Société

"Je préfère que vous me tuiez ici que mourir là-bas"

Par Leila Benjelloun, France Bleu Gascogne mercredi 30 novembre 2016 à 11:40

Le directeur de l'OFPRA, Pascal Brice, a rendu visite aux demandeurs d'asile du CAO d'Aire-sur-l'Adour
Le directeur de l'OFPRA, Pascal Brice, a rendu visite aux demandeurs d'asile du CAO d'Aire-sur-l'Adour - Leïla Benjelloun

Les demandes d'asile des 78 migrants de Calais hébergés dans les Landes sont examinés en préfecture de Mont de Marsan depuis ce lundi 28 novembre. Quatre officiers de l'OFPRA, l'office français de protection des réfugiés et apatrides, ont été délocalisés pour mener les entretiens.

Depuis le démantèlement de la jungle de Calais, notre département des Landes est le premier, avec le Pas-de-Calais, à accueillir les officiers de l'OFPRA, l'office français de protection des réfugiés et apatrides, et donc à entamer la procédure administrative de régularisation ou non des migrants de Calais.

"La volonté de l'OFPRA comme de la préfecture des Landes, c'est d'aller vite"

"La volonté de l’Ofpra comme de la préfecture des Landes c’est d’aller vite. De manière à ce que rapidement ces personnes soient fixées sur leur sort" a expliqué Pascal Brice, le directeur général de l'OFPRA, pendant sa visite du centre d'accueil et d'orientation d'Aire-sur-l'Adour. "Ces hommes ont vocation à quitter ce centre et à entamer une vie normale parmi nous. Ils auront un statut de réfugié qui leur donne un droit au séjour et le droit au travail", a-t-il ajouté. Grâce à la délocalisation des entretiens, le traitement des dossiers sera accéléré. Les migrants devraient donc obtenir une réponse dans deux semaines. D'après les autorités, étant donné la situation dans leur pays, tous devraient obtenir des papiers.

"Le traitement des demandes d'asile sera rapide" explique Pascal Brice, le directeur général de l'OFPRA

Près de 80 entretiens en une semaine

Les examens des demandes d'asile des 78 migrants de Calais accueillis dans les Landes ont commencé ce lundi 28 novembre. Jusqu'à vendredi, quatre officiers de l'OFPRA, accompagnés de trois traducteurs, reçoivent un par un ces Éthiopiens en provenance de la Jungle de Calais. Ils sont arrivés le 25 octobre dans les Landes. Depuis, ils sont hébergés dans des centres d'accueil et d'orientation (CAO) à Aire-sur-l'Adour, Vieux-Boucau et Soustons.

Valérie Vivien dirige la mission OFPRA d'instruction des demandeurs éthiopiens. Comme ses collègues, l'officier de protection est chargée de vérifier que l'homme qu'elle a en face d'elle répond aux critères du droit d'asile au titre de la Convention de Genève. "C'est la première et peut-être unique fois où ils vont pouvoir raconter leur parcours, s'exprimer sur d'éventuelles violences subies. C'est un espace qui doit être le plus rassurant possible pour laisser libérer la parole du demandeur." explique Valérie Vivien.

"Là, ce que vous me montrez sur votre bras, c'est une blessure ?"

Ce mardi, elle reçoit K., un jeune Éthiopien qui a fui son pays après avoir été emprisonné pendant plusieurs semaines. L'étudiant est assisté d'un interprète. Il appartient à la communauté Oromo, une minorité opprimée en Ethiopie. Il a participé à une manifestation pour demander plus de justice pour les Oromo et dénoncer le meurtres de nombreux étudiants contestataires. En prison, il a été violenté, aspergé d'eau bouillante. "Là, ce que vous me montrez sur votre bras, c'est une blessure ?" l'interroge Valérie Vivien, d'une voix douce mais ferme.

L'officier de protection retranscrit l'intégralité de l'entretien sur son ordinateur : "Avez-vous été soigné ? Est-ce que vous avez bénéficié d'une procédure judiciaire ? Comment êtes-vous sorti de prison ?" Valérie Vivien doit s'assurer que la situation de K. relève bien du droit d'asile. Son histoire semble démontrer que le jeune homme est menacé pour son appartenance ethnique et ses opinions politiques. Quand elle lui demande : "Si vous retourniez en Ethiopie, il se passerait quoi ?" Il lui répond : "je préfère que vous me tuiez ici que mourir là-bas" .

Reportage au coeur d'un entretien entre un officier de l'OFPRA et un migrant

L'OFPRA dispose d'une division spécialisée sur les recherches dans le pays d'origine. "On peut avoir besoin d'informations sur certaines manifestations, sur l'historique de certains partis politiques, sur le parcours de certaines personnes. On ne peut pas travailler sans information sur le pays d'origine, c'est fondamental" explique Valérie Vivien. L'instruction des dossiers des migrants éthiopiens, tous Oromo, hébergés dans les Landes, devrait durer deux semaines.

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