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La dernière des Castors de Laval s'en est allée, elle avait participé à la construction de tout un quartier

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Par , France Bleu Mayenne

Elle s'appellait Raymonde Robin, avait 92 ans, et elle avait contribué à la construction de tout un quartier sur la rive gauche. La dernière des Castors de Laval est morte cette semaine, elle qui avait fabriqué, avec son mari et neuf autres familles, les maisons de la rue du Dôme.

La rue, devenue impasse, du Dôme abrite une petite dizaine de maisons castors
La rue, devenue impasse, du Dôme abrite une petite dizaine de maisons castors © Radio France - Laurine Benjebria

Raymonde Robin est morte cette semaine à l'âge de 92 ans, sept ans après son mari Victor. Si son nom reste méconnu d'une grande partie des Lavallois et Lavalloises, Raymonde laisse derrière elle une petite partie du patrimoine de la ville : la rue du Dôme. En effet, elle faisait partie des Castors de la Mayenne : ces Français qui, à la sortie de la Seconde Guerre mondiale, ont construit leurs propres maisons, toutes sur le même modèle, dans une sorte de coopérative d'achats de matériaux. C'est ainsi quès 1948, ont vu le jour une dizaine de maisons rue du Dôme, derrière la rue Magenta, rive gauche. Aujourd'hui, la rue est devenue impasse, les propriétaires ont changé, mais l'histoire reste dans les esprits de tous les riverains.

Une coopérative d'achats de matériaux

Quand la Seconde Guerre mondiale se termine, à Laval, le quartier de la rue Magenta est dans un état de ruines : "Ici, c'était bombardé, il n'y avait rien, ce n'était que des champs", raconte Nicole, une des habitantes du quartier. Pour pallier ce manque de logement, et accéder à la propriété, des familles ouvrières fabriquent elles-mêmes une dizaine de maisons, de 90 mètres carrés, toutes identiques. Pour acheter les matériaux nécessaires, les familles ont mis en commun les mêmes sommes d'argent, puis elles se sont mobilisées pour mener à bien les constructions. "Chacun apportait ses compétences, les uns creusaient, les autres faisaient les parpaings", explique Dominique Robin dont les parents étaient de ces Castors. 

"Ils ont bricolé pas mal pour construire ces maisons avec des matériaux qui ne sont pas nobles : des parpaings pleins, des menuiseries, pas d'isolation", salue Stéphane, l'un des propriétaires de la rue du Dôme. Quand il s'installe dans les années 2000 avec sa famille Stéphane découvre donc le "confort quelque peu spartiate" : "sauf erreur, il ne devait pas y avoir de chauffage central à l'époque". 

"On a retrouvé des plaques en marbre dans certaines de nos chambres, donc il devait y avoir des poêles"

Une vieille coupure de presse sur les maisons Castor
Une vieille coupure de presse sur les maisons Castor © Radio France - Laurine Benjebria

Des maisons petites, identiques

Depuis, au fil des différents propriétaires, des travaux de réaménagement ont été réalisés, notamment des extensions, des ravalements de façade. Stéphane et Marie ont ainsi fait tomber quelques murs et ajouté une extension à l'arrière afin de profiter d'un peu plus de lumière et d'une vue plus grande sur leur jardin. Et quand on se promène dans l'impasse, l'on remarque des maisons désormais de couleurs diverses, parfois avec une façade bien différente de celle de 1948.

La maison de Raymonde et Victor Robin n'a connu qu'un seul changement depuis sa construction : un ravalement de façade quelques années avant la mort de l'ancien fonctionnaire. "La maison jusqu'à ce moment-là était toujours avec les parpaings d'origine visibles, c'était quelque chose très important pour papa car ils avaient eux-mêmes construit cette maison", se remémore Dominique Robin, le fils du couple, aujourd'hui âgé de 63 ans.

Une maison Castor quasi inchangée
Une maison Castor quasi inchangée © Radio France - Laurine Benjebria

Il n'y a pas que les maisons qui ont changé. En 70 ans, les propriétaires se sont succédés et la rue est devenue "très prisée, certaines maisons se vendent en une semaine", explique Dominique, un voisin. Il faut dire que la rue est à deux pas des quais, derrière la gare et proches d'écoles, ce qui séduit un grand nombre de futurs propriétaires. "Désormais, ce sont plutôt des classes moyennes, on a des retraités, d'anciens enseignants, un responsable d'un magasin et des employés de Lactalis", compte Dominique.Une maison Castor quasi inchangée - Laurine Benjebria

Un esprit familial et d'entraide

S'il y a bien une chose qui n'a pas changé malgré le temps qui passe, c'est l'esprit même du mouvement des Castors, un esprit d'entraide : "On se connaît tous, c'est une ambiance de petit village", à tel point que Dominique qualifie d'institution la fête des voisins, qui réunit "chaque année une cinquantaine de voisins avec les enfants, les parents". Cet esprit est salué par la ville et notamment par Xavier Villebrun, animateur et directeur Architecture et Patrimoine de la ville de Laval, qui souhaiterait par ailleurs que le patrimoine architectural aussi soit conservé : "Ce n'est jamais facile de protéger le patrimoine des années 1950, car c'est un patrimoine modeste", explique-t-il. Pour Xavier Villebrun, "il y a donc une action militante, une réflexion à mener" autour de ce sujet-là.

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