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Société DOSSIER : Mai-68

VIDEO - Ils ont fait Mai-68 en Berry

dimanche 13 mai 2018 à 12:28 - Mis à jour le vendredi 18 mai 2018 à 11:51 Par Gaëlle Fontenit et Jonathan Landais, France Bleu Berry

France Bleu Berry a retrouvé des acteurs de Mai-68 et leur donne la parole toute la semaine. Chaque matin, à 6h15 et 8h15, ils nous racontent la façon dont ils ont vécu ce printemps historique dont on célèbre cette année le cinquantième anniversaire.

5 témoins berrichons racontent leur Mai 1968
5 témoins berrichons racontent leur Mai 1968 © Maxppp - PHOTOPQR/L'ALSACE/MAXPPP

Indre, France

Ils avaient entre 15 et 30 ans. Ils étaient étudiants, syndicalistes, ou bien CRS. Ils ont tous pris, d'une façon ou d'une autre, part aux "événements", depuis Paris ou bien en Berry. Cinq témoins nous racontent leur printemps 68.

Lundi : Roland Narboux, historien

Lundi : Roland Narboux, historien

Voix bien connue des auditeurs de France Bleu Berry, Roland Narboux a rouvert le livre d'histoire, page Mai 68. A Bourges, les événements ont démarré le 13 mai, soit 3 jours après la nuit des barricades à Paris. "Ça commence avec les lycéens et les étudiants des Beaux-Arts, qui était assez turbulente à cette époque. Ils manifestent le 13 mai, mais bon, on est en Berry. C'est très calme. Il n'y a pas de barricades, mais il y a de beaux cortèges."

Comme à Paris, la mobilisation étudiante finit par s'étendre aux ouvriers. "Le deuxième épisode est une grande grève dans une usine d'aviation.  Ils ont poursuivi le mouvement en séquestrant le patron ! C'était du jamais vu. A Bourges, on décide d'une grève avec occupation d'usine. Toutes les entreprises étaient en grève. Le point focal, c'était la maison de la culture. Le personnel était en grève, c'était une grève intellectuelle. Ça discutait du matin au soir, même la nuit. C'était un grand moment de liberté d'opinion". 

Mardi : Jacky Frady, étudiant

Mardi : Jacky Frady, étudiant

Ce printemps-là, Jacky a eu bien du mal à renoncer à son costume cravate. Le jeune homme était alors lycéen, en classe de troisième, à Châteauroux. "On sentait peu à peu une sorte d'évolution des choses, ne serait-ce qu'à la longueur des cheveux des collégiens et lycéens. On était un peu moins guindés, en jean's, et sans cravate. Mais j'étais un des seuls à résister, d'ailleurs sur la photo de classe, j'ai une cravate". 

Jacky, futur avocat, continue de réviser son brevet, malgré la cessation des cours. "Je n'ai jamais manifesté, j'attendais que ça se passe. J'ai passé mon brevet cette année-là : c'était un oral. On a été reçu très rapidement, il y avait quatre épreuves de dix minutes. On nous a dit "oui, oui, vous savez tout". Et j'ai eu mon BEPC sans effort intellectuel majeur. Mais cela a désorganisé la fin de mes études de troisième et j'ai dû redoubler ma troisième à cause de mai 1968".

Mercredi : Roger Leger, syndicaliste

Mercredi : Roger Leger, syndicaliste

En 1968, Roger Léger était délégué CGT du personnel à l'usine Nord Aviation de Bourges, qui deviendra la MBDA. Avec plus de 2.700 salariés, Nord Aviation était la plus grosse usine du Cher. "Depuis 1967, il y avait un certain nombre de luttes qui étaient menées, à l'échelle nationale mais aussi locale, pour les salaires, contre les ordonnances de la sécurité sociale notamment."  

Le 17 mai 1968, les salariés votent pour la grève illimitée avec occupation. "Dans un premier temps, on n'a pas négocié avec la direction. Nous n'avons repris le travail qu'à la mi-juin. Il y a eu des avancées significatives sur les hausses de salaires par exemple. Il y a eu la reconnaissance de la liberté syndicale dans l'entreprise, un local pour chaque syndicat. Cela a libéré un peu tout le monde". 

Jeudi : Philippe Tomaszek, CRS

Jeudi : Philippe Tomaszek, CRS

En 1968, Philippe Tomaszek vient d'intégrer la police à Paris. A 24 ans, le jeune homme est d'abord en faction devant l'Elysée, puis il est envoyé sur le boulevard Saint-Michel, face aux étudiants à peine plus jeune que lui. "Je me disais, "ce sont des connards!" Ils avaient tout ! De belles universités, de bonnes conditions d'études... Moi, à 14 ans, pendant les vacances, j'aidais mon oncle dans son entreprise de maçonnerie... Ce sont les saccages de la Sorbonne qui m'ont marqué... Et les voitures brûlées, les gens qui pleuraient le long du boulevard..."

Philippe Tomaszek a vu plusieurs de ses collègues blessés. Parmi les images qui ont marqué le jeune homme, son face-à-face avec un certain Daniel Cohn-Bendit : "C'était le 3 mai. On a chargé boulevard Saint-Michel puis on est allé vers la Sorbonne. Il y avait un tas de pavés de 3 mètres de haut. On avait pour mission d'emmener les étudiants au centre de renseignements de Vincennes pour des contrôles. Les cars étaient garés le long du trottoir. J'ai dit à Cohn-Bendit "Allez, tu montes !". Il m'a répondu "Ta gueule, casque à pointe". J'avais une aiguille, je lui ai piqué les fesses. Ah, il y est monté dans le car!"

Vendredi : André Laignel, engagé en politique

Vendredi : André Laignel, engagé en politique

Alors âgé de 25 ans, André Laignel venait de reprendre ses études de droit à Paris quand débute le mouvement. Syndiqué depuis ses 14 ans, membre de l'Unef, il participe aux manifestations. "J'avais le sentiment que c'était un mouvement profond. J'ai participé à l'essentiel des manifestations mais de manière pacifique. J'y allais avec mes lunettes sous-marines qui protégeaient mes yeux des gaz lacrymogènes".

André Laignel adhère à la Convention des institutions républicaines, mouvement fondé par François Mitterrand, qui deviendra en 1969 le Parti Socialiste. "Cela a renforcé mon sentiment qu'il faut toujours créer un rapport de force. Cela m'a appris qu'il fallait toujours un contrepoids populaire à tout. Les partis politiques étaient totalement débordés, la jeunesse ne s'y reconnaissait pas. Mais François Mitterrand était très lucide. Il a dit un jour "la jeunesse n'a pas toujours raison mais ceux qui la bastonnent ont toujours tort. c'était une très belle analyse de la réalité de la situation".