Société

Polémique autour du clip du groupe de musique strasbourgeois Polaroid3

Par Charlotte Jousserand, France Bleu Alsace et France Bleu Elsass lundi 20 février 2017 à 22:24

Ces visuels ont créé la polémique sur les réseaux sociaux
Ces visuels ont créé la polémique sur les réseaux sociaux - Philippe Savoir

Les Strasbourgeois du groupe Polaroid3 subissent des critiques après la sortie de leur nouvel album. Sur la pochette, deux hommes blanc ont le visage peint en noir. Le CRAN dénonce un clip raciste. Un concert parisien a été annulé.

Ce premier album "Rivers", ce devait être l'aboutissement d'un travail musical de plusieurs années pour les trois musiciens strasbourgeois de Polaroid3. Mais depuis sa sortie, on ne parle pas des nouvelles chansons, de la musique mais des images et du clip phare de cet opus. Ils ont créé la polémique et les réactions qu'ils ont suscitées ont entraîné l'annulation du concert parisien des Strasbourgeois le 18 février dernier.

Sur les images du clip "Rivers", une femme habillée en blanc et deux hommes au visage peint en noir marchent dans une forêt et autour d'un lac gelé. A certains moment de la chanson, les deux hommes portent un masque d'ours et la femme un masque de chat.

Le CRAN saisi par des internautes

Ces images ont choqué certaines personnes. Elles ont interpellé le CRAN, le Conseil représentatif des associations noires de France. Le groupe Polaroid3 a publié un post sur sa page Facebook dans lequel il a présenté "ses excuses les plus sincères" "à tous ceux et toutes celles qui se sont sentis blessés" par certaines images du clip. Les images sur leur page Facebook ont été retirées mais le groupe ne compte pas enlever le clip.

Pour le président du CRAN, Louis-Georges Tin, le clip véhicule des représentations racistes. "Il y a deux problèmes de racisme dans cette histoire" selon le président du CRAN qui voit dans le clip, une femme entouré de "deux valets, deux hommes animaux. Ils retirent leur masque, et derrière le masque, on voit des hommes noirs, des blancs grimés en noir. Et cela donne cette impression que les noirs sont des animaux et que les animaux sont des noirs. Et il y a finalement deux stéréotypes classiques : le noir est une bête sauvage et la question du blackface".

Louis-Georges Tin, président du CRAN : "Cela donne l'impression que les noirs sont des animaux"

Le groupe stupéfait de cette lecture de leur clip

Une lecture contestée par le groupe Polaroid3. Pour Christine Clément, la chanteuse du groupe strasbourgeois, il n'est pas question de blackface, cette pratique raciste, condamnée par l'ONU, qui consiste à se peindre le visage en noir et à se moquer des personnes noires. "Le blackface c'est quelque chose de bien précis" explique la chanteuse, "il y a une intention". Ici dans le clip rien de tout ça selon elle. "Si on enlève le contexte, c'est complètement ridicule. C'est un paysage blanc, le blanc le noir les contrastes. Cela n'a rien à voir avec la couleur de peau".

Christine Clément, chanteuse de Polaroid3 : "Cela n'a rien à voir avec la couleur de peau"

La jeune femme raconte que dans le précédent clip, elle était peinte en bleu et que le réalisateur du clip aime travailler les couleurs et que peut-être dans le prochain clip elle sera "en jaune ou avec des pois". Christine Clément estime qu'elle est en mesure "d'expliquer la démarche". Si "des gens nous disent que cela les choque, on est désolé évidemment, ce n'est pas cela que l'on veut. Cela ne nous a pas traversé l'esprit que cela aurait pu être pris comme ça".

Le groupe a reçu des menaces sur les réseaux sociaux. "On est un peu dépassé", raconte Christine Clément, "Cela nous a vraiment retourné que l'on puisse penser cela de nous".

Le réalisateur du clip inquiet pour la liberté d'expression

Pour le photographe et également réalisateur du clip, Philippe Savoir, c'est la stupéfaction. Philippe Savoir se dit "affligé" par la réaction du CRAN. Il explique que ce qu'il a mis "dans le clip et dans l'univers visuel global" n'est pas du tout raciste, "c'est une rêverie, un conte, un paysage onirique, sans symbolique particulière ou message subliminal".

Philippe Savoir, réalisateur du clip : "Je suis affligé par cette réaction"

Selon lui, dans le clip, "les gens ont le visage noirci, mais noirci ne signifie pas faire une parodie d'un africain ou d'un afro-américain et il n'y a aucune référence à ça dans le clip et à aucun endroit". Philippe Savoir est inquiet pour la liberté d'expression car selon lui le CRAN "impose une lecture partiale" du clip.

Dans le Bas-Rhin, la Licra, la ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme, a vu le clip. Elle ne soutient pas du tout la position du CRAN qu'elle estime "exagérée". Selon sa présidente Fabielle Angel, "il' n'y a rien de raciste dans ce clip".

Le concert de Polaroid3, prévu à Strasbourg, ce mercredi 22 février au Camionneur est maintenu.