Société

La situation du centre de l'enfance d'Eysines s'invite à l'ordre du jour du Conseil Départemental de la Gironde

Par Damien Gozioso, France Bleu Gironde jeudi 13 avril 2017 à 18:47

Les élus départementaux ont rejeté à main levé une motion du Front National
Les élus départementaux ont rejeté à main levé une motion du Front National © Radio France - Damien Gozioso

Au début du mois d'avril, plusieurs salariés du Centre Départemental de l'Enfance et la Famille (CDEF) ont voulu mettre en lumière les problèmes de violence que connaissant la structure. S'estimant en mal de dialogue, ils sont venus au Conseil Départemental pour entendre la position des élus.

La lettre ouverte publiée le 5 avril dernier et nommée "Les enfants sacrifiés de la République" avait suscité un certain émoi. Des personnels du CDEF d'Eysines décrivaient des faits de violences entre enfants du centre, mais aussi envers les personnels. Emmanuelle Ajon, la vice-présidente du Département en charge de la protection de l'enfance a tenté de dialoguer avec eux, sans réussite. Ils comptaient sur des questions adressés par les groupes politiques en séance plénière du Conseil Départemental pour faire avancer leur cause.

Jean-Luc Gleyze défend l'action du Département

Avant que le débat ne commence, Jean-Luc Gleyze, le président du département de la Gironde, a voulu insister sur un certain nombre de faits. D'une part le nombre d'enfants accueillis au CDEF croit de manière exceptionnelle : en trois ans, le nombre d'enfants de 0 à 10 ans accueillis a grimpé de 17%, une progression de 56% pour les enfants de 10 à 18 ans. Le centre – qui ne peut refuser d'accueillir des enfants – est aujourd'hui en sureffectif, compliquant la prise en charge des enfants et donc la tâche des personnels. D'autre part Jean-Luc Gleyze a expliqué que la tension présente au CDEF était inhérente à ce type d'établissement, qu'il traduisait le parcours chaotique des enfants avant leur placement.

Mais pour autant le président ne s'est pas montré défaitiste : "Nous n'avons pas attendu la parution de cette lettre pour agir" a-t-il réagi. Depuis deux ans la protection de l'enfance est la délégation dont l'augmentation des crédits est la plus importante. En l'espèce 15 millions d'euros, le CDEF pour sa part bénéficie d'une hausse de dotation de 1,5 million d'euros par an depuis deux ans. 15 millions d'euros ont aussi été dégagés pour la construction d'une nouvelle pouponnière au CDEF alors que 30 postes ont été créées sur la même période. Emmanuelle Ajon a elle expliqué que le dialogue "constructif" avait lieu avec les représentants syndicaux FO et SUD, présents au Conseil d'administration du CDEF, mais qu'il n'avait pas été possible de discuter dans la semaine avec les signataires de la lettre à l'origine de la médiatisation de la situation.

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Grégoire de Fournas provoque un tollé

Durant la séance le Conseiller départemental Front National Grégoire de Fournas a proposé une motion pour "prendre conscience" des faits se déroulant au CDEF. Seulement l'élu a précédé l'exposé de sa motion d'une énumération assez sordide de faits qu'il affirme avérés au sein du centre ces derniers mois, provoquant un tollé de toute l'assemblée. Grégoire de Fournas a par ailleurs demandé la démission d'Emmanuelle Ajon, provoquant de nouveaux huées dans l’hémicycle.

Christine Bost, maire d'Eysines et vice-présidente du Conseil départemental a dénoncé "un comportement indigne d'un élu de la République" l'accusant de récupération politique. Jean-Luc Gleyze a pour sa part prévenu que se ces faits n'étaient pas corroborés, il relèvent de la diffamation publique. S'ils sont réels, il accuse Grégoire de Fournas de violation du secret professionnel. La motion de l'élu FN a été rejeté à l'ensemble des voix (moins la sienne), le groupe Gironde Avenir pour sa part, emmené par Jacques Breillat a demandé des éclaircissements à Jean-Luc Gleyze : sur les défauts de communication au sein du Conseil d'administration du CDEF, et sur la nécessiter d'affiner la gestion des parcours des jeunes, grâce à l'intervention du comité de pilotage des politiques publiques. Interrogations auxquelles a répondu favorablement le président.

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Les salariés présents déçus

À la sortie, la réaction du groupe de salariés du CDEF venu assister à la séance est plus que mitigée, il regrettent un débat pas assez concret sur des mesures à prendre rapidement. "Concrètement dans le quotidien des enfants, rien n'a changé depuis notre lettre" estime Fatima Lagrébi, représentente CGT des salariés du centre.

Elle dénonce aussi la volonté des élus de vouloir les faire passer pour une minorité, arguant de 71 signatures de personnels sur les 225 que compte le centre d'Eysines. Toutes les parties appellent finalement à l'apaisement, conscientes aussi que cette affaire peut compliquer la situation des enfants, des personnels et des familles.

Fatima Lagrébi, représentante CGR au CDEF d'Eysines : "Ce que nous voulons c'est que la situation change pour les enfants"