Société

Le bio, pas si bon ?

Par Mathieu Ferri, France Bleu Roussillon mercredi 19 février 2014 à 9:07

Fruits et légumes (illustration)
Fruits et légumes (illustration) © Fotolia.com

Une étude de l'INRA, l'institut national de la recherche agronomique, conteste les effets bénéfiques des produits bio, par rapport à ceux de l'agriculture dite conventionnelle. Une centaine de chercheurs conteste et demande le retrait du document, ce que l'INRA a refusé lundi.

A quelques jours de l'ouverture du Salon de l'Agriculture, une étude sur le bio sème la polémique au coeur de la communauté scientifique. Ce texte de 370 pages publié par l'INRA (l'Institut National de la Recherche Agronomique) en septembre dernier, analyse les "performances de l'agriculture biologique" . On y parle de la qualité nutritionnelle des aliments bio par rapport à l'agriculture conventionnelle, la teneur en vitamines, mais aussi la résistance aux bactéries. Le rapport s'intéresse aussi à la productivité, et à l'impact économique et social.

Et selon cette étude, le bio ne serait pas aussi bénéfique qu'on le pense. Difficile à avaler pour une centaine de chercheurs, dont certains travaillent à l'INRA et demandent le retrait de l'étude depuis décembre. L'INRA a annoncé lundi qu'elle refusait.

Les scientifiques dénoncent la méthode même de l'étude , qui serait bâtie sur des hypothèses erronées. La dangerosité des traitements chimiques est minimisée, tout comme les bénéfices pour la santé pour les agriculteurs qui n'utilisent pas de pesticides. A la lecture du rapport, même les performances environnementales de l'agriculture bio sont limitées . On parle bien de la pollution des sols, mais avec le cuivre et le soufre, utilisés en bio. Rien n'est dit en revanche sur les engrais chimiques, beaucoup plus décapants pour l'environnement.

La préservation de l'environnement peu prise en compte

Et puis il y a la deuxième partie du rapport : la compétitivité de l'agriculture biologique. Un terme de "compétitivité" qui chiffonne beaucoup d'agriculteurs et de scientifiques, car la compétitivité n'est vue que d'un angle économique. La durabilité et la préservation de l’environnement ne sont pas pris en compte.

Pour les scientifiques qui s'insurgent, l'INRA entretiendrait une forme de parti-pris contre l'agriculture bio, à cause d'une histoire au service du productivisme agricole. En plus du retrait du rapport, ils demandent aujourd'hui une "expertise scientifique collective" sur le bio, et non un rapport orienté. Et surtout un développement de la recherche sur le bio, trop limitée aujourd'hui.

L'invité de France Bleu Roussillon à 7h45