Société

Les Landes se souviennent de la rafle de 29 enfants juifs en 1942

Par Jules Brelaz, France Bleu Gascogne mardi 6 septembre 2016 à 19:36

André Curculosse, le président de l'association Mémoire de la Résistance et du Génocide des Enfants Juifs dans les Landes, devant le mémorial au parc J. Rameau de Mont-de-Marsan.
André Curculosse, le président de l'association Mémoire de la Résistance et du Génocide des Enfants Juifs dans les Landes, devant le mémorial au parc J. Rameau de Mont-de-Marsan. © Radio France - Jules Brelaz

Une cérémonie d'hommage est organisée mercredi 7 septembre à Mont-de-Marsan en mémoire des 29 enfants juifs arrêtés par la police française dans les Landes en 1942 avant d'être déportés et assassinés à Auschwitz par les Nazis.

A l'été 1942, Isaac Judelson était âgé de 8 ans lorsqu'il a été arrêté à Dax dans les Landes par la police française qui agissait sur ordre du préfet de l'époque René Gazagne. Lors de la rafle, André Sztajner lui était encore un bébé de 6 mois. Esther Furmanski, une adolescente de 15 ans. Isaac, André, Esther et 26 autres enfants juifs ont ainsi été raflés dans les Landes, déportés vers Drancy puis vers le camp d'extermination d'Auschwitz.

"Que c'est bouleversant ! C'est un symbole de la Shoah et du massacre d'innocents. Ces enfants ont été assassinés parce qu'ils étaient juifs, mais ils étaient si jeunes qu'ils ne le savaient pas, qu'ils était juifs"

Cette page peu glorieuse de l'histoire serait restée dans l'ombre sans les travaux de recherche de Serge Klarsfeld et l'obstination d'une poignée de passionnés landais. En 2005, l'association Mémoire de la Résistance et du Génocide des Enfants Juifs dans les Landes décide de financer entièrement un monument en mémoire des enfants déportés. Un an plus tard, le 16 octobre 2006, le mémorial est érigé dans le parc Jean Rameau de Mont-de-Marsan et inauguré par le couple mythique de la Résistance, Lucie et Raymond Aubrac.

Dix ans après cette inauguration, une cérémonie d'hommage est organisée mercredi 7 septembre 2016 à 18H30 au pied du mémorial à l'appel de sept associations landaises (MRAP, Mouvement pour la Paix, Ligue des Droits de L'Homme, Amnesty International, Association familiale Laïque du Marsan, Mémoire de la Résistance et du Génocide des Enfants Juifs dans les Landes).

Le Chant des Marais, l'hymne des déportés et Nuit et Brouillard, la chanson de Jean Ferrat, résonneront à l'ombre du chêne pyramidal planté par Raymond Aubrac. La lauréate du concours de la Résistance lira les messages de deux enfants arrêtés dans les Landes par la police française en 1942. La lettre de Georges Gheldman, 11 ans, à sa tante à Paris : "J'ai tellement pleuré que je n'ai plus de larme et mon cœur est fondu." Et la lettre déchirante que Jeannette Griff, 9 ans, a jetée par la fenêtre du train qui l'emmenait de Drancy vers Auschwitz.

André Curculosse lit la lettre de Jeannette Griff.

Jeanette Griff arrêtée par la police française à l'âge de 9 ans dans les Landes avant d'être assassinée par les Nazis dans le camp d'Auschwitz.  - Radio France
Jeanette Griff arrêtée par la police française à l'âge de 9 ans dans les Landes avant d'être assassinée par les Nazis dans le camp d'Auschwitz. © Radio France - Jules Brelaz

 Cinq noms restent encore à graver sur le mémorial

En 2006, les noms de 24 enfants juifs sont gravés dans la pierre. Quelques années plus tard, les recherches permettent d'identifier cinq nouvelles victimes raflées à Mont-de-Marsan, Dax et Grenade-sur-l'Adour. Leur noms sont gravées mais les stèles attendent toujours d'être jointes au mémorial.

Selon l'association, l'autorité préfectorale de l'époque s'y était opposée, expliquant "que ce n'était pas opportun et que cela risquait de dégrader, de dénaturer le monument". "Pour nous c'est incompréhensible, au contraire de le dénaturer sur le plan esthétique, ça ne serait que mieux qu'on respecte la mémoire de ces enfants dont la vie a sombré dans le cauchemar dans les Landes", déclare André Curculosse.

"On a écrit à de maintes reprises, il faut que l'on retente le dialogue"

"C'est agaçant. Je ne vois pas pourquoi il y aurait une quelconque gêne à ajouter ces cinq noms" affirme Daniel Delorgne, membre de l'association Mémoire de la Résistance et du Génocide des Enfants Juifs dans les Landes et président du Mouvement pour la Paix.

Contactée, la préfecture des Landes n'a pas souhaité s'exprimer sur ce sujet. La préfecture indique simplement qu'aucun représentant de l'Etat ne participera aux commémorations ce mercredi 7 septembre. Un hommage officiel sera rendu en présence d'"un membre du corps préfectoral" le 27 janvier 2017.

Jacques Ulmo, 3 ans, massacré début 1942 à Bourriot-Bergonce (40) - Radio France
Jacques Ulmo, 3 ans, massacré début 1942 à Bourriot-Bergonce (40) © Radio France - Jules Brelaz