Société

La crainte de l'expulsion pour les migrants du squat Drouet à Caen

Par Adrien Bossard, France Bleu Normandie (Calvados - Orne) mardi 1 novembre 2016 à 19:14

Flamo, à droite, et sa famille ne veulent pas de l'hôtel à Lisieux ou Bayeux :"Mes enfants sont scolarisés à Caen".
Flamo, à droite, et sa famille ne veulent pas de l'hôtel à Lisieux ou Bayeux :"Mes enfants sont scolarisés à Caen". © Radio France - Adrien Bossard

Depuis le 22 octobre, suite à une décision de justice, la préfecture du Calvados a le feu vert pour évacuer le squat Drouet, situé sur la Presqu'île. La plupart de la quarantaine de migrants, qui vit ici, n'est pas demandeur d'asile. Et craint d'être mis dehors, du jour au lendemain.

Ils sont Iraniens, Soudanais, Afghans, Pakistanais ou Albanais. Une quarantaine de migrants vit dans le squat Drouet, à Caen, situé sur le cours Caffarelli. Un squat ouvert au mois de janvier. Hormis trois familles albanaises qui demandent l'asile, ce sont tous des hommes célibataires. Des migrants qui souhaitent rejoindre l'Angleterre. Certains sont là depuis des mois après avoir connu la rue. Chose qui pourrait de nouveau leur arriver.

"La préfecture a proposé des solutions de logement pour les familles, pas pour les hommes célibataires pour mieux préparer le terrain", Nicolas

Ce squat est aujourd'hui menacé d'évacuation. Depuis le 22 octobre, suite à une décision de justice, la préfecture du Calvados peut procéder à l'expulsion. Et pour le collectif "Assemblée générale contre les expulsions", ce n'est qu'une question de jours. "La préfecture vient de proposer, la semaine dernière, une solution de logement pour les familles du squat. Elles sont dans des hôtels à Lisieux et Bayeux pour quelques jours, explique Nicolas, l'un des membres de cette AG. Mais bizarrement, rien pour les hommes célibataires. Selon nous, la préfecture vient de préparer le terrain en enlevant les familles du squat pour mieux évacuer derrière. Ça ferait manger genre d'expulser des familles avec enfants..."

Dans ce batîment, vivent environ 20 Soudanais. - Radio France
Dans ce batîment, vivent environ 20 Soudanais. © Radio France - Adrien Bossard

Trois familles sont pourtant toujours là, dans cet ancien entrepôt désaffecté, le long de l'Orne. Trois familles d'Albanie, qui ont refusé l'hôtel par crainte de retourner dans la rue derrière. "C'est toujours mieux ici, explique Flamo. Moi, je ne veux pas partir du squat, pour aller dans un hôtel et être de nouveau dehors." Flamo vit dans une petite chambre de fortune, sans chauffage ni électricité, au milieu des détritus, à-même le sol. Avec lui, sa femme et ses trois enfants de 8,10 et 13 ans, tous scolarisés à Caen.

Les vestiges du passage de migrants au squat Drouet, où il y a eu jusqu'à 100 personnes en même temps.A - Radio France
Les vestiges du passage de migrants au squat Drouet, où il y a eu jusqu'à 100 personnes en même temps.A © Radio France - Adrien Bossard

"Des signes nous laissent penser que la préfecture prépare l'expulsion", Nicolas, membre de l'Assemblée Générale contre les expulsions

"Le jour où ils sont expulsés, ils vont où ?", Régis

Eux demandent l'asile, pas Medhi, un Iranien persécuté dans son pays, car chrétien. Le trentenaire est arrivé dans le squat il y a 10 mois, il n'en ai jamais parti et pourtant il cherche à le fuir, pour rejoindre l'Angleterre. "Ma femme est là-bas depuis 4 mois. Nous n'avions pas assez d'argent pour y aller tous les deux, alors je l'ai laissée partir en promettant de la rejoindre. J'essaye avec d'autres, de monter sur les camions mais j'ai, à chaque fois, été arrêté. Jésus me donne la foi, j'y crois encore."

L'entrée du squat Drouet, ouvert depuis le mois de janvier. - Radio France
L'entrée du squat Drouet, ouvert depuis le mois de janvier. © Radio France - Nolwenn Le Jeune

Pour toutes ces personnes-là, dans le cas de Medhi ou celui de Flamo, le collectif "Assemblée générale contre les expulsions" ne veut pas baisser la garde. "Le jour où ils sont expulsés, ils vont où ?" s'indigne Régis. Nicolas poursuit : "De toute façon, si on les expulse, un autre squat va s'ouvrir derrière, et certainement pas dans les mêmes conditions. Ici, on a réussi à instaurer certaines règles, nous sommes leurs référents. Si demain, ils s'en vont, et qu'on ne sait pas où ils se réinstallent, ça peut vite devenir n'importe quoi."

Dans l'entrepôt, les hommes tuent le temps comme ils peuvent en fumant des cigarettes. - Radio France
Dans l'entrepôt, les hommes tuent le temps comme ils peuvent en fumant des cigarettes. © Radio France - Adrien Bossard

Nicolas et Régis promettent de venir tous les matins, dés 5h30, pour s'assurer que le squat ne soit pas évacué.

Le reportage d'Adrien Bossard.