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Châteauroux : des étudiants infirmiers dénoncent des "remplacements abusifs" à l'hôpital

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Par , France Bleu Berry, France Bleu

De nombreux étudiants en soins infirmiers de Châteauroux et Le Blanc se sont portés volontaires pour aider les soignants pendant l'épidémie de Covid-19. Mais certains ont le sentiment d'être utilisé comme main-d'oeuvre dans d'autres services. Et cela se fait au détriment de leurs études.

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- © Maxppp - Michael Desprez/PHOTOPQR/L'EST REPUBLICAIN

A l'heure où le gouvernement veut tirer les enseignements de la crise du Covid-19 et se dit prêt à entendre les revendications du personnel hospitalier dans son ensemble, la situation vécue par les étudiants en soins infirmiers de l'Institut de formation de Châteauroux et Le Blanc interpelle. Volontariat qui se transforme en remplacements abusifs, travail des étudiants sans avoir signé de contrat, des stages très importants amputés de plusieurs semaines : les motifs d'inquiétude sont nombreux. Le syndicat Sud Santé Sociaux de l'Indre a écrit un courrier au directeur de l'Agence régionale de santé Centre-Val de Loire pour alerter sur cette situation. Courrier envoyé le 11 mai et qui n'a toujours pas reçu de réponse.

Des étudiants mobilisés ailleurs que dans les unités Covid

Plusieurs étudiants infirmiers ont accepté de témoigner sur France Bleu Berry, de façon anonyme. Des étudiants qui se sont portés volontaires au plus fort de l'épidémie de Covid-19. Mais qui ont rapidement été mobilisés dans des services. Et qui le sont toujours alors que le pic de l'épidémie de coronavirus est derrière nous. "L'intitulé, c'était renfort dans les services Covid. A l'heure actuelle, il y a beaucoup moins de patients Covid à l'hôpital Châteauroux. Et il y a des étudiants qui se sont retrouvés dans des services qui n'étaient pas Covid. Quelle était l'utilité ? Ce n'est pas notre place", confie Vanessa. "Certains étudiants ont été appelés au début pour faire l'entretien, pour faire le ménage", ajoute Natacha. 

Je connais des gens qui sont épuisés parce qu'ils sont bougés comme des pions

Le syndicat Sud Santé Sociaux 36 parle de "remplacements abusifs". "On a considéré que c'était très facile de pouvoir puiser dans ce petit réservoir de main d'oeuvre, on rappelle les étudiants", dénonce Sylvie Guignard, secrétaire départementale dans l'Indre du syndicat. Son sentiment, c'est qu'on a profité de ces volontaires pour compenser les effectifs parfois insuffisants. "Quand on est étudiant en soins infirmiers, qu'en plus on est un peu précaire, on n'a pas forcément toutes les armes pour avoir le choix et dire non", ajoute-t-elle. 

Des plannings imprécis, des étudiants rappelés sur des jours de repos

Certains étudiants se sont sentis balader d'un service à un autre. "Je connais des gens qui sont épuisés parce qu'ils sont bougés comme des pions. Il y a tout cet épuisement depuis le début. Un jour, les unités Covid ferment donc on dit aux étudiants de rentrer chez eux. Le lendemain, elles rouvrent et on rappelle les étudiants. On est là pour prêter main forte, je suis d'accord mais c'est difficile", regrette Caroline. 

J'ai commencé à mal vivre cette période quand je me suis aperçu que je servais de main d'oeuvre à l’hôpital et plus seulement de renfort

L'organisation du travail laisse aussi à désirer, selon les témoignages recueillis par France Bleu Berry. "On n'avait pas de planning, on appelait pour savoir si on allait travailler, c'était très problématique", appuie Angélique. "Une fois, un supérieur m'a appelé pourquoi je n'avais pas pris mon service. Mais je n'avais pas été mise au courant. Quand on a une conscience professionnelle, c'est dur à encaisser. On culpabilise", explique Natacha.

Ce que met aussi en avant le courrier de Sud Santé 36, c'est que des étudiants auraient commencé à travailler sans avoir signé de contrat au préalable. "On a tous démarré à travailler dans les services sans contrat, en ne sachant pas combien de temps, combien de jours, combien de semaines... Tout arrivait toujours après", affirme Vanessa. "Les étudiants sont tous motivés par une envie d'aller faire du soin et d'aller aider. Mais ça ne doit pas rogner sur des droits qui sont des droits du travail et malheureusement, cette crise a montré que ce n'était pas forcément le cas", déplore Angélique.

Des stages essentiels amputés de plusieurs semaines

La conséquence de tous ces dysfonctionnements et surtout de cette présence prolongée à l'hôpital, c'est une réduction considérable de la durée de stage pour les infirmiers. Pour ceux qui sont en deuxième année mais encore plus pour ceux qui terminent leurs études. Il s'agit d'un stage de dix semaines qui arrive juste avant la validation du diplôme et permet d'asseoir le professionnalisme des étudiants.

"C'est très préjudiciable. On fait sauter six semaines de stage. On n'est déjà jamais réellement prêt mais là encore moins", s'inquiète Vanessa. Propos appuyés par Caroline, qui redoute aussi le retard pris pendant leur engagement à l'hôpital. "Notre cursus aura été amputé donc il y a des techniques d'apprentissage que nous n'avons pas abordé. On va devoir demander quand on  sera en stage, c'est une situation très délicate".

Il y a aussi un sentiment d'injustice et d'inégalité à l'égard d'autres étudiants en soins infirmiers de la région Centre-Val de Loire. A Tours ou à Vierzon, ils ont commencé leur stage dès le 4 mai, puisque l'épidémie était déjà en train de nettement ralentir. "Ceux qui étaient en stage dans les autres IFSI avaient le droit de pratiquer et nous on ne pouvait pas faire d'actes. On met en péril notre formation parce qu'on veut être volontaire et on veut aider les soignants. Mais à quel prix ?", s'interroge Vanessa. 

"Au lieu d'avoir dix semaines, on va plus avoir que quatre semaines de stage. Le problème, c'est que ça laisse beaucoup moins de temps pour apprendre des choses. On va arriver dans des services avec des soignants épuisés après la crise qui n'auront pas forcément le temps et l'envie de nous encadrer dans de bonnes conditions. C'est une condition de stress perpétuel", conclut Angélique.

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