Société

L'Arlésien rescapé du Bataclan : "J'ai revu la femme enceinte que j'avais sauvée"

Par Paul Ferrier, France Bleu Gard Lozère, France Bleu Provence et France Bleu jeudi 7 janvier 2016 à 7:22

Une fresque peinte à Arles après les attentats de Charlie Hebdo
Une fresque peinte à Arles après les attentats de Charlie Hebdo © Radio France - Paul Ferrier

Un témoignage exceptionnel sur France Bleu Provence ce jeudi. Sébastien, cet Arlésien rescapé du Bataclan le 13 novembre dernier, raconte comment il se reconstruit après avoir connu l'horreur. Il avait sauvé une jeune femme enceinte accrochée à une fenêtre du Bataclan. Ils se sont retrouvés.

Témoignage exclusif de Sébastien avec Paul Ferrier pour France Bleu Provence

Son histoire, et la vidéo qui la montre, ont fait le tour du monde. Sébastien, un journaliste arlésien de 34 ans, était au Bataclan le 13 novembre dernier. Il fait partie de ces héros d'un soir qui ont ramené un peu d'humanité au milieu du chaos.

Alors que dans un premier temps, il parvient à échapper aux terroristes, il se retrouve accroché, les pieds dans le vide, à une fenêtre de la salle de concert du 11e arrondissement parisien. En dessous de lui, une femme enceinte a fait la même chose. Elle glisse. Sébastien va lui tendre la main, la remonter dans la salle de concert. C'est comme ça qu'il va être pris en otage par les kamikazes.

"Je suis en reconstruction"

Les télévisons du monde entier ont tenté de contacter Sébastien pour qu'il raconte sa soirée, son geste héroïque et ses discussions avec les terroristes. Mais l'Arlésien a tout refusé en bloc. Il veut rester discret. Retrouver une vie normale. Pas facile quand, nuit et jour, les images du bain de sang défilent dans la tête. Alors Sébastien tente de se reconstruire.

"Le travail se fait auprès de mes proches, avec ma psychologue, sur Facebook aussi, sur le groupe privé des rescapés. Je n'ai pas encore pris le recul nécessaire sur ce qui s'est passé au Bataclan."

Près de 300 rescapés du Bataclan discutent sur un forum Facebook privé

Cela fait partie des soupapes de décompression qu'utilise Sébastien pour évacuer son traumatisme. Il discute sur Facebook avec près de 300 rescapés du Bataclan. "On se raconte les convalescences de chacun. Et c'est là où je me trouve chanceux parce qu'il y a beaucoup de gens qui, encore aujourd'hui, reviennent à peine à la vie, qui s'étaient pris des balles, qui étaient à l'hôpital."

"Ça permet de relativiser quand même. Donc on parle de la convalescence à la fois physique et psychologique dans ce groupe."

Quelques jours seulement après l'attaque du Bataclan et le geste de Sébastien pour la jeune femme enceinte, elle a tenu à le remercier, à le retrouver. C'est là encore grâce aux réseaux sociaux que les deux rescapés sont entrés en contact.

Après avoir échangé au téléphone durant le mois de novembre, Sébastien décide de monter à Paris au début du mois de décembre.

"J'en ai profité pour voir mon ami avec qui je suis allé au concert, mais aussi l'homme qui était à côté de moi, pendu dans le vide accroché à la fenêtre. Il est venu me chercher à la gare à Paris. On a fraternisé très vite et je suis aussi allé voir cette fille que j'ai sauvée. J'ai trouvé dans ces deux personnes des amis à vie. (...) "

"Cette fille, je la vois aujourd'hui enceinte, joyeuse, avec une joie de vivre qui fait plaisir à voir."

Du syndrome du survivant au contre-coup

Quatre jours après les attentats de Paris, Sébastien s'était déjà confié en exclusivité à notre micro. Il disait aller bien. Il disait rester optimiste, sans doute encore shooté à l'adrénaline.

Aujourd'hui, près de deux mois après les événements, c'est plus compliqué. "En fait, en novembre, j’étais encore dans le syndrome du survivant comme ils disent. C'est-à-dire un sentiment de toute puissance, que rien ne pouvait m'atteindre."

"Aujourd'hui, je vois petit à petit les besoins que l'on a en tant que rescapé. Comprendre."

Il passe ses nuits sur internet

Sébastien le dit : "Je n'arrête pas". Il se gave d'informations. Il lit tout ce qui se rapporte aux attentats : "Que ce soit sur les faits que je trouve pas toujours exacts, mais en même temps, j'ai besoin d'entendre le témoignage des autres pour reconstituer aussi ce que j'ai vu. Parce que la mémoire est sélective."

"Je n'avais pas réalisé par exemple que c'était un des terroristes qui s'était fait exploser. Moi, j'ai vu l'explosion de mes propres yeux, mais j'ai cru que c'était des paillettes. Et j'ai appris par la suite que c'était des morceaux de chair que je voyais. Mais mon cerveau ne l'a pas interprété comme ça."

Sébastien se tient également très informé de l'après-attentat, des décisions politiques sur lesquelles il est très critique.

Un avant et un après Bataclan

Si Sébastien devait souhaiter quelque chose pour cette année 2016 qui s'ouvre, c'est se remettre à écrire, à raconter le monde. Il a des projets d'écriture autour de ce qu'il a vécu au Bataclan.

"J'ai envie d'écrire et d'éclaircir un peu tout ce qui s'est passé. Que je sorte enfin de ce sommeil post-traumatique dans lequel je suis encore aujourd'hui. Que je puisse écrire l'histoire du Bataclan tel que je l'ai vue moi."

Archives 2015 : rassemblements Charlie Hebdo en PACA (photos)

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