux comprendre et avoir moins de complexe, on est plus épanoui et on s'affirme davantage", confirme Bernadette Bertin, la bénévole qui accompagne la mère de famille. Lors des ateliers, elle prend pour support les démarches du quotidien. Ensemble, Bernadette et Sandrine remplissent des chèques, des déclarations de revenus ou des demandes de carte de bus. Au fur et à mesure de ses progrès, l'apprentie se libère. Maintenant, elle sourit. Il lui arrive même d'avouer ses difficultés en public.