Société

L'abattoir de Brioude surchargé pour l'Aïd-el-Kébir

Par Valentine Letesse, France Bleu Pays d'Auvergne mercredi 23 septembre 2015 à 20:37

Lot de moutons à l'abattoir de Brioude.
Lot de moutons à l'abattoir de Brioude. © Radio France - Valentine Letesse

Ce jeudi 24 septembre, c'est l'Aïd-el-Kébir, ou l'Aïd-al-Adha. Jour où dans la religion musulmane, des animaux sont sacrifiés dans des abattoirs agréés. Seulement en France il n'y en a pas beaucoup. Alors à celui de Brioude par exemple, l'organisation est compliquée.

L'Aïd-el-Kébir c'est ce jeudi. Cette fête commémore un épisode du Coran, où Ibrahim accepte d'égorger son fils unique Ismaël sur l'ordre de son Dieu. Suite à son acceptation totale, l'archange Gabriel substitue au dernier moment l'enfant par un mouton.  Les musulmans du monde entier sacrifie donc chaque année à la nouvelle lune un animal en souvenir de ce jour. En général, un mouton, un veau ou une chèvre. 

Abattoir de Brioude.  - Radio France
Abattoir de Brioude. © Radio France - Valentine Letesse

À Clermont-Ferrand il n'y a pas d'abattoir, c'est inadmissible."

En France, égorger un animal doit se faire uniquement dans un abattoir agréé.  Tout abattage en dehors des circuits officiels est formellement interdit. Mais ce genre d'établissement il y en a peu en France. La liste provisoire des établissements agréés du ministère de l'agriculture n'en annonce que 36. Il y en aurait un peu plus d'une centaine dans notre pays. Alors à celui de Brioude en Haute Loire, c'est la surcharge. Un musulman venu à l'abattoir pour acheter une vache à un agriculteur par exemple, a fait 70 kilomètres depuis Clermont-Ferrand. Finalement il repartira sans. "On s'est mis d'accord avec un paysan et il nous l'a faite à l'envers. Il nous a amené une bête plus ou moins malade. Du coup on a fait tout ces kilomètres pour rien."  Une bête qui en plus coûte cher. "Ils abusent, [ndlr : les agriculteurs], les prix sont gonflés parce qu'ils savent très bien qu'il y a une demande."

Le témoignage d'un fidèle en colère contre les abattoirs français.

J'averti avant les familles, qu'il faut prendre rendez vous. - René Riol, directeur de l'abattoir de Brioude.

La veille, environ 450 agneaux et 50 bovins ont été réceptionnés dans cet abattoir. Ils devront tous être tués le lendemain, après la première prière de l'Aïd-el-Khébir. De 15 salariés, ils passeront à 25. "C'est très difficile à gérer." explique René Riol le directeur de l'établissement. "On a l'équipement mais il faut avoir le personnel. Surtout qu'on attaque vers 9 heures du matin, et qu'on finit à 17, 18, ou parfois 19 heures." Mais selon le gérant, Pascal Faurisson ce n'est pas parce qu'il y a beaucoup de travail qu'il y a beaucoup de bénéfices.  "Ça fait beaucoup d'heures pour le personnel et donc beaucoup d'heures à payer. Donc ça fait pas quelque chose d'exceptionnel."

Le reportage à l'abattoir de Brioude de Valentine Letesse.

Face à ce manque d'abattoirs agréés, d'autres musulmans choisissent une autre solution : le sacrifice par procuration. Ils font un don à une ONG comme le SIF, le Secours Islamique France, qui s'engage à sacrifier un animal pour eux. 

Réception de bovins à l'abattoir de Brioude. - Radio France
Réception de bovins à l'abattoir de Brioude. © Radio France - Valentine Letesse