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Landes : un couple d'éleveurs de canards aux Restos du Coeur à cause de la grippe aviaire

Par Clément Guerre, France Bleu Gascogne et France Bleu dimanche 19 mars 2017 à 18:29

J'ai tout vendu, mes terres, ma moto, mon quad qui me servait à travailler. Si ça continue je vais me retrouver sous les ponts, sans maison et sans voiture" — Robert Lamarre.
J'ai tout vendu, mes terres, ma moto, mon quad qui me servait à travailler. Si ça continue je vais me retrouver sous les ponts, sans maison et sans voiture" — Robert Lamarre. © Radio France - Clément Guerre

Depuis l'été 2016, Bouchra et Robert Lamarre, éleveurs de canards à Vert (Landes) n'ont plus de quoi manger et doivent se fournir aux Restos du Cœur. A cause de la grippe aviaire, ils ont arrêté leur exploitation, ils sont sans salaire avec, en plus, un enfant à charge.

Robert et Bouchra Lamarre sont éleveurs à Vert près de Labrit dans les Landes. Depuis l'été 2016, ils n'ont plus assez de revenus pour vivre et pour manger. Ce couple doit donc se fournir aux Restos du Cœur à Mont-de-Marsan. Si Stéphane Le Foll, le ministre de l'Agriculture, doit annoncer ce lundi 20 mars, l'arrivée d'aides pour les éleveurs. Eux ne croient plus dans les personnes qui gouvernent et dans leurs solutions contre le virus de la grippe aviaire. "Qu'ils viennent voir où nous en sommes, ce que nous avons perdu" lance Bouchera.

"Nous n'aurions jamais imaginé devoir aller aux Restos du Cœur"

Quand on arrive chez eux, Robert nous montre son exploitation qui est très grande, plusieurs bâtiments et un grand terrain qui a connu jusqu'à 72 000 canards. Cette exploitation est désormais vide, plus aucun canard, "c'est le fruit de deux vies, mes parents y ont travaillé avant moi. De voir ma ferme comme ça, ça fait mal", explique Robert avec un soupir. Ils travaillaient sept jour sur sept, sans vacances. Quand il a fallu frapper à la porte des Restos du Cœur, ce couple est tombé de haut.

Les Restos du Cœur, je me disais que c'était pas ma place — Bouchra Lamarre, éleveuse de canards à Vert dans les Landes.

Entrant dans la cuisine de la petite maison, on s’aperçoit vite qu'il n'y a plus grand chose dans la cuisine. Bouchra nous emmène alors dans le cellier, il y a une seule étagère avec les quelques produits offerts par les Restos. Des petits pois en conserve, de la blanquette en conserve, de la soupe et du lait. Pour cette maman, le plus dur "c'est de ne plus pouvoir faire ses courses, désormais je prends ce que l'on me donne."

En plus, ajoute Bouchra, "je suis d'origine marocaine, j'aime faire des couscous et des bons petits plats" mais désormais, terminé la viande c'est beaucoup trop coûteux, soupir cette maman. Son mari, Robert reprend, "devoir pousser la porte des Restos du Cœur pour nous c'est dégradant mais on n'a pas le choix."

"Sans revenus on tombe dans la déprime"

Un thé entre les mains, le couple est assis devant la table de la cuisine, "pour tout vous dire, à cause la grippe aviaire je suis complètement déprimé," avoue Robert. Heureusement sa femme "est forte et va aux Restos demander de l'aide." Bouchera explique qu'elle a mis du temps à demander de la nourriture, "c'est pas notre place" et au départ elle avait l'impression de prendre la place de personnes encore plus pauvres.

Je me demande si un jour on retrouvera notre niveau de vie d'avant ? — Bouchra Lamarre, éleveuse de canards à Vert dans les Landes.

Devoir pousser la porte des Restos du Cœur, pour nous c'est dégradant mais on n'a pas le choix — Robert Lamarre, éleveur de canards touché par la grippe aviaire.

Concrètement, nous n'avons toujours pas reçu la dernière tranche d'aide de la première grippe aviaire, détaille Robert Lamarre. "Nous avons des crédits, des charges et aucun salaire. Il ajoute, pour manger j'ai tout vendu, mes terres, ma moto, mon quad qui me servait à travailler. Si ça continu je vais me retrouver sous les ponts, sans maison et sans voiture."

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