Société

Réparer les vivants : Jean a le coeur d'un autre depuis 23 ans

Par Brigitte Hug, France Bleu Armorique et France Bleu mardi 1 novembre 2016 à 7:00

La carte de donneur est à demander auprès de france-adot.org
La carte de donneur est à demander auprès de france-adot.org © Maxppp - Julio Pelaez

"Réparer les vivants", le livre à succès de Maylis de Kerangal sort en salles aujourd'hui, avec pour toile de fond le don d'organes. "Réparer les vivants", c'est aussi l'histoire de Jean Troadec, un habitant de Montfort-sur-Meu, en Ille-et-Vilaine. Il a reçu, il y a 23 ans, le coeur d'un autre.

Vers 40 ans, le coeur de Jean Troadec s'est mis à mal fonctionner. Le plâtrier-carreleur a dû changer de travail, puis arrêter de travailler. Il était de plus en plus essoufflé. "Je ne pouvais plus rien faire, même pas marcher dix mètres!". Lors de l'été 1993, après plusieurs oedèmes pulmonaires, le diagnostic tombe. La vie de Jean ne tient plus qu'à un fil. Le professeur de médecine propose une greffe. "J'ai réfléchi une nuit et j'ai accepté. C'était çà ou partir!"

Jean Troadec, greffé coeur depuis 23 ans - Aucun(e)
Jean Troadec, greffé coeur depuis 23 ans

Commence l'attente. Pas trop longue pour le Brétilien : cinq semaines. Il est sur la liste prioritaire d'urgence. "Chaque jour, j'espérais que le téléphone sonne. Je n'en pouvais plus.". Et le 23 septembre 1993, c'est l'appel : une infirmière au bout du fil qui dit: "Nous vous attendons, Monsieur Troadec". La valise de Jean est prête. il n'a plus qu'à la prendre et appeler l'ambulance. Il part serein.

Aujourd'hui, je suis là parce qu'il n'est plus là !

L'opération va durer huit heures. L'hospitalisation au CHU à Rennes, cinq semaines et la rééducation à Roscoff, trois semaines. Jean rentre chez lui avec un coeur tout neuf, le coeur d'un autre. Evidemment, il pense au donneur : "Tous les jours au début. Maintenant j'y pense aux dates anniversaire de la greffe." Le greffé a envoyé une lettre à l'Agence de la biomédecine pour qu'elle transmette ses remerciements à la famille. Il a su que le donneur était un jeune homme. Rien de plus. "Je ne lui dirai jamais assez merci et à sa famille qui a accepté la transplantation. Aujourd'hui, je suis là parce qu'il n'est plus là.".

Jean: "Je revis grâce à ce jeune homme"

Jean a repris peu à peu une vie normale, un travail de commercial moins fatiguant. Il continue aujourd'hui encore à prendre ses médicaments antirejet mais, à 65 ans et à la retraite, il a plein d'activités. Il jardine, s'occupe de l'association pour le don d'Organes et de Tissus Humains d'Ille-et-Vilaine. Et bien sûr, il a sa carte de donneur.