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Les 9.000 vies des déportés de Mittelbau-Dora racontées dans un dictionnaire monumental

- Mis à jour le -
Par , France Bleu Champagne-Ardenne, France Bleu

Après plus de 20 ans de recherches, le "Livre des déportés de Mittelbau-Dora" vient de paraître. Il raconte, en 2.600 pages, la vie de chacun des 9.000 déportés partis de France pour travailler à l'élaboration des fusées V2 de l'Allemagne nazie. Parmi eux, 150 venaient de Champagne-Ardenne.

Le "Livre des déportés de France à Mittelbau-Dora" est le fruit de 20 ans de recherches
Le "Livre des déportés de France à Mittelbau-Dora" est le fruit de 20 ans de recherches - Laurent Thiery

C'est un monument au sens propre comme au sens figuré. Le fruit de 20 ans de travail. Le "Livre des déportés de France à Mittelbau-Dora" recense les noms des 9000 personnes venues de France, envoyées dans ce camp de l'Allemagne nazie.  

Un livre de 4,2 kilos, 10 centimètres d'épaisseur, 2600 pages et 29 millions de signes.  

Sur les 60 000 déportés que ce camp de travail a vu passer, le tiers n'est pas revenu. Sur les 9.000 venus de France, 5.000 y sont morts. Le livre raconte la vie de chacun d'entre eux : 9.000 notices pour 9.000 déportés, dont 92 venaient de la Marne et 41 des Ardennes. 

Une mémoire longtemps étouffée  

Le camp de Mittelbau-Dora n'évoque peut-être rien à la plupart d'entre nous. Mittelbau-Dora est une usine souterraine, nichée dans une mine, où l'Allemagne nazie fabriquait des fusées V2 dans le but d'anéantir l'Angleterre.  

Ces missiles devaient être lancés depuis un bunker souterrain situé à Helfaut, près de Saint-Omer, dans le Pas-de-Calais, qui accueille depuis 1997 un centre d'histoire sur cet épisode méconnu de la Seconde Guerre mondiale qui ouvrira la voie à la conquête spatiale américaine. À la Libération, les Etats-Unis récupèrent en effet les scientifiques nazis de Mittelbau-Dora pour poursuivre les recherches scientifiques et mettre au point des lanceurs spatiaux.  

"Pour éviter les problèmes avec l'opinion publique aux Etats-Unis, il fallait effacer le passé criminel de ces scientifiques", explique Laurent Thiery, historien du centre d'Histoire la Coupole et directeur du Livre des déportés de France à Mittelbau-Dora. Conséquence : la mémoire de Mittelbau-Dora reste étouffée sous une chape de plomb : "En 1998, on était encore incapable de dire combien de Français ont été envoyés dans ce camps, combien sont morts, combien sont revenus".

Si le recensement des victimes juives de la Shoah était déjà bien avancé grâce aux travaux de Serge Klarsfekld, ce n'est pas le cas des déportés politiques et des déportés de droit commun. En 2005, Laurent Thiery se saisit de cette mission. Avec la Fondation de la mémoire pour la déportation, il épluche les demandes de reconnaissance du statut de déportés dans les Archives des victimes des conflits contemporains, détenues par le ministère des Armées.  

Un long travail de recherches dans les archives

Pour retracer la vie, avant et après la déportation, des 9.000 noms recensés pour le camp de Mittelbau-Dora, Laurent Thiery plonge dans les archives des camps. Il fait aussi appel à 72 bénévoles, souvent des professeurs qui, à leur tour, explorent les archives locales.  

Parmi eux, Philippe Lecler. Spécialiste de l'histoire de la résistance ardennaise, il a déjà contribué au dictionnaire des fusillés et à celui des déportés de la SNCF.    

Il connaît déjà le parcours de plusieurs victimes de Mittelbau-Dora. Celui de Pol Renard, artificier de la Résistance qui travaille aux chemins de fer, arrêté après un sabotage de locomotives. Celui de Bernard Trutt, décédé en 1999, qui, dans ses mémoires, décrit les conditions de vie particulièrement dures de ce camp qui a fonctionné pendant huit mois sans baraquement. 

Ils étaient là juste pour travailler et pour mourir -- Philippe Lecler, rédacteur de notices d'Ardennais du Dictionnaire des déportés de Mittelbau-Dora

Pas d'eau, pas de sanitaires, pas d'aération... Les déportés vivaient directement dans les tunnels aux murs suintants. "Ils étaient là juste pour travailler et pour mourir", assène Philippe Lecler. "Ce sont des gens, finalement, pendant un temps, on vit avec eux. Ils font un peu partie de nous -mêmes" explique-t-il.

Des déportés oubliés

En travaillant sur ce nouveau dictionnaire, Philippe Lecler découvre d'autres destinées qui lui étaient jusqu'alors inconnues. Celles des déportés de droit commun, sanctionnés après avoir enfreint les règles sans pour autant avoir participé activement à la Résistance.  

Extrait de l'index du "Livre des déportés de France à Mittelbau-Dora"
Extrait de l'index du "Livre des déportés de France à Mittelbau-Dora" - Fabrice Jazbinsek

Ce boulanger d'une vingtaine d'années dénoncé aux autorités, par exemple. "Rien n'a été découvert pendant les perquisitions. Aucun fusil. Et il a quand même été déporté", relate Philippe Lecler   

Tous ces gens, finalement, ils ne sont pas morts pour rien

Aucun monument n'est érigé en mémoire des déportés de Mittelbau Dora. Le Livre des déportés, paru aux éditions du Cherche-Midi, corrige cet oubli. "Tous ces gens, finalement, ils ne sont pas morts pour rien", conclut Philippe Lecler

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