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Société

La "Maison", un squat organisé et autogéré pour venir en aide aux migrants isolés de Poitiers

mercredi 5 septembre 2018 à 6:05 - Mis à jour le samedi 8 septembre 2018 à 10:09 Par Rivière Isabelle, France Bleu Poitou

A Poitiers, le collectif La Maison organise une collecte alimentaire pour venir en aide aux jeunes migrants les mercredis soirs. Mais ce qui préoccupe les bénévoles, c'est de pouvoir rester dans ce lieu qu'ils occupent illégalement certes mais qu'ils entretiennent, comme si c'était une colocation.

C'est sous le préau, derrière la porte cochère que sont organisées les collectes alimentaires pour les migrants de la Maison à Poitiers
C'est sous le préau, derrière la porte cochère que sont organisées les collectes alimentaires pour les migrants de la Maison à Poitiers © Radio France - Isabelle Rivière

Poitiers, France

A Poitiers, le collectif "La Maison" qui a transformé un squat en hébergement collectif pour jeunes migrants organise désormais des collectes tous les mercredis soirs dans l'immeuble qui les abrite; un immeuble bourgeois implanté pas très loin de Notre Dame et qui appartient au Ministère de la justice. 

Même si les membres de ce collectif tiennent à rester anonymes, ils nous ont ouvert les portes de "La Maison" pour y montrer la vie telle qu'elle s'est organisée à l'intérieur. 

Les bénévoles de la Maison à Poitiers préparent des crêpes pour tout le monde - Radio France
Les bénévoles de la Maison à Poitiers préparent des crêpes pour tout le monde © Radio France - Isabelle Rivière

Et rien à voir avec l'image qu'on pourrait se faire d'un squat. Sur place, les habitants ont tout redécoré joliment avec des objets de récup', des meubles donnés et des matériaux  recyclés. Le préau, la terrasse, le compost, la cabane à oiseaux et même, la maison pour chats, ça ressemble plus à une colocation de jeunes, une sorte d'auberge espagnole, qu'à un squat ou à un centre administratif d'hébergement. 

Illustration La Maison à Poitiers - Aucun(e)
Illustration La Maison à Poitiers

Dans la cuisine, de la musique jazz en fond sonore. Des tasses de thé chaud. Deux bénévoles militantes préparent des crêpes pour tout le monde. Comme tous les mercredis soirs, il y a collecte de nourriture. Les crêpes, c'est pour le goûter, la convivialité. A côté, les Poitevins fabriquent des bricoles revendues à prix libre pour, ensuite, avec l'argent, faire des courses et compléter les besoins en nourriture.

"Les gens qui viennent aux collectes savent où nous trouver car on s'est fait un réseau. Avant, on les voyait au  le Plan B, mais comme le bar a annoncé sa fermeture, on fait les collectes ici désormais", souligne la jeune femme.

Car la maison abrite une vingtaine de migrants ainsi qu'une dizaine de militants. Certes, ces derniers ne sont pas tous là à temps plein mais il y en a qui vivent à demeure. 

A l'étage, les espaces privés où dorment les jeunes migrants - Radio France
A l'étage, les espaces privés où dorment les jeunes migrants © Radio France - Isabelle Rivière

Tous les espaces communs sont au rez de chaussée. Il faut monter au premier et au deuxième étage pour accéder à l'espace privé : des chambres de quatre et des dortoirs pour ceux qui viennent d'arriver ou qui n'ont nulle parte où aller. "C'est leur espace. Ils sont en sécurité", précise le guide.

Dans la cuisine du haut, de la musique africaine, et une odeur de café, un plat typique à base d'arachides. Dans la pièce, quatre jeunes hommes. Ils sont plusieurs à arriver du Cameroun. Mais ne sont pas tous arrivé en même temps. L'un d'eux raconte : 

"Quand je suis arrivé à Poitiers, je dormais dehors au niveau de la passerelle de la gare. A "La maison", je ne suis pas chez moi c'est sûr mais au moins je suis en sécurité, je peux me laver, manger et dormir. Je suis plus tranquille."

Il y a une expression qui a marqué les bénévoles, c'est celle que les jeunes migrants utilisent pour raconter leur soulagement "ici, on se pose la tête". C'est d'ailleurs tout naturellement que le nom du squat est venu "La maison" !  

Le collectif la Maison à Poitiers  - Radio France
Le collectif la Maison à Poitiers © Radio France - Isabelle Rivière

Assis dans un coin, un Poitevin d'une vingtaine d'années se fait discret. Pour le reportage, personne ne donne son nom ni son prénom. Mais on veut bien raconter comment on en est venu à se préoccuper du sort de l'autre. 

"C'était l'hiver, j'ai commencé à héberger un jeune migrant chez moi. Puis deux, puis trois. Ensuite, je me suis rendu compte qu'il fallait trouver d'autres solutions"

Pas d'association, mais un collectif. Un groupe de gens de bonne volonté en somme. Vous vous considérez comme politisés ? La réponse tombe avec stupeur : "non ! pas du tout ! on se sent juste concernés." 

Le collectif entend solliciter le soutien des pouvoirs publics.

"Ce qu'on aimerait, c'est au moins pouvoir rester là. On se bat déjà pour aider les autres, ce serait dommage de se débattre en plus dans des procédures. D'autant qu'on entretient le lieu et qu'il était vide". 

La femme qui parle n'a que 33 ans. Mais son regard et sa voix sont déterminés. Sur sa page Facebook, le collectif regrette les "visites" régulières de la police. Le ministère de la justice, propriétaire de l'immeuble, il est vrai, a lancé une procédure d'expulsion.  

Ecouter | Visite de la "Maison Poitiers"

Le collectif la Maison à Poitiers - Radio France
Le collectif la Maison à Poitiers © Radio France - Isabelle Rivière