Société

"L'humour à mort", l'esprit Charlie sur grand écran

Par Clémence Gourdon, France Bleu jeudi 7 janvier 2016 à 5:00

L'affiche du film
L'affiche du film © Maxppp

Moins d'un an après les attentats contre l'hebdomadaire Charlie Hebdo et l'hyper cacher, le documentaire "L'humour à mort", de Daniel et Emmanuel Leconte, rend hommage à toutes les victimes à travers des archives et des interviews, tournées dans les semaines qui ont suivi les attentats.

La sortie en salles du documentaire a été très peu relayée, le 16 décembre 2015, dissimulée par l'immense résonance médiatique du dernier Star Wars. Mais certains cinémas le diffusent encore et Netflix le mettra en ligne dans les mois à venir.

A l'heure où nous nous demandons où est passé l'esprit Charlie, Daniel Leconte et Emmanuel Leconte, les réalisateurs de L'humour à mort en laissent une trace indélébile. Déjà en 2008, Daniel Leconte réalisait C'est dur d'être aimé par des cons. Ce premier documentaire retraçait le procès de l'affaire des caricatures de Mahomet, publiées en 2006 par le journal satirique 

Tourné à chaud 

Tourné dans les jours et mois qui ont suivi l'attaque contre l'hebdomadaire, le documentaire mêle des images et interviews récentes à celles de 2008, où étaient interviewés Cabu, Charb, ou encore Tignous. A l'époque l'ex-directeur de Charlie Hebdo, Charb, explique comprendre que l'on n'accepte pas certains dessins, mais qu'on n'est pas "obligé de déclarer la guerre et d'éliminer physiquement son détracteur". Des propos qui prennent une toute autre résonance aujourd'hui. Autres images frappantes, celles de la dessinatrice Coco, en larmes face à la caméra lorsqu'elle fait le récit de la terrible matinée du 7 janvier 2015. 

Je me suis dit, on va faire un film et c'est eux qui remettront les points sur les i, c'est eux qui reprendront la parole - Emmanuel Leconte

Les réalisateurs sont avant tout des amis de l'équipe de dessinateurs, ce qui leur a permis de tourner des images à un moment où les survivants n'auraient pas été en mesure d'accepter d'autres caméras. On trouve ainsi les survivants de Charlie Hebdo, dans les locaux de Libération, en pleine préparation du fameux "numéro des survivants", qui titre "Tout est pardonné". C'est aussi cette proximité entre les réalisateurs et les dessinateurs qui fait de ce film un réel hommage. 

On a compris que c'était une manière de redonner vie à nos amis assassinés, de leur redonner la parole. Un peu comme si les victimes répondaient elles-même aux tueurs en leur disant : "vous avez hurlé que vous aviez tué Charlie, la preuve que non. On est toujours vivants" - Daniel Leconte

Faire le film rapidement, c'était également un moyen de recueillir "une parole rare", qui n'aurait pas été donnée aujourd'hui, qui fait désormais partie de notre histoire.

Il faut réaliser ce dont les terroristes nous privent. Il faut une vie pour faire des artistes comme Cabu, Wolinski, Honoré, Charb et Tignous. C'est notre patrimoine culturel et artistique qui a été touché au cœur. C'est avec ce sentiment de la perte d'une partie d'eux-mêmes que l'on aimerait que les spectateurs sortent des salles après avoir vu L'humour à mort - Daniel Leconte

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