Société

La mère d’une victime de Merah devant des collégiens bisontins

Par Faustine Mauerhan, France Bleu Besançon mardi 10 mars 2015 à 20:15

Latifa Ibn Ziaten 1
Latifa Ibn Ziaten 1 © Radio France - Faustine Mauerhan

Latifa Ibn Ziaten est la mère de la toute première victime de Mohammed Merah. Mardi 10 mars, à la veille du troisième anniversaire de la mort de son fils et pour tenter de remettre les jeunes des cités dans le bon chemin, elle a rencontré trois cent élèves du collège Clairs Soleils à Besançon.

Depuis trois ans, Latifa Ibn Ziaten est devenue une icône de la laïcité, de l’islam modéré, du vivre ensemble. Pour que son fils ne soit pas mort pour rien, elle sillonne la France entière, à la rencontre des jeunes, de tous les jeunes. Cette maman privée de son enfant leur raconte son histoire, celle de son fils pour qu’ils ne tombent pas dans la radicalisation.

Une heure et demie de conférence debout

Ce mardi 10 mars 2015, à la veille du triste troisième anniversaire de la mort de son fils, Imad, tué par Mohammed Merah devant une caserne de Toulouse en 2012, c’est avec les élèves du collège Clairs Soleils qu’elle avait rendez-vous. Pendant une heure et demie, elle leur a parlé, debout. Toujours debout. « Je reste debout devant vous, parce que mon fils, lui, est resté debout devant l’arme de Mohammed Merah. Le terroriste lui a demandé de s’agenouiller, mais mon fils est mort debout  » raconte pour commencer cette mère aux grands yeux doux, mais tristes, encore, malgré le temps passé.

« Accrochez-vous à l’école de la République »

Latifa Ibn Ziaten explique alors aux collégiens silencieux, son parcours à elle, née au Maroc, et celui de son fils, un enfant français, qui a parfois eu du mal en classe, mais qui « s’est accroché à l’école de la République.  » Un enfant devenu militaire, « pour défendre sa patrie.  » Jusqu’au jour où il rencontre Mohammed Merah, et décide de ne pas s’agenouiller devant le canon de son arme. Selon Latifa Ibn Ziaten, c’est grâce à l’école que son fils a été un héros .

Latifa Ibn Ziaten 2 - Radio France
Latifa Ibn Ziaten 2 © Radio France - Faustine Mauerhan

« Restez accrochez à l’école, demande-t-elle aux enfants, parce que l’école c’est votre avenir, c’est votre chance de réussir, sans diplôme on est rien . » Elle est convaincue que c’est par l’école que la France vaincra l’islamisme, les extrémismes. « Certains parents ont baissé les bras, alors il reste l’école pour encadrer les jeunes. Si on les laisse tomber, si on les abandonne, ils combleront le vide par de la haine, et deviendront d'autres Merah.   »

Et le message passe chez les collégiens

Dans ce collège des Clairs Soleils, au beau milieu d’un quartier réhabilité, la parole de Latifa Ibn Ziaten prend son sens. La mixité fonctionne et tout le monde se côtoie. Matthieu « traine avec des copains musulmans.  » Il pense vivre dans un collège soudé. Il a compris le message de paix. « Le terrorisme est en train de monter en puissance et il faut que nous, les jeunes, on prenne conscience de ça, qu’on maintienne notre pays dans la paix. Il ne faut pas mettre tout le monde dans le même panier, il faut rester soudé et défendre nos valeurs.  »

Malgré tout, les jeunes, forts de leur vécu, de leur quotidien, ne sont pas tous d’accord. « Quand je vois certaines personnes qui provoquent, ça me révolte . Je pense qu’elle (NDRL : Latifa Ibn Ziaten) a raison, explique Bilel, 14 ans. Mais c’est un peu facile de dire qu’on va tous vivre ensemble, ce n’est pas la réalité pour moi. Je ne pense pas qu’on puisse tous s’entendre pour l’instant.  »

A ces jeunes comme Bilel, Latifa Ibn Ziaten demande de ne pas répondre aux provocations, d’essayer de comprendre ses voisins. A ceux qui n’osent pas afficher leurs doutes ou leur colère devant tout le monde, la maman répond par mail, ou même par SMS. Elle ne veut pas les abandonner, les laisser sans réponse. Chacun peut lui écrire sur le site internet de son association « Imad pour la jeunesse et la paix ».