Société

Isère : un temple protestant évangéliste dans un campement de 300 Roms à Grenoble

Par Denis Souilla et Xavier Demagny, France Bleu Isère vendredi 17 avril 2015 à 14:42

Les cérémonies religieuses sont menées par deux pasteurs évangélistes.
Les cérémonies religieuses sont menées par deux pasteurs évangélistes. © Radio France - Xavier Demagny

C'est un vrai camp de fortune, un grand bidonville en Isère. Plus de 300 Roms, dont beaucoup d'enfants, vivent aujourd'hui au sud de Grenoble, avenue Esmonin, à quelques centaines de mètres du centre commercial Grand-Place. Malgré les difficultés rencontrées par ces habitants, la vie suit son court. Un temple protestant a vu le jour en janvier.

Certains l'appellent "bidonville" , d'autres "camp" , "campement" . Au sud de Grenoble, plus de 300 Roms, dont beaucoup d'enfants, vivent aujourd'hui avenue Esmonin, à quelques centaines de mètres du centre commercial Grand-Place. Des associations, autorités, services administratifs interviennent pour subvenir à des besoins sanitaires ou alimentaires. La vie continue, au milieu des familles, un temple protestant évangéliste -une construction de fortune- a été monté il y a quelques semaines.

Une église de bric et de broc

Elle se situe juste à l'entrée du camp, comme toute les baraques du terrain, l'église d'Esmonin a été fabriquée avec peu de choses : du bois, des planches récupérées, ou du tissus. Mais à la différence des autres constructions de fortune, un soin tout particulier a été apporté à cette salle : des draps colorés au mur, une table fait office d'autel, et puis, inscrit au fond, un verset de la Bible "Crois au Seigneur et tu seras sauvé" .

Deux pasteurs mènent les offices

Depuis que l'église est sortie de terre, en janvier, Florica vient prier régulièrement ici : "cette église est belle car il y a beaucoup de personnes qui se sont mises ensemble pour la construire ; il y avait besoin d'un lieu pour prier et quand j'ai vu qu'ils commençaient la construction, je me suis réjouie" .

A l'origine de ce lieu, il y a deux pasteurs, ils dirigent l'office. La messe a lieu le soir, autour de 18 heures mais la plus grande affluence c'est le week-end. Parfois cent personnes se massent dans cinquante petits metres carrés. Pendant les cérémonies, les fidèles peuvent prendre la parole, et s'exprimer, proposer des chants.

 

Dans cette communauté très croyante, où la plupart des habitants du campement sont chrétiens évangélistes, le pasteur Florian Covaciu voit dans cette église un moyen d'installer un cadre pour bien s'intégrer en France : "On essaie de faire passer le message de Dieu qui dit qu'il ne faut plus voler, plus se prostituer. C'est à travers l'église que des changements ont pu être possibles pour des gens du bidonville".

 

Changer la communauté grâce à l'église

Sarah a travaillé auprès des Roms pendant plusieurs années. Elle est membre d'une communauté évangéliste à Grenoble. Elle a constaté de vrais changements depuis l'apparition de l'église : "Chacun va essayer de tirer la couverture le plus vers soi (...), les gens s'unissent autour de cette petite église".

Viorel Verga, l'autre pasteur, craint l'évacuation du bidonville et la destruction du lieu de culte : "C'est sûr que dans les premiers temps, on ne savait pas trop quoi faire et on avait peur que le terrain soit évacué. Du coup, on ne voulait pas travailler pour qu'une église soit démolie parce que c'est la maison de Dieu et la démolir c'est comme détruire mon cœur" . Que deviendront ces familles ?

Trois ans après l'installation des premières familles, l'horizon est toujours incertain pour les trois cents personnes du bidonville. On ne sait toujours pas ce qu'il adviendra. Les familles sont suivies par les services sociaux et la ville de Grenoble mais il n'y a pas de solution pérenne d'hébergement, et statu quo du côté du bidonville qui grossit de mois en mois. On parle parfois d'évacuation de ce camp, mais ce n'est pourtant pas à l'ordre du jour.

Un temple protestant évangéliste s'installe au milieu d'un camp de 300 Roms au sud de Grenoble.