Le ministère de l'Intérieur veut mettre "les bouchées doubles" pour lutter contre les suicides de policiers
Christophe Castaner a estimé vendredi que les suicides dans la police n'étaient pas une "fatalité". Le ministre de l'Intérieur a annoncé la création d'une "cellule alerte prévention suicide", alors que les syndicats déplorent la persistance de ce "tabou".

Le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner a affirmé, ce vendredi, vouloir accélérer la mise en oeuvre du plan lancé en 2018 par son prédécesseur pour lutter contre les suicides dans la police. Il a annoncé la création d'une "cellule alerte prévention suicide" pour la police nationale, pilotée par Noémie Angel, membre de l'Inspection générale de l'administration (IGA). Cette cellule aura pour mission de porter le plan d'actions et sera également chargée de faire des propositions au ministre.
Un numéro de téléphone dédié, disponible 24h/24, permettra notamment de signaler les risques et de mettre les personnes en souffrance en relation avec des psychologues. Selon le ministre, le suivi psychologique, médical et social "dans la durée" doit être amélioré, par exemple en ce qui concerne les agents revenant de maladie ou d'arrêt de travail.
Remettre de l'humain" - Frédéric Galéa, syndicaliste Alliance
Même son de cloche du côté des syndicats. Il faut "agir en amont, sur les conditions de travail, sur l'organisation du travail, sur le management et réussir à réconcilier vie privée avec vie professionnelle", a affirmé Frédéric Galéa sur franceinfo. Le délégué national chargé des conditions de travail au syndicat Alliance a salué la création de ce nouveau dispositif d'alerte. "Tout ce qui peut permettre de détecter le plus en amont possible ce mal-être, est une bonne chose", a-t-il estimé.

"On prend acte des paroles fortes de monsieur le ministre", a ajouté le syndicaliste, "[...] mais ce qu'on attend aujourd’hui, c'est de remettre de l'humain qui nous manque clairement". "Une hiérarchie défaillante ou un management trop défaillant, trop directif, peut mettre complètement en situation de souffrance toute une unité de police", a-t-il déploré. Conséquence : "beaucoup de policiers" ressentent une perte de sens de leur métier.
Un contexte de plus en plus stressant
Des problématiques de management qui s'ajoutent à la difficulté croissante de la profession. "Quand on n'est pas impacté par le terrorisme, on est impacté par le maintien de l'ordre, ou par une délinquance de plus en plus violente et puis aussi depuis Magnanville et certains actes terroristes, le policier est une cible", souligne Frédéric Galéa, "et l'inquiétude supplémentaire, qui rajoute du stress, c'est qu'il comprend que sa famille peut aussi devenir une cible".
Vingt-quatre policiers et deux gendarmes se sont donné la mort depuis janvier. En 2018, 35 policiers et 33 gendarmes se sont suicidés, selon les chiffres du ministère de l'Intérieur, après une année 2017 déjà marquée par une recrudescence des suicides au sein des forces de l'ordre.