Société

La France et Spie poursuivis pour crime contre l'humanité par le Cran

Par Thibaut Lehut, France Bleu mardi 25 février 2014 à 16:59 Mis à jour le mardi 25 février 2014 à 18:07

Louis-Georges Tin, président du Cran
Louis-Georges Tin, président du Cran © Maxppp

Le Conseil représentatif des associations noires de France a assigné ce mardi l'Etat et le groupe de BTP Spie Batignolles pour "crime contre l'humanité". En cause : un recours supposé au travail forcé pour la construction d'une ligne ferroviaire au Congo dans les années 20.

Le Conseil représentatif des associations noires de France (Cran) a décidé de poursuivre en justice l'Etat français et l'entreprise de travaux publics Spie pour "crime contre l'humanité".

"Mort de 17.000 indigènes, en raison des conditions de transport et de travail"

"Des civils ont été embarqués de force pour alimenter les chantiers" de la ligne ferroviaire qui relie Brazzaville au port de Pointe-Noire (500 km de long), a expliqué l'historien Olivier Le Cour Grandmaison lors d'un point presse expliquant la démarche du Cran. La construction de cette ligne par Spie pour le compte de la France entre 1921 et 1934 a causé la mort de "17.000 indigènes, en raison des conditions de transport et de travail", a-t-il estimé.Le Cran profite d'une loi élaborée par Christiane Taubira en 2001, qui faisait de l'esclavage un crime contre l'humanité, et le rendait donc imprescriptible. Or, "le travail forcé" utilisé par Spie "était de l'esclavage déguisé", a expliqué le président du Cran Louis-Georges Tin.

Déterminer "l'ampleur du préjudice subi"

"Nous demandons au président du tribunal de grande instance de nommer un collège d'experts judiciaires aux frais de Spie pour évaluer l'ampleur du préjudice subi", a expliqué Me Norbert Tricaud, avocat de l'association. Le Cran demande aussi la création "d'un fonds d'indemnisation des victimes", qui finance un travail de mémoire.Le Cran, qui considère que "l"essentiel des infrastructures réalisées dans les colonies l'ont été en recourant au travail forcé", oeuvre pour obtenir des réparations pour les descendants d'esclaves, et multiplie les action judiciaires en ce sens depuis plusieurs mois. En mai, il avait assigné la Caisse des dépôts et consignation et l'Etat, accusés de s'être enrichis grâce à l'esclavage.