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A la découverte du premier centre de déradicalisation en France, à Beaumont-en-Véron

Par Xavier Louvel, France Bleu Touraine et France Bleu mardi 13 septembre 2016 à 17:40 Mis à jour le mardi 13 septembre 2016 à 20:40

L'entrée du centre de Pontourny
L'entrée du centre de Pontourny © Radio France - Xavier Louvel

Le premier centre de déradicalisation en France, à Beaumont-en-Véron, en Indre-et-Loire a été officiellement présenté ce jeudi à la presse. Une visite pour découvrir le lieu qui accueillera dans quelques jours ses premiers résidents, des "volontaires" assure l'Etat.

Le centre de Pontourny a été officiellement présenté ce jeudi à la presse, un "centre de prévention, d'insertion et de citoyenneté". Les premiers résidents devraient arriver dans une dizaine de jours selon les responsables du centre. Sont attendus, des hommes et des femmes de 18 à 30 ans, volontaires, en voie de radicalisation, sans antécédent judiciaire, jamais condamnés. Ils resteront dans le centre 10 mois, mais pourront quitter le programme s'ils ne s'y font pas.

Ils seront une demi-douzaine de résidents d'ici la fin du mois de septembre. Le centre tournera à plein régime, avec 25 résidents, au début de l'année 2017. Ils seront encadrés par des éducateurs, des psychologues, des spécialistes de la radicalisation. Une fois par semaine, le drapeau français sera hissé. Les futurs résidents seront habillés de la même façon, suivront les mêmes formations. Les premières semaines, ils seront cantonnés dans le centre, il n'y aura pas de visite de familles. Leurs moindres faits et gestes seront analysés.

Des caméras thermiques, des détecteurs laser, des barreaux aux fenêtres

Pendant deux mois, pendant l'été, le centre de Pontourny a été transformé. Des travaux de grande ampleur ont été réalisés. Ils sont cours de finition. Le plus gros changement réside dans les mesures de sécurité sans précédent installées, avec des caméras thermiques, des détecteurs laser extérieurs, des barreaux aux fenêtres, des digicodes individuels pour chaque chambre, des vitres anti-effraction.

Nous n'accueillons pas des terroristes, mais quand même. Ils seront fortement encadrés. Personne ne peut garantir qu'il y aura 100% de réussite en réinsertion. Il faut accepter une possibilité d'échec. Mais moi, je considère qu'on est sur une problématique d'intérêt général. Ne rien faire, c'est pire que tout. Louis Le Franc, le préfet d'Indre-et-Loire.

Une partie des riverains du centre de Pontourny ne cache pas son inquiétude. Une association a été créée. Elle compte 150 adhérents. "Je sens aussi des inquiétudes dans la population" confirme le maire de Beaumont-en-Véron, Bernard Château. "Pour certains, c'est même de l'angoisse. J'essaye de les rassurer. Mais je leur dis aussi que le risque zéro n'existe pas. J'espère surtout que ce dispositif fonctionnera".

Ce n'est pas quand le mal sera fait qu'il faudra nous dire : on est désolé. Mégane, une habitante d'Avoine

Manifestation d'une cinquantaine de personnes devant Pontourny ce jeudi - Radio France
Manifestation d'une cinquantaine de personnes devant Pontourny ce jeudi © Radio France - Xavier Louvel

Pontourny va devenir le premier centre de la sorte en France, à traiter de la radicalisation, sans équivalent à l'étranger. Une expérimentation grandeur nature, sans garantie de réussite. On ne peut s'appuyer sur aucun modèle car le profil des radicaux est très différent de ceux repérés au Danemark par exemple. En France, les jeunes radicalisés sont des classes populaires, en échec scolaire, en rupture familiale, fragiles. Un comité de suivi est mis en place pour suivre l'évolution des résidents pendant leur séjour. Les psychologues demandent au moins un an pour tirer les premiers enseignements. A terme, l'Etat compte ouvrir 13 centres de prévention, d'insertion et de citoyenneté (un centre par région), mais chacun aura sa spécificité, avec différents degrés de traitement de la radicalisation.

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