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Dossier : Coronavirus Covid-19

"Après le confinement, changer notre rapport au vivant pour ne pas disparaître" (Lamya Essemlali)

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Par , France Bleu Hérault

Le confinement a permis à certaines espèces marines de réapparaître près des côtes, notamment en Méditerranée. Seulement, le déconfinement qui se profile fait craindre le pire à Sea Shepherd. La présidente de l'ONG lance un message aux français et espère que des leçons seront tirées.

Lamya Essemlali est la fondatrice, avec Paul Watson, de l'ONG Sea Sheperd
Lamya Essemlali est la fondatrice, avec Paul Watson, de l'ONG Sea Sheperd © AFP - Bertrand Langlois

Entretien avec Lamya Essemlali, présidente et co-fondatrice de l’ONG Sea Sheperd France, association de protection de la faune et de la flore marine.

Depuis le début du confinement, plusieurs espèces ont fait leur retour dans des zones qu’elles n’occupaient plus. Quelles observations avez-vous faites ? 

"C’est une conséquence assez logique. Il y a moins de trafic maritime, moins de nuisances sonores, moins de bateaux, moins de monde sur l’eau. On voit effectivement des animaux, des baleines ou des dauphins, se rapprocher des côtes. Mais il ne faut pas confondre ceci avec une explosion de la vie. C’est simplement qu’on a laissé un espace vacant. Les animaux qui se tenaient éloignés de nos activités ont, d’un seul coup, un espace qui leur est laissé. C’est malheureusement quelque chose qui va s’annuler, de facto, quand l’activité humaine va reprendre comme avant le confinement. "

Est-ce, malgré tout, une satisfaction de les voir revenir ? 

"Je crois surtout qu’on peut en tirer une prise de conscience sur l’impact de la place que nous prenons dans le milieu de naturel. Si la vie est en train de s’effondrer, c’est parce que nous prenons trop de place, que nous investissons tous les espaces, et nous n’en laissons pas suffisamment à la vie sauvage. Je ne crois donc pas que l’on puisse s’en satisfaire, au contraire. Nous sommes même plutôt inquiets de ce qui va se passer à la levée du confinement. Certains bateaux de pêche sont restés à quai, et on craint que certains pêcheurs veuillent rattraper le retard et passent encore plus de temps en mer. Certaines habitudes perdues, notamment le fait de manger du poisson, vont reprendre. Ce très court répit donné à l’océan risque donc de n’avoir aucun effet. Egalement parce qu’il est trop court. On peut donc craindre que l’après soit encore pire. "

Lamya Essemlali : "Une prise de conscience sur l'impact de la place que nous prenons"

Nous prenons trop de place et n'en laissons pas suffisamment à la vie sauvage.

Peut-on craindre que ces espères qui se sont rapprochées des côtes deviennent des proies encore plus faciles ? 

"Ces espèces, il faut bien le comprendre, sont de toute façon toujours des proies. Dans le golfe de Gascogne, on a par exemple des dizaines de milliers de filets pas du tout sélectifs qui capturent des dauphins, des requins et beaucoup d’animaux qui ne sont pas ciblés au départ. Qu’un dauphin ou une baleine se rapproche, ça ne change donc pas grand-chose au risque d’être capturé. Le risque est permanent. La seule chose positive, c’est la prise de conscience. Que les gens se rendent compte que cette vie existe chez nous. Nous avons, en effet, été très étonnés lors de notre campagne menée l’hiver dernier autour de la capture des dauphins, de voir que beaucoup de Français ignoraient qu’il y en avait France. Comment pourrait-on être touché par leur sort, quand on ne sait pas qu’ils sont là. Or, ils sont bel et bien là."

On craint que certains pêcheurs veuillent rattraper le retard.

Souhaitez-vous que les Français sortent de ce confinement avec un nouvel état d'esprit ? 

