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Société

L'artiste congolais René Bokoul, réfugié dans le Limousin depuis des années, est menacé d'expulsion

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Par , France Bleu Limousin

René Bokoul, installé en France depuis 2012, avait demandé le droit d'asile, sur les conseils de la préfecture, pour voyager plus facilement à l'étranger. Il a été débouté de sa demande, et la préfecture le somme maintenant de quitter le territoire français.

René Bokoul, dans son atelier de Saint-Junien.
René Bokoul, dans son atelier de Saint-Junien. © Radio France - Adèle Bossard

Saint-Junien, France

René Bokoul, originaire du Congo, est arrivé en France en 2012. Il s'est installé à Limoges puis à Saint-Junien et il expose régulièrement ses toiles dans la région et intervient dans les écoles. Jusqu'ici, entre 2013 et 2016, il disposait d'une carte de séjour dite "compétence et talent", un titre de séjour plutôt rare dédié aux personnes "ayant des compétences et des talents et dont le projet contribue au développement économique de la France et de leur pays d'origine", comme le décrit le ministère de l'Intérieur sur son site internet.

Récemment, et sur conseils de la préfecture de Haute-Vienne, René Bokoul a décidé de demander l'asile en France, mais sa demande a été refusée et il a été débouté. Sauf qu'au lieu de retrouver sa précédente carte de séjour, il est visé par une OQTF, une obligation de quitter le territoire français avec une interdiction de retour sur le territoire française pendant un an, que lui a adressée la préfecture. Et ce alors qu'il y a un an, il recevait une carte de vœux signée à la main par le préfet.

Il y a un an, René Bokoul recevait des vœux manuscrits du préfet de Haute-Vienne. - Radio France
Il y a un an, René Bokoul recevait des vœux manuscrits du préfet de Haute-Vienne. © Radio France - Adèle Bossard

"Ils m'ont dit : 'Faites d'abord votre demande d'asile' et après j'ai reçu une lettre me demandant de quitter le territoire. Je n'ai pas compris", résume René Bokoul. Comme son pays d'origine, le Congo, refusait de renouveler son passeport, il avait besoin d'un titre lui permettant de voyager plus facilement et d'honorer ses invitations à l'étranger.

C'est alors la préfecture qui lui avait conseillé de déposer cette demande d'asile, mais il se retrouve aujourd'hui sans papier. "Je vais dans les écoles, on m'appelle pour faire des cours à domicile, je fais des expositions qui marchent bien et là je devais aller à Angoulême mais j'ai annulé. _Sans papier, je ne peux rien faire_", regrette-t-il. La préfecture motive sa décision en expliquant qu'il a été débouté de l'asile, qu'il est célibataire sans enfant et qu'il a des attaches dans son pays d'origine, donc qu'il n'y a aucune raison de le maintenir sur le territoire français.

Dans l'atelier de René Bokoul à Saint-Junien (Haute-Vienne). - Radio France
Dans l'atelier de René Bokoul à Saint-Junien (Haute-Vienne). © Radio France - Adèle Bossard

Mais il est pour René Bokoul inconcevable de rentrer au Congo, comme le suggère la décision de la préfecture : "Le président [du Congo] est là depuis plus de 40 ans, il y a une dictature. Les politiciens et les opposants politiques sont en prison, les artistes n'ont pas la liberté de s'exprimer. _C'est impossible pour moi de repartir_". D'autant qu'il est attaché à Saint-Junien : "Je veux rester ici parce que je me sens à l'aise, la ville m'inspire beaucoup, les lieux me donnent l’inspiration et j'ai créé pas mal de tableaux ici."

"On traite des numéros de dossiers sans savoir qui on juge"        
- Blandine Marty, avocate de René Bokoul

Pour son avocate, maître Blandine Marty, cette affaire est le symbole de "la déshumanisation de l'administration, puisqu'on traite des dossiers et pas des individus ou des personnes humaines. C'est toute la problématique : on traite des numéros de dossiers, sans savoir qui on juge, qui on éloigne, qui on accepte sur le territoire. Et c'est dommage parce qu'on en arrive à des situations dramatiques et une sorte de cynisme pour la situation de Monsieur Bokoul qui est poussé à l'extrême."

Une audience prévue le 31 janvier au tribunal administratif

Pour le cas de René Bokoul, "on a une _méconnaissance totale de la situation personnelle d'un homme_, qui est présent en France depuis plusieurs années, qui est connu de toutes les institutions politiques. Donc on a un service qui l'a traité comme un débouté de l'asile lambda, qui venait d'arriver sur le territoire, sans se soucier de son histoire, de son passé ou de son statut en France", poursuit-elle.

Elle a décidé de saisir le tribunal administratif, l'audience est prévue le 31 janvier. Contactée, la préfecture de Haute-Vienne refuse de commenter une procédure en cours.