Société

La déchéance de nationalité vue de Toulouse : des naturalisés notent le décalage entre les principes et la réalité

Par Stéphanie Mora, France Bleu Toulouse jeudi 7 janvier 2016 à 21:29

Cérémonie de naturalisation en janvier 2016 à Toulouse
Cérémonie de naturalisation en janvier 2016 à Toulouse © Radio France - Stéphanie Mora

Ce jeudi, comme tous les mois, la préfecture de Haute-Garonne organisait la cérémonie d'accueil des nouveaux citoyens français. Des binationaux qui suivent le débat sur la déchéance de nationalité avec inquiétude et perplexité.

Ils étaient 101 à recevoir leurs documents officiels des mains du sous-préfet ce jeudi. Des hommes et des femmes de 42 nationalités différentes qui ont choisi de devenir Français et pour qui le débat sur la déchéance de nationalité pour ceux qui commettent des actes terroristes est en complet décalage avec l'idée qu'ils se font de la France et les valeurs répétées pendant la cérémonie : liberté-égalité-fraternité, solidarité et générosité.

"C'est à la France de les assumer"

Paolo Migliavacca a 50 ans. Il est né au Mexique, de nationalité italienne, mais voulait devenir Français : "Je me sens Français depuis toujours, ce qui me touche c’est cet esprit de fraternité, l’égalité, la solidarité, c’est ce qui m’a attiré ici. La France promeut tout ce en quoi je crois. La déchéance de nationalité c’est un faux débat, les gens qui commettent ces actes sont produits par la France. C’est à la France de les assumer et de leur faire comprendre ce qui est juste ou pas."

Paolo Migliavacca, désormais Français, "la déchéance est un faux débat" - Radio France
Paolo Migliavacca, désormais Français, "la déchéance est un faux débat" © Radio France - Stéphanie Mora

Paolo Migliavacca a choisi d'être Français, il explique pourquoi.

Chaque mois une centaine de Haut-garonnais acquièrent la citoyenneté française et participent à cette cérémonie en préfecture de Toulouse. Dans les salons sous les moulures et devant les drapeaux, on leur rappelle brièvement l'histoire de la France, les droits et devoirs du citoyen. Chacun reçoit un livret d'accueil avec les symboles de la république comme la déclaration des Droits de l'Homme et du citoyen mais aussi leur décret de naturalisation et les actes d'état civil. Enfin les participants doivent chanter la Marseillaise.

Zeghaou Boudjamal vit en France depuis 15 ans, cet habitant de Muret veut être un citoyen "complet" comme il dit mais dans le contexte actuel, il raconte : "Je viens de me mettre à mon compte et dans mon sac je transporte régulièrement deux morceaux d’aluminium pour le travail. Quand je passe les portiques ça sonne, je suis obligé d’ouvrir mon sac un peu partout et malgré moi, malgré le fait que je suis innocent je me sens mal ! Avant c’était pas comme ça. Moi je crois en une justice pour tout le monde et celui qui a fait quelque chose doit être jugé lui et qu’on laisse les autres tranquilles".

Dans mon sac je transporte régulièrement deux morceaux d’aluminium pour le travail. Quand je passe les portiques ça sonne, je suis obligé d’ouvrir mon sac un peu partout et malgré moi, malgré le fait que je suis innocent je me sens mal ! Avant, c'était pas comme ça. 

— Zeghaou Baoudjamal, en France depuis 15 ans.

Un "décalage" entre ce qu'ils vivent et ce qui est affiché

Leila est née au Maroc, arrivée en France à l’âge de 5 ans, elle en a aujourd’hui 25 et se sent complètement Française. Elle a pris la double nationalité pour faciliter les démarches administratives et elle non plus ne voit pas l’intérêt de créer une déchéance de nationalité : "C’est humain de vouloir réagir mais c’est aux partis politiques de maintenir la cohésion et la vraie question c’est pourquoi des personnes de nationalité française en viennent à commettre ses actes-là ?"

Leila franco-marocaine, perplexe devant le débat sur la déchéance de nationalité

Les candidats à la nationalité française mettent parfois plus d'un an pour rassembler les pièces nécessaire à leur demande. Audrey, épouse d'un Uruguayen désormais Français notait hier le décalage après la cérémonie en Préfecture : "Toutes ces valeurs... Avec l'état d'urgence où on voit que ces principes sont remis en question, j'ai senti un décalage entre ce que j'avais l'impression de vivre et ce qui était affiché" . 

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