"Il est essentiel que nous changions notre rapport au monde vivant, ou bien nous allons disparaître. Pour ce qui est de la question de l'océan, il faut comprendre qu'aujourd'hui, c'est principalement la pêche qui menace la vie dans l'océan. Si ceux qui n'ont pas mangé de poisson durant ce confinement pouvaient se rendre compte que ce n'est pas essentiel, et s'ils pouvaient rester sur leur lancée, ce serait le meilleur service qu'ils pourraient rendre à l'océan. Encore une fois, la pêche est le premier facteur de la destruction de la vie marine. Si l'océan meurt, nous mourons tous, car c'est le premier régulateur du climat. Il faudrait arrêter de considérer l'océan comme un garde manger, comme un terrain qu'on peut investir sans aucune limite. C'est un environnement que la vie marine partage avec nous. Donc un peu plus d'humilité, de partage. C'est essentiel d'un point de vue éthique et écologique si nous voulons survivre. Comme l'écrit Romain Gary : "dans un monde où il n'y a plus de place que pour l'homme, il n'y a plus de place même pour l'homme". Si on pouvait sortir de ce confinement avec ça à l'esprit et le mettre en pratique, on aurait pas tout perdu." 

Changer notre rapport au vivant, ne pas considérer l'océan comme un garde-manger, faire de plus d'humilité et de partage (...) sortir du confinement avec ça à l'esprit et le mettre en pratique (...) pour ne pas disparaître.

Lamya Essemlali : "Ne pas considérer l'océan comme un espace qu'on peut investir sans limite"

Est-ce le même genre de message que vous adressez aux dirigeants politiques ? 

"Ils ont une responsabilité énorme et doivent prendre les mesures pour inverser les choses. Quand on entend le président Macron dire qu'il va changer lui le premier, on attend de voir. Tous les signaux qu'on a lancés, jusque-là, sont restés lettre morte. Aujourd'hui, nous sommes touchés directement par un effet ricochet de notre rapport à la nature. Est-ce que ce sera suffisant pour amorcer un changement politique ? Je pense que ce ne sera possible que s'il y a une réelle volonté populaire. Les politiques seuls n'auront jamais le courage individuel de prendre des mesures qui iraient à l'encontre de leurs électeurs, tout simplement." 

Un changement politique ? Pas sans volonté populaire.

Lamya Essemlali : "Le président Macron dit qu'il veut changer, on attend de voir"

Malgré cette crise, certaines personnalités influentes du monde économique affirment qu'il faudra rapidement tout faire pour revenir au modèle qui était le notre, avant la crise. Que vous inspirent les discours de ce type ? 

"C'est très effrayant. Et en même temps, je ne veux pas faire de pronostic. Ce que je sais, c'est qu'on est sans doute à un moment charnière, et que si après cette crise du Covid-19, on n'a pas encore compris qu'on fait fausse route, on ne comprendra jamais. Les mois qui viennent seront déterminants pour l'avenir de la civilisation humaine. L'enjeu n'est pas moindre. Je ne suis pas étonnée d'entendre le président du Medef tenir de tels discours : relancer la croissance, rattraper le retard. Tout ça est effrayant, mais pas surprenant. Ce qui permettra de changer la donne, c'est la volonté des gens, des citoyens. Dans quel sens voudront-ils aller ? Allons nous résister à ceux qui nous mènent droit dans le mur ou va-t-on continuer comme avant ? Il y a un mélange d'espoirs et de craintes. On n'avait jamais été touché à ce point par les effets de notre rapport à l'environnement. Est-ce que ce sera suffisant pour nous réveiller de notre dormance ? Je ne sais pas. En tous cas, le suspens est de taille et l'enjeu est énorme. On n'a jamais eu de challenge plus important que celui-ci à relever."

Les mois qui viennent seront déterminants pour l'avenir de la civilisation humaine.

Lamya Essemlali : "Si on n'a pas encore compris, on ne comprendra jamais"

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