Société

Au marché des Lices à Rennes, les glaneurs ont trouvé le bon filon

Par Romain Romain Pouzin Roux, France Bleu Armorique mardi 21 mars 2017 à 6:00

Un glaneur au marché des Lices à Rennes. En 1999, la réalisatrice Agnès Varda a raconté le phénomène dans le documentaire "Les glaneurs et la glaneuse".
Un glaneur au marché des Lices à Rennes. En 1999, la réalisatrice Agnès Varda a raconté le phénomène dans le documentaire "Les glaneurs et la glaneuse". © Radio France - Romain Roux

On les appelle les glaneurs et les glaneuses : a la fin des marchés, ils parcourent les allées à la recherche de produits alimentaires invendus mais parfaitement comestibles. Une manière de lutter contre le gaspillage alimentaire et de faire de grosses économies.

En matière de gaspillage alimentaire, les chiffres ont de quoi donner le tournis ! Selon une étude de l'Ademe, publiée l'année dernière, on jette en France tous les ans l'équivalent de 16 milliards d'euros de nourriture . De quoi nourrir 10 millions de personnes pendant un an. Et lorsqu'on sait qu'un Français sur six ne peut pas manger correctement, ces chiffres ont de quoi faire réfléchir. Le gaspillage alimentaire se passe à tous les niveaux : dans les foyers, dans la grande distribution, mais aussi sur les marchés ! Les maraîchers laissent souvent derrière eux des produits abîmés parfaitement comestibles. Du coup, un phénomène s'est développé ces dernières années : celui des glaneurs et des glaneuses qui parcourent les allées à la fin des marchés pour récolter ces aliments.

Sur la place des Lices, à Rennes, vers 13h30 le samedi, ils sont nombreux. On les reconnaît à leur dos penché sur les cagettes laissées là par les commerçants. "Il faut tout retourner et aller jusqu'au fond car il peut rester une banane ou une orange, on ne sait jamais", explique Philippe, en train de retourner délicatement un tas de cageots. Après deux ans d'entraînement, avec son amie Fiona sur tous les marchés de la région rennaise, il a eu le temps de bien étudier la tactique. Cette fois, il tombe sur un oignon, dont une moitié sera parfaitement comestible, qui ira rejoindre les autres aliments dans un sac déjà bien rempli.

En alimentaire, aujourd'hui, je ne dépense plus que 20€ par mois.

"Il suffit de les cuisiner dans les deux jours et ça se passe sans problème," s'enthousiasme-t-il. A la clé, de sacrées économies pour ces deux étudiants. "Je n'achète plus de fruits et légumes depuis un an et demi, et pourtant je mange très varié," raconte Fiona. "Je les ramasse sur les marchés et les autres produits, comme les yaourts, les pâtes et le riz, je les achète en supermarché".

Les associations s'y mettent aussi

Les particuliers ne sont pas les seuls à avoir flairer le bon filon. Emilie, par exemple, fait partie de Food not bombs. Avec d'autres bénévoles, elle vient elle aussi tous les samedi au marché des Lices. "On essaie de récupérer de quoi nourrir 30 à 40 personnes," détaille-t-elle en ramassant des verts de poireaux et des potirons qui finiront en soupe. "On cuisine tout ça et on distribue dans la rue aux SDF le dimanche soir".

Les commerçants jouent le jeu la plupart du temps. "Il y a plusieurs cas de figure", raconte la bénévole. "En général, les maraîchers réunissent tout dans un tas à l'écart de leur étal et on a plus qu'à se servir. C'est assez rare de nous faire remballer, la plupart du temps, on est accueilli par une gentille indifférence. On doit juste faire attention à ne pas les déranger lorsqu'ils ramassent leur stand". Eric par exemple, vendeur de fruits et légumes, voit le phénomène d'un bon oeil. "Cela fait partie du marché et ça se passe dans la bonne humeur. On leur donne car on peut le faire". De quoi lutter un peu contre le gâchis alimentaire. Mais ce n'est pas sur les marchés que l'on jette le plus : 33% du gaspillage a lieu dans les foyers.