Société

En Alsace, le "mur des noms", pas encore construit, déjà au coeur d'une polémique

Par Charlotte Jousserand et Olivier Vogel, France Bleu Alsace et France Bleu Elsass vendredi 3 mars 2017 à 10:27

Visualisation du Mur des noms à Schirmeck
Visualisation du Mur des noms à Schirmeck - Cabinet d'architecture Fluor

Le "mur des noms" suscite la polémique en Alsace. Il va regrouper les 52.000 noms des victimes civils et militaires de la Seconde Guerre mondiale. Pour l'observatoire de la vie politique en Alsace, les malgré-nous enrôlés chez les SS et les autres victimes ne devraient pas être associés.

Le "mur des noms" au cœur d'une polémique. Ce monument doit rendre hommage au 52.000 victimes d'Alsace et de Moselle pendant la Seconde Guerre mondiale. Parmi ces victimes, des juifs, des tziganes, des Malgré-nous. Les malgré-nous représentent, à eux seuls, 30.000 morts en Alsace. 2.000 d'entre eux ont été incorporés de force dans les SS.

Et ce sont ces 2.000 noms qui posent problème à l'OVIPAL, l'observatoire de la vie politique en Alsace car même enrôlés de force ils ont été SS et ils ne peuvent pas figurer sur ce monument au même titre que les autres victimes. Pour le sociologue et responsable de l'OVIPAL, Philippe Breton, on peut difficilement faire figurer le nom de ces malgré-nous tombés au front à côté de celui de juifs, de tziganes ou de résistants assassinés. Le responsable de l'OVIPAL considère que l''on mélange des histoires différentes, on mélange des victimes différentes, on prend le risque d'avoir des victimes et des bourreaux sur le même mur". Philippe Breton estime que "c'est une question extrêmement sensible, qui mérite le débat et une explication".

Toutes des victimes reconnues comme mortes pour la France

Mais le "mur des noms" a été validé à l'unanimité par une commission scientifique et éthique composée de chercheurs, d'associations de Malgré-nous et de représentants de la communauté juive. Le président de la région Grand Est, Philippe Richert, estime qu'il n'y a pas de polémique : "Toutes ces personnes qui sont sur ces listes sont reconnues comme des personnes mortes pour la France". Selon le président de la région Grand Est : "Si vous avez été incorporé de force, et reconnu comme tel, il apparaissait difficile de les mettre à part".

A titre personnel, Philippe Richert aurait aimé établir des catégories sur le mur au lieu de ranger les noms par ordre alphabétique mais "l'ensemble des personnes présentes (dans la commission) ont pensé qu'il n'était pas souhaitable de le faire".

Le mur des noms doit être construit à la fin de l'année en contrebas du mémorial de Schirmeck. Une base informatique à proximité du monument donnera accès à toutes les fiches correspondant aux 52.000 noms.