Société

Le Mans : il perd sa carte d’identité et découvre qu’il est sans nationalité

Par Bertrand Hochet, France Bleu Maine et France Bleu vendredi 21 avril 2017 à 19:11

Le Manceau de 59 ans dispose d'une carte de séjour et... d'une carte Vitale
Le Manceau de 59 ans dispose d'une carte de séjour et... d'une carte Vitale © Radio France - Bertrand Hochet

TÉMOIGNAGE - Depuis qu'il a égaré ses papiers, Ismaël Ibrahim ne peut pas prouver qu'il est Français. Cet homme, né sur la côte française de la Somalie avant la décolonisation, réside pourtant en France depuis l’âge de 17 ans, où il a étudié puis travaillé. Aujourd’hui, le Manceau se dit à bout.

Un cauchemar. Depuis cinq ans, Ismaël Ibrahim n’a plus de nationalité. Ou plutôt l’administration lui a fait savoir qu’officiellement, il n’en n’avait plus. Car jusqu’au mois d’août 2012, cet homme de 59 ans possédait une carte d’identité française. Document qu’il a perdu. Et c’est au moment de le faire refaire que la situation s’est considérablement compliquée. Les services de l’Etat lui ont indiqué qu’il n’était reconnu ni par la France ni par la Somalie. Le Manceau, né sur la côte française de la Somalie en 1958, avant la décolonisation, a en effet rejoint la région parisienne pour ses études, à l’âge de 17 ans et depuis travaille en France.

"Je me bats jour et nuit, parfois dans le vide!"

« Mentalement, c’est très difficile à supporter », témoigne Ismaël Ibrahim. « Il faut toujours demander de l’aide à quelqu’un, à une association. C’est fatigant ». Aujourd’hui malade, il se dit à bout. « Jour et nuit je suis obligé de me battre. Et parfois, je me bats dans le vide. Je n’ai pas de revenu, je n’ai rien, ce n’est pas humain. Je me demande comment je vais y arriver ». Cet inconfort de vie est tout particulièrement gênant à l’hôpital où le Manceau est suivi pour plusieurs maladies chroniques comme le diabète. Ismaël Ibrahim a bien une carte vitale mais un titre de séjour provisoire. Et à chaque fois, il doit raconter son histoire. « Je dispose de deux nationalités différentes », résume Ibrahim Ismaël. « Il y en a donc une qui est fausse. J’ai du mal à me soigner car à l’hôpital, il faut une carte vitale et une carte d’identité. Le secrétariat peine à s’y retrouver ».

"Seul à transporter mon dossier de bureau en bureau"

Le problème c'est qu'Ismaël Ibrahim n'a pas fait sa demande de nationalité française à temps, après la décolonisation, lorsqu'il était étudiant en région parisienne. Et aujourd'hui, il se heurte à un mur. « J’ai demandé à beaucoup d’avocats d’intervenir mais ils ont vu le dossier et ils m’ont dit qu’il était complexe et que ce serait long. Tous se retirent », raconte le Manceau qui ajoute : « je me retrouve tout seul à transporter mon dossier de bureau en bureau ». Ismaël Ibrahim dit aussi son écœurement lorsqu'on lui demande de passer un examen pour s'assurer qu'il parle bien français. «J'ai travaillé comme chef de chantier!», s'emporte-t-il. « J'ai lu mes bulletins de salaire, mes impôts. J'ai lu des journaux. J'ai écouté, j'ai parlé! Cela fait 41 ans que je vis en France! Malheureusement, ça ne compte pas. Pourquoi? Je n'ai pas d'explication »

Grâce à l’aide de la députée de sa circonscription, Ismaël Ibrahim a finalement réussi à récupérer récemment l'acte de naissance de ses parents. Mais son dossier est au point mort. L’homme au visage fatigué dit qu'il n'en peut plus d'être considéré comme un étranger alors qu'il a travaillé et cotisé en France pendant 37 ans. Ismaël Ibrahim vient de trouver un logement dans la maison intergénérationnelle de l'association Habitat et Humanisme au Mans.