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Santé – Sciences

IVG dans le Gard : des femmes témoignent de leurs difficultés

- Mis à jour le -
Par , France Bleu Gard Lozère, France Bleu

À l'occasion de la Journée mondiale pour le droit à l'avortement le samedi 28 septembre, France Bleu Gard Lozère a enquêté sur la pratique de l'IVG dans le Gard.

Des brochures d'information sur l'IVG.
Des brochures d'information sur l'IVG. © Radio France - Leïla Méchaouri

Gard, France

En France, plus de 200.000 femmes ont recours à l'avortement chaque année. Dans le Gard, elles sont environ 3.500 à pousser la porte d'un centre de planification familial pour une consultation IVG. Un droit obtenu il y a près de 45 ans avec la loi Veil (17 janvier 1975). Mais dans les faits, avorter peut parfois relever du parcours du combattant. 

Inès : "Il m'a fait écouter le cœur du bébé"

Inès (le prénom a été changé) a voulu avorter à Nîmes il y a trois ans. Elle s'est alors tournée vers son gynécologue, un médecin contre la pratique de l'IVG. "Il m'a fait écouter le cœur du bébé, m'a dit qu'il était en bonne santé, tout à fait viable", souligne la jeune femme dénonçant un discours "infantilisant". Inès a ensuite été dirigée vers une clinique nîmoise où elle a été admise dans un service de médecine générale, en chambre double. "Je pense que j'étais dans un grand moment de honte. J'étais en position fœtale, recroquevillée sur mon lit, en attendant qu'on me laisse partir." 

"On m'a demandé si j'avais perdu l'embryon à côté d'une personne opérée du pied." 

Peu de structures existent pour orienter les femmes dans leurs démarches. Marie (le prénom a été changé), elle, ne voulait pas se tourner vers son médecin de famille il y six ans pour se faire prescrire une IVG médicamenteuse. Cette Uzétienne de 32 ans confie avoir appelé le centre de planification familiale du centre-ville de Nîmes pour un rendez-vous qui lui a été refusé. "Parce que j'étais majeure, avec une situation correcte", explique t-elle. 

En effet, ce centre a vocation à accueillir des publics dits "fragiles" : de jeunes filles mineures, précaires ou victimes de violences notamment. "C'est très bien que ça existe, bien sûr, mais moi aussi j'avais besoin d'un accompagnement", poursuit Marie, regrettant par ailleurs le manque de structures (comme des groupes de paroles) pour aider les femmes après leur IVG. "Pas expliquer notre geste, mais pouvoir se libérer moralement également de cet acte."

Marie : "Les gens restent choqués comme si on avait vraiment tué quelqu'un"

Onze centres de planification familiale dans le Gard

Il existe au total 11 centres de planification familiale dans le Gard, dont ceux des hôpitaux de Nîmes, Alès et Bagnols-sur-Cèze. Celui du centre-ville nîmois a enregistré plus de 450 consultations dans le cadre d'une IVG en 2018. 

La moitié des femmes concernées ont moins de 25 ans, un quart sont mineures. Ces jeunes filles à qui on garantit l'anonymat (aucun bilan médical n'est envoyé au domicile des parents) sont orientées vers l'hôpital pour avoir recours à l'IVG. À domicile, ces dernières "risquent d'être isolées, confrontées à des douleurs et des saignements qu'elles n'ont pas l'habitude de gérer", explique Laurence Lankamer, directrice adjointe au service de l'enfance, chargée des centres de planification au conseil départemental du Gard. 

Laurence Lankamer : "La possibilité de se faire aider s'il y a des douleurs ou des saignements qui les inquiètent"

Plus de 500 IVG par an au CHU de Nîmes

Au CHU de Nîmes où on pratique plus de 500 IVG chaque année, les demandes de rendez-vous explosent. Pourtant, seules quelques heures chaque semaine (les jeudis après-midi principalement) sont consacrées au centre de planification familiale. D'où des délais d'attentes longs. Trop parfois pour tenir les délais légaux pour avorter. 

"C'est un vrai combat parce que les moyens ne nous sont pas donnés." - Dr Sylvie Ripart-Neveu

Le Dr Sylvie Ripart-Neveu dénonce un manque de moyens pour accueillir les patientes dans de bonnes conditions. "Il faudrait un centre d'orthogénie dédié aux IVG comme à Montpellier", estime la responsable du centre de planification familiale de l'hôpital nîmois.

La prise en charge de l'IVG, le "parent-pauvre" à l'hôpital comme ailleurs, pour le Dr Ripart-Neveu

Une clause de conscience des médecins 

Certaines femmes font des kilomètres pour avorter. Régulièrement elles doivent, dans l'urgence, frapper à plusieurs portes avant de trouver un médecin ou une sage-femme qui, non seulement prescrit des IVG médicamenteuses, mais accorde un rendez-vous aux patientes dans les temps. Sans parler des médecins qui décident eux-mêmes du délai limite de grossesse jusqu'où ils acceptent ces consultations. Le Dr Bruno Kezachian, du Conseil national de l'Ordre des médecins, assure que ces problèmes n'ont pas été rapportés à l'Ordre dans le département du Gard. 

En France, il existe une clause de conscience des médecins spécifique à l'IVG. Elle a été inscrite dans la loi Veil de 1975. Cela veut dire qu'ils ont le droit de refuser la pratique de l'IVG. Le Dr Kezachian y voit la condition de l'équilibre de cette loi. Selon lui, l'exercice de cette clause par "une minorité" n'est pas la cause d'un système "peut-être en difficulté". "Notre système de santé est en tension, et c'est surtout le manque d'effectifs au sens large qui se ressent sur certaines activités", poursuit le médecin gardois, notamment en gynécologie-obstétrique.

Dr Bruno Kezachian : "Un problème pour l'IVG, mais aussi pour les accouchements et toutes les maladies de la femme"

Ce que dit la loi

  • Une femme peut mettre un terme à sa grossesse jusqu'à la fin de la 7e semaine pour une IVG médicamenteuse (jusqu'à la fin de la 5e à domicile, jusqu'à la fin de la 7e dans un établissement de santé), et jusqu'à la fin de la 12e semaine pour une IVG instrumentale
  • Une femme a le droit de choisir l'IVG instrumentale dès le début de la grossesse
  • Un médecin peut refuser de pratiquer l'IVG mais il a l'obligation d'orienter la femme vers des structures ou des médecins/sages-femmes qui peuvent répondre à cette demande
  • Les sages-femmes ont le droit de réaliser des IVG médicamenteuses depuis 2016
  • Les jeunes femmes mineures ont le droit d'avorter anonymement et sans le consentement des parents
  • Les IVG sont remboursées à 100%
  • Le délit d'entrave à l'IVG est puni de 2 ans d'emprisonnement et de 30.000 € d'amende
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