Société

La trêve hivernale touche à sa fin, les associations s'inquiètent

Par Marina Cabiten, France Bleu jeudi 31 mars 2016 à 8:10

La trêve hivernale expire le 31 mars à minuit
La trêve hivernale expire le 31 mars à minuit © Maxppp - Julio PELAEZ

La trêve hivernale expire ce jeudi à minuit, synonyme de reprise d'expulsions et de fermeture progressive des centres d'hébergement. Les associations demandent au gouvernement un effort.

Ce jeudi 31 mars à minuit, les Français aux loyers impayés ne seront plus protégés par la trêve hivernale. Les procédures d'expulsion de ménages ont fortement augmenté ces dernières années. Selon les prévisions du Réseau stop aux expulsions logement (Résal) pour 2015, "on estime en moyenne de 30.000 à 40.000 le nombre de foyers en France susceptibles d'être expulsés dès vendredi matin", sur un total d'environ 190.000 assignés dans le cadre d'une procédure d'expulsion.

"Un système terriblement injuste"

"Dès vendredi, ce sont plusieurs dizaines de milliers de personnes qui vont se retrouver à la rue", s'émeut Jean-Baptiste Eyraud de l'association Droit au logement (DAL), consterné par un "système terriblement injuste". Pour endiguer le phénomène, le DAL propose "une vraie baisse des loyers, un arrêt des expulsions et le financement de nouveaux logements sociaux".

Mercredi, un collectif de 34 associations a demandé des mesures plus fortes à la nouvelle ministre du Logement Emmanuelle Cosse, au cours d'un rassemblement à Paris. Ainsi, les annonces ("pérennisation de 2.300 places d'hébergement d'urgence" et "un plan pour mettre fin à la gestion saisonnière") de la ministre du Logement, au cours d'un déplacement mardi à Lyon, n'auront pas suffi.

Les femmes seules particulièrement fragiles

"On avance dans le bon sens mais il reste des problèmes" nuance Florent Gueguen, de la Fédération nationale des associations de réinsertion sociale (Fnars). Pour ce militant, les problèmes sont aussi qualitatifs : "La situation est particulièrement critique pour les familles avec enfants, et les femmes seules" qui "n'ont pas de structures adaptées". "Les hébergements ont été construits sur un modèle d'homme seul, plutôt âgé", donc inadaptés aux familles et femmes, explique Florent Gueguen, qui rappelle qu'"un appel sur deux au 115 n'obtient pas un hébergement d'urgence".

Dalo, un gouffre financier

Outre les sans-domicile fixe, des familles expulsées de leur logement se retrouvent pris en charge par l'Etat lorsqu'ils sont prioritaires au titre du droit opposable au logement (Dalo). Ainsi, "chaque année, 40.000 personnes sont hébergées à l'hôtel, ce qui coûte 200 millions d'euros à l'Etat", constate M. Gueguen. "On pourrait subventionner le maintien des personnes dans leur logement plutôt que de financer un système hôtelier quasi mafieux", suggère-t-il. La Confédération nationale du Logement demande, elle, la mise en place d'une véritable "sécurité sociale du logement", soit une "caisse de solidarité alimentée par les bailleurs, les locataires et l'Etat" pour indemniser les ménages. Le Haut comité pour le logement des personnes défavorisées (HCLPD) demande par ailleurs que "les procédures d'expulsion de personnes bénéficiaires du Dalo" soient suspendues "tant qu'une possibilité de relogement n'a pas été proposée". "La loi Alur, adoptée en 2012, prévoyait déjà toutes les dispositions annoncées", ironise Christophe Robert, délégué générale de la fondation Abbé Pierre, qui rappelle que cette année encore, "il y a encore du monde sur le carreau".

Plusieurs associations, dont le Dal et la Confédération syndicale des familles, appellent à une manifestation samedi à Paris "contre le logement cher et les expulsions locatives sans relogement".