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Société

Journée qualité de l'air : en Charente-Maritime, l'inquiétude des leucémies de Saint-Rogatien

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Par , France Bleu La Rochelle

Ce mercredi 16 octobre, c'est la journée "Qualité de l'air" sur France Bleu et France 3. A cette occasion, nous nous penchons sur le dossier de Saint-Rogatien, où, en quatre ans, quatre enfants ont déclaré des leucémies, à proximité d'usines.

Au premier plan, les deux usines qui inquiètent les habitants de Saint-Rogatien (à gauche), et Périgny (à droite).
Au premier plan, les deux usines qui inquiètent les habitants de Saint-Rogatien (à gauche), et Périgny (à droite). - Avenir Santé Environnement

Saint-Rogatien, France

C'est l'histoire d'un doute, qui ronge les habitants de Saint-Rogatien, commune d'à peine 2 000 habitants, au portes de l'Aunis. 2 187, pour être précis, et parmi eux, quatre enfants atteints, entre 2014 et 2018, d'une leucémie, un cancer des cellules sanguines de la moelle osseuse. A cela, il faut ajouter un cinquième jeune touché par la même pathologie, à Périgny, à quelques centaines de mètres de là. Tous habitaient à moins de 1 500 mètres, à vol d'oiseau, de deux usines importantes : la Société rochelaise d'enrobé (SRE) et l'unité de compostage de la communauté d'agglomération. 

En orange, la zone industrielle, en bleu, la zone où cinq enfants ont été atteints de leucémie. 

Il y a un an, une étude parle "d'excès de risque" de cancer, qui "ne peut pas être écarté"

Alors, les familles et les proches de ces enfants ont cherché des réponses. En se regroupant dans une association, nommée Avenir Santé Environnement qui veut comprendre pourquoi les petits Rogatiens étaient particulièrement sujets à ces leucémies. Une impression confirmée - en partie - en octobre 2018 par une étude menée par l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) et le CHU de Poitiers. Elle conclut, que, si on restreint l'étude aux moins de 24 ans de Saint-Rogatien, "un excès de risque [...] ne peut pas être écarté". En revanche, le peu de personnes analysées rend la marge d'erreur importante. 

L'usine SRE, qui n'a pas répondu à nos sollicitations, est régulièrement pointée du doigt. - Radio France
L'usine SRE, qui n'a pas répondu à nos sollicitations, est régulièrement pointée du doigt. © Radio France - Thomas Coignac

Alors, une fois que le problème est posé, reste à en trouver la cause. Les yeux des habitants de Saint-Rogatien se sont immédiatement tournés vers les usines entre leur ville et celle de Périgny, la SRE et l'unité de compostage. Il faut dire que ces usines sont bien connues, et plutôt défavorablement des habitants, à cause de l'odeur qu'elles dégagent. Devant l'école, plusieurs parents soulignent ce problème, expliquant qu'il rend leur maison "impossible à aérer, parfois sur plusieurs jours consécutifs". Mais ces odeurs sont-elles forcément synonymes de pollution ? 

Des bassins de rétention douteux, des arbres autour qui sont tous morts...

Du côté des usines, la SRE a refusé de répondre à nos sollicitations. Si une étude de 2010 concluait qu’elle rejetait des hydrocarbures en petit nombre, sans risque pour la santé, elle a tout de même été obligée, par de nouvelles normes, d'abandonner le fioul lourd, comme énergie utilisée, en 2015. Et elle est pointée du doigt, à cause de ses anciennes pratiques, par l'association Avenir Santé environnement. "Mon intime conviction, c'est que l'usine est responsable. Elle a pollué de nombreuses années, et les conséquences arrivent maintenant", accuse Laurence Sénart, la tante de Pauline, l'adolescente la plus touchée par la maladie. "Encore faut-il le prouver..., reprend sa collègue Fabienne Pierre. Quand on a visité la SRE, on a vu des bassins de rétention douteux, avec des eaux qui se déversent dans la terre, des arbres autour qui sont tous morts..." Et d’appeler les futurs candidats aux municipales, à Saint-Rogatien et Périgny, d'appliquer le principe de précaution, et de demander des contrôles plus récents. 

Les tas de futurs compost de l'unité de Périgny. - Radio France
Les tas de futurs compost de l'unité de Périgny. © Radio France - Thomas Coignac

A l'inverse de la SRE, l'unité de compostage, gérée par la communauté d'agglomération, nous a ouvert ses portes. A l'intérieur, les camions se succèdent pour apporter les déchets verts des différentes déchetteries de l'agglomération, ou ceux des professionnels. Ici, depuis 2000 on stocke, en plein air, 10 000 tonnes de déchets verts par an, pour les transformer en compost et les vendre-d'où l'odeur. Mais difficile de croire que l'on pollue, pour l'adjoint à la CDA chargé des déchets, David Caron. "On rejette uniquement dans l'air nos déchets verts. Ce que les gens ont dans leurs jardins. Quoi qu'il arrive, si on a une part de responsabilité, on l'assumera. Mais aujourd'hui, on est aux normes. Et même, les normes que nous nous fixons à la CdA sont souvent plus basses que celles qui nous sont imposées". L'unité envisage même de s'agrandir, même si le projet n'en est qu'à ses balbutiements.

