Société

Contre le harcèlement, "on ne peut pas mettre un policier à tous les coins de rue, c'est une affaire d'éducation"

Par Fabienne Joigneault, France Bleu Limousin mercredi 18 octobre 2017 à 9:17

"C'est très utile que la parole se libère pour que les personnes se repèrent en tant que victimes", estime Patricia Autef
"C'est très utile que la parole se libère pour que les personnes se repèrent en tant que victimes", estime Patricia Autef © Radio France - Nathalie Col

Faut-il une loi pour punir le harcèlement de rue ? Que dire du déferlement de messages sur le sujet après l'affaire Weinstein ? L'invitée de France Bleu Limousin ce mercredi est juriste au centre d’information sur les droits des femmes et des familles, à Limoges, et nous livre son regard.

Le scandale Weinstein aux Etats-Unis a libéré la parole des femmes victimes de harcèlements ou d'agression sexuelle, via notamment le mot-clef #denoncetonporc sur twitter. Et le gouvernement français prépare un projet de loi pour contrer les violences sexistes et sexuelles. Dans les structures qui viennent en aide aux victimes, on se félicite de voir tomber un tabou. Patricia Autef est juriste au centre d'information sur les droits des femmes et des familles à Limoges. Elle répond à Nathalie COL.

La ministre de la Justice se dit extrêmement impressionnée par cette parole qui se libère. Vous aussi ?

Oui, et moi je pense que c'est très utile que la parole se libère, pour que les personnes puissent enfin faire valoir leurs droits et se repérer en tant que victimes.

Est-ce que ça ne va pas trop loin ? On est passé du silence total à la parole totalement décomplexée... Faut-il en passer par là ?

Pour les victimes, pour celles qui se sont tues ou n'ont pas osé en parler pendant très longtemps, c'est quand même libérateur. Il faut faire attention de ne pas aboutir à des dérives, mais dans l'absolu, je pense que c'est une bonne chose.

Patricia Autef, juriste, invitée de 8h15 sur France Bleu Limousin avec Nathalie Col

Cela peut aussi pousser certaines, qui n'osent pas, à dire ce qu'elles ont vécu ?

Oui, ça peut inciter des femmes à mettre des mots sur les situations qu'elles vivent et surtout à se dire qu'il y a des lois et des sanctions.

L'enjeu, justement, au-delà de l'électrochoc, c'est d'inciter ces femmes à pousser la porte d'un commissariat, et ça c'est compliqué, vous le constatez dans votre pratique au quotidien ?

Oui, d'autant que nous, nous recevons souvent des victimes de violences au sein du couple. D'où la difficulté, puisque l'auteur est connu... C'est un choix de leur part et nous tenons à leur expliquer que même si elles ne portent pas plainte sur l'instant, elles peuvent le faire plus tard.

Une tolérance différente selon l'éducation

Il y aussi le harcèlement de rue, mais on ne vient peut-être pas vous en parler...

Tout à fait, mais ça participe de l'éducation et de l'opinion publique. En fait on admet ça dans notre vie quotidienne et on ne repère pas que ça n'est pas tolérable. Les jeunes femmes qui ont subi ce type de violence depuis le plus jeune âge peuvent avoir une plus grande tolérance que celles qui ont été éduquées dans l'égalité homme-femme.

A Limoges, il y a une enquête en cours justement depuis plus d'un an sur la perception des femmes concernant ces discriminations dans l'espace public. Il y a eu visiblement beaucoup de réponses et des témoignages concrets de harcèlement dans la rue. Est-ce qu'il faut faire une loi comme le propose le gouvernement ?

Je pense que cette enquête n'a pas été faite pour rien. Les personnes qui ont répondu attendent quelque-chose des pouvoirs publics. Donc ce serait utile. Et c'est une réalité aussi dans des communes rurales.

Parmi les pistes envisagées, il y a l'idée de mettre des contraventions pour outrage sexiste. C'est suffisant ?

Dans un premier temps, c'est toujours mieux que de ne rien faire. Après, est-ce que ce sera une sanction suffisamment comprise, c'est autre chose. Et puis on ne peut pas mettre un policier à tous les coins de rue. Donc je ne suis pas certaine que ce soit la solution la plus efficace. C'est l'évolution des mentalités qui compte. Et la formation de tous les intervenants de la vie publique.