Société

Le maire de Bobigny demande à une association féministe de quitter ses locaux

Par Rémi Brancato, France Bleu Paris Région et France Bleu jeudi 25 août 2016 à 7:09

Fabienne Tessier Kergosien (au centre), présidente de Femmes Solidaires 93, devant les locaux de son association à Bobigny
Fabienne Tessier Kergosien (au centre), présidente de Femmes Solidaires 93, devant les locaux de son association à Bobigny © Radio France - Rémi Brancato

Au 15 septembre, l'association Femmes solidaires 93 devra avoir quitté les locaux de 100 m² qu'elle loue depuis 15 ans à la ville de Bobigny. Ses membres dénoncent une mesure "arbitraire". La municipalité estime "anormal" de louer ce grand local à une association qui ouvre très peu au public.

"Pour l'instant, je n'ai aucune explication sur le pourquoi on nous demande de partir". Fabienne Tessier Kergosien a reçu un simple courrier du maire de Bobigny, Stéphane De Paoli (UDI) fin mai informant l'association qu'il donne "congé des locaux à compter du 15 septembre 2016 et (...) prie donc [l'association] de prendre toutes les dispositions nécessaires quand à la libération des lieux".

Femmes solidiaires 93 loue "pour 600 euros environ" à la ville ce local commercial en rez-de-chaussée, au 12 avenue Edouard Vaillant, depuis 15 ans. C'est ici que la salariée reçoit des femmes, en difficulté sociale, et notamment victimes de violences, pour les orienter ensuite vers d'autres structures et les accompagner dans leurs démarches.

Fabienne Tessier Kergosien, présidente de Femmes solidiaires 93 : "le maire a pris la décision de nous mettre dehors"

L'association dénonce "une mesure arbitraire"

L'association ne nie pas le droit du maire à mettre fin à cette convention de location mais elle dénonce "la démarche un peu cavalière" selon sa présidente. "J'ai l'impression que parce que ce sont des femmes, on y va 'vite fait', pendant l'été, on vous demande de partir" ajoute-t-elle. Fabienne Tessier Kergosien assure avoir demandé un rendez-vous avec le maire, mais que la demande est restée lettre morte. "Je vais continuer à demander une solution de remplacement" dit-elle.

Alors fin juillet, l'association a rédigé une lettre ouverte au maire de Bobigny pour dénoncer une "mesure arbitraire" et "sans proposer une solution alternative, ni d'explication". Plusieurs élus du département lui ont apporté leur soutien, notamment la maire d'Aubervilliers (PCF), Mériem Derkaoui. Stéphane Peu, adjoint (PCF) au maire de Saint-Denis et président du bailleur Plaine Commune Habitat, a proposé d'accueillir l'association dans un local du parc social.

L'association dénonce la méthode employée par le maire. Rémi Brancato

Un local jugé trop grand pour trop peu d'ouvertures au public

Mais de son côté, la municipalité assure n'avoir jamais reçu de demande de rendez-vous. Les services associatifs ont tenté de rencontrer les membres de l'association, en se rendant sur place, mais à chauqe visite, ils ont trouvé porte close, indique-t-on au cabinet du maire. Ce qui a motivé cette demande de départ, c'est la taille du local, jugé trop grand pour seulement deux demi-journée d'accueil du public par semaine. "On trouvait anormal qu'une association qui n'ouvre que deux demi-journées par semaine occupe un aussi grand local, on trouvait que c'était injuste et inéquitable pour les autres associations" indique Abdeslam Berrouane, directeur de cabinet du maire, qui dit recevoir plus de 50 demandes de locaux associatifs chaque année.

Abdeslam Berrouane, directeur de cabinet du maire : "on a plus de cinquante nouvelles demandes pour des locaux associatifs"

Aussi, la mairie se dit prête à "reprendre à zéro" la discussion avec l'association, sans toutefois revenir sur sa décision, pour trouver une solution alternative. Abdeslam Berrouane évoque une "mise à disposition de salles municipales gratuitement ou à la rigueur un autre local, surement partagé avec d'autres associations, mais un local plus petit".

Partager sur :