Une qualité de l'air à Saint-Rogatien contestée 

Face aux plaintes des habitants, une étude sur la qualité de l'air a déjà été menée entre mars et juin 2018, par ATMO. Cette étude, qui s'est uniquement basée sur les rejets dans l'air de la SRE a conclu, que "[son] activité n’a pu être clairement identifiée comme source de pollution." Mais, ironiquement, ATMO lui-même reconnait que son étude est biaisée. Parce que, sur les dates évaluées, "la SRE n’a que peu été en activité." Une étude également contestée par l'Agence régionale de santé qui l'a jugée "non représentative". 

Conséquence, une nouvelle étude doit être menée par ATMO. Elle sera plus longue (six mois entre le printemps et l'automne 2020), plus détaillée (puisqu'elle prendra aussi en compte l'usine de compostage), et plus chère (financée par la Communauté d'agglomération, et plus uniquement par les mairies). Et elle sera décisive puisque les autorités attendent ses résultats pour prendre d'éventuelles mesures, et l'association pour une éventuelle action en justice. 

Usines + pesticides + circulation = effet cocktail ? 

"Il faut se garder de condamner l'industriel, mais chercher précisément les causes de ces pathologies", nuance Guy Denier le maire de Périgny, dont le territoire abrite les usines. "Nous allons fouiller, aussi pour voir la qualité de l'air liée au trafic automobile, aux pesticides..." Car c'est aussi ce que les scientifiques appellent un "effet cocktail" qui est dénoncé par l'association Avenir Santé environnement. Mais alors, parmi toutes ces causes imaginées, lesquelles causent ces cancers ? 

Le maire de Périgny, Guy Denier, a vu le dossier de la pollution s'épaissir. - Radio France
Le maire de Périgny, Guy Denier, a vu le dossier de la pollution s'épaissir. © Radio France - Thomas Coignac

Le professeur François Guilhot, spécialiste des pathologies du sang, a supervisé une étude à ce sujet. Et pourtant, il n'a pas vraiment de réponse."Cela peut être dû au hasard. Et puis, les causes de leucémie sont très variables. On peut avoir une leucémie à cause d'un déficit de son système immunitaire. Ou parce que dans sa vie de tous les jours, on est exposés à des produits toxiques, comme le tabagisme, ou certains produits ménagers. Cela peut être aussi aggravé pour des raisons génétiques". 

Il n'y a pas d'élément qui permettent de dire que les quatre leucémies sont liées à un événement extérieur. 

Il souligne aussi que les quatre leucémies qu'il a étudié sont différentes. "Il n'y a pas d'élément qui permettent de dire que toutes les quatre sont liées à un événement extérieur. Les anomalies biologiques au niveau des cellules ne sont pas les mêmes"

15 ponctions lombaires, 57 transfusions de sang, 89 transfusions de plaquettes...

Pendant ce temps là, le combat de Pauline, l'enfant la plus touchée par la maladie, continue. Atteinte d'une leucémie en 2018, pour laquelle elle a subi une greffe de moelle osseuse, elle a ensuite été touchée par un lymphome. "Elle est restée 16 mois hospitalisée. Elle a subi 15 ponctions lombaires, 57 transfusions de sang, 89 transfusions de plaquettes, elle a perdu tous ses cheveux, beaucoup de poids, elle ne va plus à l'école... détaille sa tante. Mais c'est une battante, donc on espère qu'elle va guérir rapidement." L'association espère désormais financer des tests sur les cheveux des enfants malades, pour identifier des métaux. Et a lancé un appel aux dons pour aider à le financer.

En tout cas, le sujet est dans toutes les têtes dans la commune de Saint-Rogatien. A côté de l'usine, devant l'école, ou à la mairie.

Devant l'école, les parents d'élèves sont dans le doute.

"C'est dramatique pour les enfants et les familles qui souffrent. Mais moi je fais partie des gens qui subissent, se défend le maire de Saint-Rogatien, Jacques Leget. On est bien conscient qu'il faut faire quelque chose, mais ce n'est pas le maire de Saint-Rogatien qui va interdire les pesticides à 150 mètres des maisons. Il faut que cela vienne d'une instance plus compétente que nous". Maire depuis 2008, il ne se présentera pas aux élections municipales de mars, usé notamment par cette affaire de cancers. "Cela a fait partie des choses qui ont pesé dans ma décision, reconnait-il. Les gens imaginent que le maire d'une commune peut tout décider. Mais ce n'est pas comme ça que ça se passe".

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