Société

Le phénomène des ruches urbaines : on fait le point à Rouen et dans son agglomération

Par Kathleen Comte, France Bleu Normandie (Seine-Maritime - Eure) mardi 20 juin 2017 à 11:55

L'association Interm'aide Emploi produit son propre miel "Happy culture' dans les Hauts de Rouen.
L'association Interm'aide Emploi produit son propre miel "Happy culture' dans les Hauts de Rouen. © Radio France - Kathleen Comte

Suite à l'agression vendredi 2 juin à Rouen de quatre ruches urbaines attaquées à la bombe insecticides, France Bleu s'intéresse au phénomène des ruches urbaines : nombre, localisation, intérêt... On fait le point à Rouen et dans son agglomération et on vous dit tout.

Vendredi 2 juin, quatre ruches urbaines installées par le bailleur social Habitat 76 sont attaquées à la bombe insecticide à Rouen. Près de 200 000 abeilles sont mortes (90% des colonies). L'apiculteur responsable des ruches a porté plainte. L'occasion de faire un bilan des ruches urbaines installées à Rouen et dans son agglomération.

Les ruches urbaines ce n'est pas nouveau, dès 2013, la Ville de Rouen franchit le pas dans le cadre de l'agenda 21 : un plan d'actions écologiques. Elle se dote de cinq ruches au Jardin des plantes, quatre à la Maison des Jeunes et de la Culture. Un an plus tard c'est l'hôtel de Ville qui accueille ses premières abeilles. Mais celle qui en possède le plus c'est Interm'aide Emploi : une association d'aide à l'emploi installée sur les Hauts de Rouen. Arnaud Dalle en est le directeur : "Notre première ruche urbaine c'était pendant la saison 2014-2015. Aujourd'hui on en a 70 sur l'agglomération et en fin de saison 2017 on pense atteindre les 100 ruches."

Arnaud Dalle, directeur de l'association Interm'aide Emploi nous montre les essaims à partir desquels il fabrique le miel vendu ensuite dans le commerce. - Radio France
Arnaud Dalle, directeur de l'association Interm'aide Emploi nous montre les essaims à partir desquels il fabrique le miel vendu ensuite dans le commerce. © Radio France - Kathleen Comte

100 ruches réparties sur l'ensemble de la métropole et qui créent des emplois. Arnaud Dalle : "Aujourd'hui pour gérer nos ruches on a deux jeunes en emploi d'avenir et un apiculteur professionnel qui intervient de temps en temps." Car, certes, il faut récolter le miel produit, mais les abeilles en ville ne servent pas qu'à ça : elles ont aussi un rôle éducatif comme l'explique Arnaud Dalle : "Elles servent à sensibiliser à l'apiculture, à expliquer aux écoles, collèges, lycées ou pour des salariés d'entreprises."

"Les abeilles des ruches urbaines se portent mieux que celles en campagne, souvent touchées par les pesticides"

Un rôle éducatif que jouent également les apiculteurs amateurs passionnés recrutés par la Ville. Au Jardin des Plantes, six fois par an, les enfants des écoles alentours enfilent leur combinaison et rejoignent Matthieu Guillet pour observer les abeilles. A la Maison des Jeunes et de la Culture, c'est Stéphane Michel qui apprend aux enfants : "Ils ont souvent des questions très rigolotes et pour moi c'est toujours un plaisir de leur expliquer la vie passionnante des abeilles."

Stéphane Michel, apiculteur amateur passionné, s'occupe des quatre ruches de la MJC de Rouen et transmet sa passion aux enfants. - Radio France
Stéphane Michel, apiculteur amateur passionné, s'occupe des quatre ruches de la MJC de Rouen et transmet sa passion aux enfants. © Radio France - Kathleen Comte
Les quatre ruches de la MJC sont installées dans une cour intérieure arborée où les abeilles peuvent butiner et fabriquer du miel. 10% de la production est reversée à la Ville. - Radio France
Les quatre ruches de la MJC sont installées dans une cour intérieure arborée où les abeilles peuvent butiner et fabriquer du miel. 10% de la production est reversée à la Ville. © Radio France - Kathleen Comte

Quatre ruches se partagent le patio fermé et vitré, des ruches en pleine production de miel. Précisions de Stéphane Michel : "On constate que les ruches urbaines se portent beaucoup mieux que les ruches de campagnes parce qu'elles ne sont pas affectées par tous les pesticides qui perturbent les essaims. J'ai donc des rendements qui étonnent beaucoup : l'année dernière avec deux ruches j'ai produit 60 kilos, l'année d'avant 70 kilos et il y a deux ans c'était mon année record avec 100 kilos."

Les ruches urbaines : une idée qui ne séduit pas tout le monde

Pour Stéphane Michel - qui reverse 10% de sa production de miel à la Ville - les ruches urbaines sont une bonne chose : "Je pense que c'est une chose qu'il faut poursuivre, justement pour familiariser la population aux ruches et aux abeilles qui sont indispensables."

Mais tous ne sont pas de cet avis. Pour Suzanne Mayeur, formatrice en apiculture au CIVAM de Duclair en Seine-Maritime, c'est une fausse bonne idée : "C'est devenu une mode, énormément de gens veulent installer des ruches en ville, sur les toits en particulier. Notre association est très réticente en ce qui concerne les toits parce que ce sont des locaux difficiles d'accès, d'autant plus qu'il n'y a pas de visibilité du public et donc l'action pédagogique est limitée sur un toit. Il y a aussi le problème de l'excès de ruches en ville car peu à peu les ressources alimentaires pour les abeilles diminuent et la concurrence avec les abeilles sauvages devient trop forte."

Un problème pour lequel Arnaud Dalle propose une solution : "Il faut faire un bilan de l'apiculture urbaine pour essayer de voir où on en est. Le nombre de ruches aujourd'hui sur la métropole on ne le connaît pas. Est-ce qu'il y en a trop ou pas assez ? Aujourd'hui personne ne s'est posé la question."

Et pour poser la question et obtenir des réponses, Arnaud Dalle aimerait organiser un rendez-vous avec la Ville au début de l'année 2018. Quant à l'acte de vandalisme à la bombe insecticide, trois reines sur quatre ont pu être sauvées par l'apiculteur en charge du projet. Il espère pouvoir réinstaller ses ruches au même endroit mais avec une sécurité accrue.

  • Pour réécouter le dossier complet c'est ici :

France Bleu vous en parle et fait l'état des lieux des ruches en ville à Rouen et dans son agglomération.