Société

L'étang du Couvent ira dans le privé

Par Gaëlle Fontenit, France Bleu Berry mercredi 4 octobre 2017 à 18:59

La réserve de Chérine compte 14 observatoires
La réserve de Chérine compte 14 observatoires © Radio France - Gaëlle Fontenit

Le département de l'Indre a décidé de ne pas préempter l'étang du Couvent, en plein cœur de Brenne, laissant la voie libre à un entrepreneur. La réserve de Chérine ne comprend pas ce choix.

Trois ans que le dossier est sur la table. Trois ans que l'étang du Couvent, à Saint-Michel-en-Brenne est en vente. La réserve de Chérine espérait se positionner mais n'avait pas les financements. Elle comptait donc sur le conseil départemental de l'Indre pour préempter le site et lui en confier la gestion.

Mais il y avait une autre option sur la table. Un particulier, berrichon d'origine mais exilé à Londres pour raison professionnelle, souhaitait lui aussi acquérir le site. "J'ai déjà deux étangs en Brenne, et je veux investir pour développer une activité de pêche, autour de la carpe notamment, explique Eric Lhomond. Je cherche une façon de mettre en valeur le territoire. C'est un projet dans la ligne de l'histoire de la Brenne. Et cela pourrait créer un emploi...**"**

Des engagements fermes de l'acheteur potentiel

Un argument qui a convaincu le Département. "On oppose en général l'environnement et l'économie... mais pourquoi ne pas faire un projet qui concilie les deux, insiste Serge Descout, président du Conseil départemental. Nous souhaitons que cela ne gène en rien Chérine, mais au contraire, que ça apporte des compléments à la réserve".

Et Serge Descout est formel, s'il a convaincu sa majorité de ne pas préempter, c'est parce qu'il a eu des engagements fermes de l'acquéreur potentiel : "On souhaitait créer un à deux observatoires supplémentaires, et cela revenait à imposer à Monsieur Lhomond une servitude. Il a accepté. Nous aurons donc deux observatoires. Nous souhaitions aussi que les Randos de la Brenne puissent passer sur le chemin qui sert de digue à l'étang. J'ai obtenu qu'on puisse ré-ouvrir 8 jours par an. J'ai aussi obtenu qu'il défriche 1500 m2 de terrain et il y a eu des accords de convention de passé avec l'Agence de développement touristique et le Syndicat des Pisciculteurs pour faire un accueil du tourisme et des scolaires".

La réserve en colère

Des arguments qui ne convainquent absolument pas la Réserve.

"Je suis écoeuré ! s'exclame Jean-Louis Camus, maire de Mezières-en-Brenne et président de la Réserve. C'était une occasion en or ! La Brenne est un territoire qui se ferme ! Les grandes propriétés sont en train de se former, trois ou quatre grandes chasses par an, et on met du grillage autour ! C'est un drame ! C'est la Solognisation de la Brenne. Et ce n'est pas une histoire d'argent, le département mettrait 120.000 euros sur des fonds dédiés à cela...pour un bien qui est chiffré à un peu plus d'un million ... C'est quoi 10% du prix pour le Département !"

Jacques Trotignon, directeur de la réserve de Chérine - Radio France
Jacques Trotignon, directeur de la réserve de Chérine © Radio France - Gaëlle Fontenit

La réserve ne croit pas en l'aspect économique du projet et estime qu'Eric Lhomond s'est porté acquéreur pour s'en faire une propriété de chasse. "C'est un placement foncier ! Il y a un étang de 50 hectares mais à côté une friche réputée pour ses sangliers et ses cerfs ! Nous voulions en faire un lieu ouvert au public, de mettre en place une pisciculture douce adaptée au changement climatique et défricher 20 hectares pour permettre l'installation d'un jeune agriculteur" énumère Jacques Trotignon, directeur de la Réserve de Chérine.

Le département renonçant à préempter, le site devrait donc être acquis par Eric Lhomond qui promet d'investir au moins 100.000 euros pour y installer au plus vite son activité.