Société

Le CRAN réclame des "réparations" aux descendants des familles négrières de Bordeaux

Par Yves Maugue, France Bleu Gironde lundi 23 mars 2015 à 19:05

Un espace consacré au passé négrier de Bordeaux a ouvert en 2009 au Musée d'Aquitaine
Un espace consacré au passé négrier de Bordeaux a ouvert en 2009 au Musée d'Aquitaine © Maxppp

Le Conseil représentatif des associations noires demande ce lundi la mise en place à Bordeaux d'une "commission de réconciliation". Il s'agirait d'évoquer des "réparations" avec les descendants des grandes familles bordelaises qui ont participé à l'esclavagisme. L'association Mémoires et Partages ne comprend pas.

Le CRAN (Conseil représentatif des associations noires) avait annoncé le 10 mai dernier, à l'occasion des commémorations de l'abolition de l'esclavage qu'il avait approché quelques grandes familles de Bordeaux au passé négrier. Il s'agissait de les "associer à un réflexions sur les réparations". Aujourd'hui, dans un courrier adressé au maire de Bordeaux Alain Juppé, le CRAN va plus loin et réclame la mise en place, sous l'égide de la mairie d'une "commission de réconciliation" pour créer le dialogue entre les descendants des familles négrières et les victimes de l'esclavagisme.

Ces familles bordelaises "n'en sont pas responsables mais elles sont bénéficiaires et elles devraient participer à l'effort de réparation" affirme le CRAN dans son courrier. Face au refus du dialogue par les familles approchées, "le CRAN songeait à les attaquer en justice mais propose une nouvelle formule qui permettrait d'apporter une résolution pacifique en ouvrant un espace de dialogue autre que celui des prétoires".

La surprise de l'association Mémoires et Partages

Si le CRAN vient d'ouvrir récemment une antenne bordelaise, la question de l'esclavagisme et de sa mémoire est portée depuis des années sur les bords de la Garonne par Karfa Diallo et l'association Mémoires et Partages. De nombreuses actions ont été mises en place, de l'ouverture d'un espace commémoratif au sein du Musée d'Aquitaine jusqu'à la pose d'une plaque sur les quais rénovés de Bordeaux.

L'association a également tenté de faire débaptiser les rues de la ville qui portent les noms de négriers notoires. La démarche étant assez compliquée, elle réclame qu'une plaque soit apposée pour expliquer l'action de ces personnages. Et Karfa Diallo, qui ne souhaite pas ouvrir une polémique, explique que c'est ce type de réparation qu'il faut développer. 

"Il ne s'agit pas de viser des familles d'aujourd'hui qui ne peuvent endosser la culpabilité de ce que leurs ancêtres ont fait il y a 150 à 200 ans. Aujourd'hui nous n'avons pas besoin de ça." — Karfa Diallo, de l'association Mémoires et Partages

Karfa Diallo : "Demander des réparations à des familles, c'est absurde."

Deuxième port négrier après Nantes, Bordeaux fut le point de départ de quelques 500 expéditions qui déportèrent vers l'Afrique près de 150.000 hommes, femmes et enfants.