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Le traité de libre-échange avec le Canada menace-t-il la Fourme de Montbrison ?

Par Justine Dincher, France Bleu Saint-Étienne Loire samedi 15 octobre 2016 à 18:42

L'AOC "Fourme de Montbrison" représente plus de 500 tonnes par an.
L'AOC "Fourme de Montbrison" représente plus de 500 tonnes par an. © Maxppp - Philippe Vacher

Les opposants au CETA se sont mobilisés samedi un peu partout en France, et notamment à Saint-Étienne. Ils veulent défendre, entre autres, les fromages. La Fourme de Montbrison pourrait être copié au Canada. Le syndicat de la Fourme de Montbrison n'est pas inquiet.

Les Canadiens vont-ils pouvoir produire de la Fourme de Montbrison ? C'est ce que craint l'eurodéputé français, José Bové, dans une tribune publiée dans le journal Libération au mois de septembre. José Bové parle de fromages "sacrifiés" dans le cadre des négociations du traité de libre échange entre l'Union Européenne et le Canada, le CETA. D'après lui, 32 fromages AOP ne figurent pas dans la liste des produits protégés dans cet accord. Conséquence : les Canadiens pourraient produire de la Fourme de Montbrison ou de la Rigotte de Condrieu, par exemple.

De la Fourme de Montbrison, made in Canada ?

Les opposants au CETA, sur le point d'être signé, et celui en négociation avec les États-Unis, le TAFTA, se sont mobilisés dans près de 35 villes en France. A Saint Etienne, les militants se sont rassemblés place Jules Ferry et place du peuple samedi matin. Environ 300 personnes étaient présentes, d'après les organisateurs. Ils n'ont pas manifesté spécifiquement pour défendre la Fourme de Montbrison, mais pour dénoncer plus globalement le CETA.

Il n'empêche que l'un des organisateurs de cette manifestation, Michel Coudroy, président de l'association ATTAC Loire-Sud, partage le point de vue de José Bové : "José Bové a dit qu'on allait pouvoir fabriquer de la Fourme de Montbrison au Canada et l'exporter en France parce qu'elle sera plus compétitive que dans nos conditions de petites exploitations françaises. Il y a du vrai. Pour nous, la Fourme de Montbrison est un produit local et sain, et on peut certainement la faire avec une ferme de mille vaches au Canada !"

Deux poids, deux mesures

Le militant salue malgré tout une avancée, concernant les fromages, dans ce traité. Le CETA prévoit de protéger 28 fromages en AOP, notamment des produits qui s'exportent hors de l'UE. Le Reblochon, le Comté, le Bleu d'Auvergne ou encore la Fourme d'Ambert, seraient par exemple concernés. "Aujourd'hui, il n'y a aucune de ces Appellations d'Origine Protégée qui soit interdite d'imitation au Canada. Il y a donc une toute petite avancée : quelques appellations vont être reconnues comme des marques. Sauf que pour que ce soit une bonne nouvelle complète, il faudrait que toutes les AOP soient protégées", explique Michel Coudroy qui dénonce un "deux poids, deux mesures".

Pas de risques pour l'instant, d'après le syndicat

Paul Duchamp, le président du syndicat de la Fourme de Montbrison, n'est pas inquiet pour son fromage : "la Fourme de Montbrison n'est pas copiée au Canada pour l'instant, c'est pour ça qu'elle n'a pas été protégée". En cas de dérive, le syndicat demandera à protéger le fromage. Concernant ce CETA, Paul Duchamp se réjouisse qu'il y ait des produits protégés : "j'espère que les discussions vont se poursuivre dans le bon sens, et que d'autres produits seront protégés".

542 tonnes de Fourme de Montbrison ont été produites en 2015. Pour l'instant, ce produit ne s'exporte pas hors de l'Union Européenne. Il bénéficie d'une AOP, propre (il était, avant, couplé avec celle de la Fourme d'Ambert), depuis le 22 février 2002.

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