Société

L'enquête d'un flic pour identifier un fusillé résistant

Par Daniel Corsand, France Bleu Béarn, France Bleu Gascogne et France Bleu vendredi 11 novembre 2016 à 8:55

Eric Amouraben mène l'enquête d'identification
Eric Amouraben mène l'enquête d'identification © Radio France - Daniel Corsand

Depuis plus de 8 ans, Eric, policier, enquête pour identifier cet inconnu, fusillé par la Gestapo, à côté de son grand-père à Idron en juin 1944. Ce pourrait être Georges Coran. Le policier a retrouvé la tombe mais l'analyse ADN est négative.

Le 15 juin 1944, entre 18 heures et 20 heures, quatre jeunes sont fusillés par la Gestapo à Idron. Et parmi ces quatre hommes, un n'a pas été identifié. Eric Amouraben est policier à Pau. Il est le petit fils d'un des fusillés identifiés. Et depuis 8 ans maintenant il enquête pour identifier ce fusillé inconnu, mort avec son grand-père. Avec ses méthodes et son flair de policier, il a remonté la piste de Georges Coran, un résistant d'Aire sur l'Adour. Il a retrouvé sa tombe. Il a obtenu de la justice son exhumation, et demandé et financé une analyse ADN pour une comparaison génétique avec la descendance de Coran. Le résultat est revenu du labo. Il est négatif.

L'exhumation du corps de Georges Coran  en avril 2015 - Aucun(e)
L'exhumation du corps de Georges Coran en avril 2015 - Eric Amouraben

Croire à l'infidélité des femmes de la famille Coran

Il n'y a pas de lien génétique avec un petit neveu encore vivant. Mais Eric Amouraben veut croire qu'il y a une explication. C'est une descendance par la lignée masculine et il suffit donc qu'une mère ait fauté, pour que ces résultats soient faussés. Eric Amouraben ne renonce pas pour autant. Il cherche une descendance plus fiable. Il cherche la lignée féminine d'une sœur qui n'a été mariée que 4 ans. Ou alors trouver dans l'ascendance de Georges Coran un autre tombe à ouvrir. Il vient de découvrir une tante, sœur de sa mère, mariée à un garde barrière. Mais Eric n'a pas encore trouvé sa tombe, malgré des recherches à Mont-de-Marsan, Le Houga et Barcelone du Gers. On l'a compris, le flic n'a pas décidé de laisser tomber l'enquête et la piste Georges Coran.

Ce n'est pas un ADN assez fiable. Il suffit qu'il y ait une infidélité d'une des femmes sur trois générations pour que nos analyses soit faussées. L'infidélité c'est éternel. Il y a une étude anglaise qui dit qu'a cette époque il y a une marge d'erreur de 4 à 30%. J'ai tout repris au début. C'est une enquête de flic, j'ai des réflexes. — Eric Amouraben

Eric Amouraben mise sur l'infidélité des descendantes de Georges Coran

"Que suy foutut"

Eric Amouraben reste persuadé qu'il s'agit bien de Georges Coran : garçon de ferme à Aire sur l'Adour. Eric a retracé le fil des dernières heures de son existence. Ces dernières heures qu'il a sans doute passées en compagnie de son grand-père. Georges Coran a été arrêté avec sur lui des documents compromettant le 14 juin 1944. Il a d'abord été entendu à la kommandantur d'Aire sur Adour. Il a dit à un proche à sa sortie de la kommandantur en patois "Que suy foutut" (je suis foutu). Il a été transféré le 15 juin à Pau. Après avoir été une nouvelle fois interrogé par la Gestapo, il a sans doute été fusillé avec les trois autres résistants béarnais. Eric Amouraben en est sûr parce qu'il a retrouvé un PV médico- légal de cet inconnu. Il portait une veste réalisée par un tailleur d'Aire sur l'Adour. La description du médecin ressemble à la morphologie de Georges. Il a aussi retrouvé des témoignages de l'arrestation et du transfèrement de Coran d'Aire vers Pau. Après, il n'y a plus aucune trace de Georges Coran.

Le seul portrait photographique de Georges Coran - Radio France
Le seul portrait photographique de Georges Coran © Radio France - Archive

Paysan, résistant et coursayre

Georges Coran était un paysan, un ouvrier agricole. Il était le frère de Joseph Coran, la star des écarteurs landais de l'époque. Georges n'était pas aussi doué que son frère. Il était cordier sur la piste des arènes des Landes et de Gironde. Sur un document retrouvé par Eric Amouraben au mémorial de Caen, Georges Coran est même désigné comme torero. Au début de la guerre Il devient membre du groupe combat de la cellule résistante d'Aire sur l'Adour.

La ganadéria des frères Coran - Aucun(e)
La ganadéria des frères Coran - Archive